‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 6 sur 474 · X .NOTICE SUR COLLIN D IJARLEVILLE · texte numérisé non relu

X .NOTICE SUR COLLIN D IJARLEVILLE

« La vie n'y était pas clièro, dit Andrieux; car on y dînait pour quatorze sous et l'on y soupait pour dix ; encore pouvait-on économiser trois sous sur chaque repas, en ne prenant pas de vin. » Dix-huit sous par jour au minimum ; pour primeurs l'appétit de la jeunesse, et l'espérance pour dessert, c'était bien l'affaire de Collin. Andrieux ne demeurait pas chez madame Raclot ; mais il passait souvent ses soirées avec son ami à l'iiùtcl Notre-Dame, dans une heureuse société de camarades du même âge, étudiants en droit, étudiants en médecine, tous un peu poètes, plusieurs un peu musiciens. Avec cela, on lisait, on récitait des vers, on chantait, mademoiselle Raclot chantait aussi et tenait le clavecin. Ajoutez h la louange de cette jeunesse gaie, spirituelle, honnête, que mademoiselle Raclot était au milieu d'eux comme s'ils eussent été ses frères, que sa présence dans leurs réunions y apportait un agrément sans trouble, et que La Fontaine n'aurait pas trouvé \h le joli début de la fable des Deux Coqs :

Et voilà la guerre allumée.

A défaut de plus hautes protections, Coliin avait autour de lui des amitiés dont l'actif dévouement n'était pas moins efficace. Quand il eut écrit VIncojistant, sans autre prétention que de faire un petit acte en prose destiné à l'Ambigu-Gomique — le répertoire de l'Ambigu-Gomique répondait alors au nom du lieu — ce fut Dcsalles, un des pensionnaires de madame Raclot, qui s'avisa de porter le manuscrit à Préville, et l'aimable Desalles, comme on l'appelait à l'hôtel Notre-Dame, sut intéresser le grand comédien au point d'en obtenir pour la pièce, deux fois rare bonne fortune! une prompte lecture d'abord, une prompte réponse ensuite.

Quand Préville, après avoir fait mettre la pièce en trois actes, demanda un nouvel effort à Collin, celui de mettre les trois actes en vers, ce fut un autre pensionnaire de l'hôtel Notre-Dame, ce fut Pons (Pons de Verdun ?) qui, pour remonter le courage de son ami, offrit d'entreprendre le travail, et, à titre d'échantillon, versifia tout de suite un grand monologue.

Collin n'accepta pas le monologue de Pons ; mais, ce qui valait mieux, il accepta le défi, rima lui-même ses trois actes, et, présentée par Prévillo, la pièce fut reçue à la Comédie-Française.

Reçue, c'était un point de gagné ; mais ce n'était qu'un point sur la partie, et le pauvre Collin allait être oblige de quitter le jeu. La sollicitude paternelle lui coupait les vivres. Endetté vis-à-vis de madame Raclot, qui se gardait bien de le lui rappeler, la digne femme, il n'en avait que plus à cœur de s'acquitter envers elle. Le seul moyen d'obtenir quelque argent de son père était de

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