‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 7 sur 474 · NOTICE SUR GOLLIN D HARLEVILLE. XI · texte numérisé non relu

NOTICE SUR GOLLIN D HARLEVILLE. XI

quitter Paris sur-le-champ et de rentrer au giron de la famille. 11 se soumit ; il dit adieu h la Petite rue des Anglais ; mais il ne retourna pas i\ Mévoisins, il revint t\ Cliartres, chez la bonne maman Artérier qui l'y accueillit encore avec joie.

Quant au reste des siens, au lieu de tuer le veau gras pour le retour de l'enfant prodigue, les bonnes gens s'apprêtaient à lui faire manger, comme on dit, de la vache enragée. Malgré la robe d'avocat qu'il avait prise, — et qu'il portait assez mal, de son propre aveu, — le plus honnêtement qu'on en usât avec lui entre parents, c'était de le traiter de fou, de mauvais sujet et do fléau de la famille. Le pauvre poète, doux et résigné, ne l'était pourtant pas si bien qu'il ne méditât une vengeance secrète, c'était une comédie satirique, intitulée Un Poète en province. Il l'avait faite. On peut juger qu'il avait étudié ses personnages sur le vif. Le sot le plus caractérisé de la pièce était un de ses cousins qui lui disait: Tu fais donc des vers, toi, HarlevïUe? Des vers ce sont des gu Ilots (les vers du fruit, langue rustique). N'avait-il pas également mis en scène sa vieille bonne d'enfant, cruelle aussi, mais par bonté, la pauvre Monique qui le conjurait de renoncer à la comédie, et de brûler son manuscrit de Vinconstant^ pour le salut de son âme ?

C.ollin ne brûla pas VInconstant, encore qu'il eût été tenté plus d'une fois de faire ce plaisir à Monique ; mais il brûla le Poète en province^ afin de n'affliger ni Monique ni pcrson)ie.

Cependant Desalles tenait toujours le jeu de son ami et s'obstinait à forcer la chance en sa faveur. Avec cette bonne grâce qu'il avait h, se présenter, il était partout le bienvenu, et ne s'ouvrait toutes les portes que pour introduire Collin à sa suite. Collin venait quelquefois à Paris, Desalles profitait de ces petits voyages pour le conduire, soit chez Mole qui devait finir par accepter le rôle de Florimond, bien que le personnage n'eût rien d'un persiffleur et d'un petit-maître, — soit chez Dalembcrt, le secrétaire perpétuel de l'Académie française, lequel s'excusa sur ses nombreuses occupations de ne pouvoir lire la pièce, — soit chez Diderot qui avait toujours le loisir d'être bon et qui dit afl'ectueusement h l'auteur après avoir lu sa pièce : « Il y a là dedans du talent, il y en a beaucoup. Les vers sont faciles, \i^\\ tournés ; style comique ; mais une action faible ; cela n'a point de corps, point do soutien ; c'est Ufie pelure cVognon brodée en paillettes d'or et d'argi')it. »

Du reste, ajoute Andrieux qui cite les paroles de Diderot, il fut d'avis que la pièce devait être représentée, et qu'elle aurait du succès.

A la condition d'être représentée, hélas! mais, pour arriver 15, il ne fallait pas moins que l'intervention des dieux propices. Les

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