‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 104 sur 205 · A CONDORGET · texte numérisé non relu

A CONDORGET

A Limoges» le i4 juillet 177a.

J'ai bien des reproches à me faire, Monsieur, car il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, et quoique d'un côté ce ne soit pas tout à fait ma faute, et que de l'autre je vous connaisse indulgent, il est toujours fâcheux de ne pas répondre comme on le voudrait, non pas à l'amitié, mais aux témoignages qu'on en reçoit.

(i) Saint-Lambi'rt.

(a) Voltaire.

ENTRE TURGOT £T CONDORCFT. 203

«Tattends votre vannier (i), qui sans doute est parti; car je n'imagine pas que vous ayez suspendu son départ, et que vous ayez douté de l'acceptatioa de vos conditions. Je ferai mon possible pour qu'il soit content et pour tirer parti du talent de sa femme. S'il arrive pendant le petit séjour que je vais faire à Verteuil , il s'adressera à l'ingénieur de la province, M. Tresaguet. J'ai pris le parti pour votre graine de raves de l'envoyer sous une double enveloppe à M. Bertin, et j'ai prié mademoiselle de TEspinasse de lui en demander la permission.

J'ai été fort content des Cabales et des Systèmes (2), à quelques bagatelles près. On a beau dire, cet homme ne vieillit point, et donne le démenti à son extrait baptistaire, pour mieux le donner à son baptême.

Âvez-vous eu des orages comme nous et des grêles épouvantables? Nous avons aussi eu des aurores boréales très-fréquentes; mais je les ai peu observées, parce que pendant mes courses je me couchais de très-bonne heure. J'en ai pourtant remarqué une le 28 juin sur les dix heures du soir, à Limoges, d'autant plus remarquable qu'elle ressemblait trèspeu aux aurores boréales ordinaires. Ce n'était qu'une clarté blanchâtre, qui tapissait le fond du ciel, et qu'on apercevait à travers les nuages légers dont le ciel était parsemé, et qui rendaient, comme on dit, le temps pommelé. Mais les nuages semblaient être

(1) Targot, pour répandre dans le Limousin l'art de la sparterie, avait demandé k Condorcet de lui envoyer un vannier picard.

(a) Deux pièces de Voltaire. Voyei le tome XIV de ses ceuvres.

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le fond, parce qu'ils étaient obscurs, et c'était le fond blanchâtre entrecoupé qui formait Tapparence d'un ciel pommelé. Une autre particularité de cette aurore boréale, c'est qu'elle était principalement répandue vers le sud, quoiqu'il y eut dans la partie sereine du ciel quelques colonnes lumineuses qui rasaient la grande Ourse.

J'ai souvent vu des nuages bordés^de blanc; comme s^ils avaient été éclairés par la lune, quoiqu'elle ne fût pas sur l'horizon. J'ai vu aussi des nuages blanchâtres isolés dans des parties du ciel fort éloignées du nord. Une fois, c'était, je crois, le i8 février 1764, j'ai vu une espèce de bande lumineuse qui s'étendait presque d'un bout à l'autre de l'horizon , et qui était d'une largeur à peu près égale partout. Elle suivait à peu près la direction du zodiaque , et n'était point la lumière zodiacale, 1^ parce qu'elle était détachée de l'horizon ; a* parce qu'elle était beaucoup plus étendue ; 3** parce que sa laideur était uniforme, et qu'elle ne se terminait pas en pointe; 4^ parce qu'elle avait un mouvement parallèle à elle-même assez lent, mais très-sensible. Je ne me souviens plus si c'était au midi ou au nord. Plus je vois ce phénomène et les différentes formes qu'il prend, plus je me convaincs que ce sont de véritables nuages qui n'appartiennent qu'aux parties les plus élevées de l'atmosphère, et que la matière qui les compose s'enflamme par une combustion réelle ^ tantôt lente et paisible comme celle du charbon, tantôt rapide et se communiquant au loin , comme dans la flamme et dans des traînées de matières combustibles. Je ne serais

ENTRE TURGOT ET COUDORGET. aoy

pas surpris que ces inflammations eussent quelque rapport avec le fluide électrique , fluide expansible qui doit s'étendre beaucoup plus haut que l'air, et qui| certainement , est chargé de beaucoup de pfatogislique, qui peut-être est Tintermède par lequel le plil(^istique que le soleil nous envoie se combine avec les cofps solides et fluides où nous le trouvons. Peut-être est-il aussi Tintermède par lequel la chaleur écarte les parties mêmes de l'air, et des autres corps devenus expansibles par la vaporisation. L'affectation des aurores boréales à occuper la partie septentrionale du ciel tiendrait à un mouvement que je soupçonne depui^i longtemps dans la partie supérieure de l'atmosphère, de l'équateur au pôle, et qui me parait une suite nécessaire de son expansi* bilité combinée avec la force centrifuge et la pesanteur. Il y a bien longtemps qu'il m'a passé par la tête d expliquer par là le mouvemenl du fluide magnétique; mais les faits relatifs à ce magnétisme sont encore trop peu connus et trop peu analysés. Pardon de vous faire part de mes rêveries: j'oublie que les géomètres n'aiment pas les systèmes, et qu'il leur faut des calculs. Malheureusement je n'en sais pas faire, et mon imagination s'égare sans frein.

Mademoiselle de TEspinasse m'apprend que vous travaillez sur quelque objet de littérature; je ne crois pas qu'il y ait d'indiscrétion à vous demander sur quoi. Je viens enfin d'achever YHistoire des DeuX" Indes (f ). En admirant la facilité et la brillante énergie du style de l'auteur , je vous avoue que je suis

(i) De TabbéRayna].

ao8 CORRESPONDAlfCJE

un peu fatigué des excursions multipliées et des paradoxes incohérents qu'il rassemble de toutes les parties de Thorizon; il entasse ceux de tous les auteurs les plus paradoxaux et les plus opposés , tous les systèmes moraux, immoraux, libertins, romanesques ; tout est également revêtu des couleurs de son éloquence, et soutenu avec la même chaleur: aussi ne résulte*t-il rien de son livre. Je voudrais aussi qu'il s'abstint de déraisonner physique. II aurait souvent besoin qu'on lui donnât le même avis que vous avez donné à La Harpe, lorsque celui-ci définissait l'octaèdre, une figure à huit angles.

Adieu, Monsieur ; donnez-moi quelquefois de vos nouvelles, et de celles des choses qui vous intéressent , sans user de représailles avec moi.

Ce I*' octobre 177a.

Je profiterai avec grand plaisir de vos remarques sur l'éloge de Fontaine, Monsieur; j'y ajouterai sûrement un mot sur l'obscurité nécessaire du compte que je rends de ses principaux ouvrages, et en même temps j'en ferai sentir l'utilité éloignée. Si vous voulez, je vous enverrai cette addition à part; vous la ferez coudre à votre copie.

J'ai été fort content de l'éloge d'Helvétius ( i), à cela près que je crois qu'il le place un peu trop haut; il le met sur la même ligne que Locke, que Montesquieu, et dùt-on m'accuser de jalousie, et dire que

(i) Par Je marquis de Chastellux. C'est lui que désigne i7 dans la phrase suivante.

ENTRE TURGOT ET COVBORCET. aOU

je cherche à déraciner oj^ec un canif un chêne planté dans un ternxin ferme ^ je ne pourrai me résoudre à Tarder Hel vétius coiume un grand génie. Mais quel rapport trouvez-vous entre le livre de C Esprit , qui se lit avec plaisir, et le poème (i), qui est mortelle*» ment ennuyeux?

Adieu y Monsieur; je vous écris à Limoges, parce que votre lettre m'a trouvé au retour d'un voyage de huit jours, et qu'ainsi je n'ai pu vous répondre sur-le-champ. Voici le temps où je dois m'inquiéter de votre retour à Paris. Dites-moi quand j'aurai le plaisir de vous y revoir.

Ce 5 novembre 177a.

Il y a longtemps que je vous ai écrit à Limoges, Monsieur; je vous parlais avec la douceur d'un agneau qu'on va tondre, des précautions sublimes qu'on se prépare à prendre pour nous faire mourir de faim ; ainsi je ne puis croire que mes bêlements aient tenté les commis de la poste, et je crois que ma lettre s'est peitiue par les chemins.

Je ferai votre commission pour M. Montagne. Je savais que nous avions dans notre grenier quelques mauvais instruments; mais je ne savais pas que nous en prétassions , et j'ai peur que M. l'évéque de Rhodez ne se soit trompé. Au reste, cet évéque n'est pas bon catholique; il cherchait Tannée dernière un

( I ) Sur le bonheur.

a I O CORRBSPOn DAMCE

professeur de physique pour son collège 1 Notre évéque de LaoD a des idées bien plus chrétieuDes; on vient de décider que dans le collège de Laon on n'enseignerait plus la physique^ à cause que cette science était dangereuse pour la Toi : on y fera deux ans de logique , parce que la logique prépare à goûter la théologie. C'est cette année 177a que cette belle décision a été faite par le cardinal de Rochechouart , des anciens vicomtes de Limoges , et par conséquent gentilhomme limousin comme PourceaugnaCy mais qui ri a pas étudié en droit*

Adieu y Monsieur ; je ne vous écrirai plus que de Paris.

Ce 39 novembre 177a.

Monsieur , on va bientôt jouer les Lois de Minos{i); c'est, dit-on, Tapologie de M. le chancelier (21). Il est vrai que Minos chasse des hypocrites et des fanati- <^es qui faisaient des sacrifices de sang hu main^ et que les gens chassés par M. de Maupeou ont bien quelque chose d'approchant à se reprocher (3). M. d'Argental a ordre de ne plus paraître à la cour comme ministre de Parme ; mais on lui a éorit pour lui témoigner qu'on n'a aucun mécontentement particulier. L'Espagne et la France ont d'ailleurs supprimé

(1) Tragédie de Voltaire. Elle ne fut jamaU représentée.

(a) Maupeou.

(3) L'ancien parlement qui avait condamné La Barre.

EHTRE tUKGOt Et CONDORCET. 2 1 I

les pensiotis et rappelé leui*^ tuinistfés. Vous aure2 VÉpttre (T Horace (t) par le courrier de dimanche. On a donné aujourd'hui t Anglomanie de M. Saurîn : c*e†son Orpheline réduite à nn acte.

Ce lundi , décembre 177a.

Vous avez donc la goutte, Monsieur, et nous n'o<* sons plus rien espérer pour votre retour. Pourquoi donc avoir tant retardé? Si vous étiez resté pour toute autre chose que pour faire des chemins sans corvées, nous aurions bien de la peine à vous par-* donner. Mais ce que nous ne pardonnons point à la Providence, c'est le décret en vertu duquel elle vous donne la gouite.

Mes Éloges vont s'imprimer. J'aurai contre moi à l'Académie le Paulray, ce qlii me fait oroire que je ne suis point sans quelque mérite.

Nous avons ici les Trois siècles de la littérature. Cest une rapsodiernfôme faite par un abbé Sabatier, protégé par Bergier (a) et par Cogé (3) , aidé par Clément et Palissot. Ce nouvel athlète a été nourri par Heivétius : il dit que son protecteur était le plus

(i) Far La Harpe. C'est une réponse à Tépitre de Toltaire à Horace.

(a) L'abbé Bergier, auteur de plusieurs ouvrages de théologie, plus estimés du dergé que des hommes tolérants.

(3) L'abbé Cogé, que Toltaire appelait Côgé pecus^ était régent au collège Mazarin ; il rédigea avec Riballier, principal du même collège, la censure du Béltsaire de Marmontel.

2 1 2 GORRCSPONBANCE

honnéle homme du monde, mais au demeurant uu sot, un lâche et un hypocrite; que M. D'AIembert n'a point de génie en géométrie, attendu qu'il a dit à M. Sabatier qu'il écrivait du style d'un laquais. D'ailleurs Cogé a proposé pour sujet de prix à l'Université, la proposition suivante : Non magis Deo qucun regibus infensa isia quœ hodie vocatur philosophia {\\ Ce qui prouve surtout que Cogé n'entend pas le latin.

Savez-vous qu'on dit que Voltaire a voulu faire l'écolier avec une Genevoise, et que ses efTorts ont produit un évanouissement(a)? Sophocle faisait des tragédies à quatre-vingts ans , mais avait-il des bonnes fortunes ? Je vous en souhaite le désir à l'âge de Voltaire ; vous serez trop sage pour abuser de vos forces^ et vous ne jouiriez que du plaisir de pouvoir.

Adieu. £n vérité on ne peut rien dire de mademoiselle de l'Espinasse. *J'espère beaucoup de l'oiy* mel scillitique qu'on lui fait prendre.

Décembre 1772»

Voilà, Monsieur, les nombres que vous m'avet

(1) Voltaire remarque avec raison que Cogé a pris ma^ pour minus. Il voulait dire : non minus Deo infensa est quam regibus. Il est bon de noter que ce même sujet a été donné à traiter sous la Restauration.

(a) Cette aventure est racontée par Voltaire dans une lettre du 21 décembre 1772 au maréchal de Richelieu. Voyez aussi sa lettre du 4 janvier à Condorcet , page 11.

ENTRE TORGOT ET GONDOBCET. ai3

demandés y tels que j'ai pu les tirer des bureaux de M. de Lalande. Comme je suis très-peu exercé en ce genre, j'ai cru faire pour le mieux. Quant à ce que vous me demandez sur les tables de logaritbmeS| nous eu causerons.

Nousa\ons ici une actrice nouvelle qui tourne les têtes (]); elle joue les rôles de mademoiselle Clairon ; c'est une si belle tête y une si belle taille , de si grands bras ; enfin c'est une merveille. Je ne l'ai point encore vue; elle n'a encore joué que du Pompignan; j'attends qu'on vienne à du Voltaire.

Je ne sais si je vous ai parlé de ces cuistres de rUniversité , avec leurs discours contre la philosophie (:i). Ce qui en console , c'est une belle lettre du roi de Prusse à Voltaire, pleine de galanterie pour lui et de mépris pour les antiphilosophes. Le roi avait envoyé à Voltaire une jatte de porcelaine où il y avait des lyres, des Amphions portés sur des dauphins, des couronnes de laurier. Voltaire a répondu que les gens de Sa Majesté mettaient ses armes partout. T^ roi a répliqué (3) que tout cela était allégorique; que la mer où nageait Àmphion était l'image du temps; que les dauphins étaient l'image des princes qui soutenaient les grands pendant les tempêtes, et que c'était tant pis pour les dauphins quand ils n'aimaient pas les grands hommes.

Adieu , adieu ; mais revenez donc.

(i) Mademoiselle Sainval cadette.

(a) C'est raffaire de Cogé, pédant du collège Maxarin. Voyez la lettre précédente.

(3) Cette lettre de Frédéric est datée du t] décembre 1772; elle porte, dans Tédition Beucliot, le n** 6449, t. LXVIII.

2 14 CORRESPONDAISCE

sa. A TURGOT.

Il faut qu^ j^ vou^ interrompe encore , MoDsieur, pour vous parler de mon affaire (i), dont je suis sûrement plus ennuyé que vous. M. de Trudaine me parait désirer que FAcadémie obtienne une augtnentalion de fonds; il me parait y attacher même beaucoup d'intérêt. i$ serais très^(&ché d'être un obstacle à ses vues, et je vous prie de vouloir, en traitant avec lui , oublier que je suis au monde. Tout ce que je puis dire sur ce sujets c'est que lorsque M. 4e Fouchy(a) se retirera, ou j'aurai des appointements assurés égaux à ceux de Fon* tenelle, ou que je n'en accepterai point, Je ne v^ux pas recevoir d'augmentation de pensionna la volonté du premier commis, comme cela se pra* tique.

J'ai prU la liberté de dire à M. de Trudaine que l'idée de donner i ^^ooo livres pour des expériences me paraissait fort peu avantageuse aux sciences. Si on en excepte la géométrie, que le nom de M. D'Alembert défend dans l'Académie, on n'y lit aucun mémoire approfondi sur aucune science. Si quelqu'un veut approfondir l'objet qu'il traite, on ne l'écoute point; toutes les assemblées et tous les volumes sont rem*-

(i) Sa nomiDation à la place de secrétaire perpétuel de FAcadémie des sciences.

(a) Grandjean de Fouchy, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences. Gondorcet lui succéda en 1778, et a fait son éloge. Voyez I. III, p. 3 10.

ENTRE TUBGOT BT CONDORCET. 2l5

plis par de la physicaille, dont toute l'Europe se moque ; et si y on ajoute un intérêt de faire cette physicaille , il n'y aura plus de place pour les choses utiles. Ni Newton , ni Franklin, ni Galilée, ni Stahl, ne se sont fait payer leurs expériences. U faut donner à un savant de quoi vivre , de quoi suivre son génie j et )e laisser faire ce qu'il veut. Jamais un homme de génie n'ira soumettre à une académie un plan d'expérience. Cela n'est bon que pour les gens à vues, toujours gros de découvertes et qui n'accouchent jamais. Ces gens-là disent qu'ils se sont ruinés en expériences; il faut les laisser dire et leur demander cequ'ils ont trouvé.

Adieu, Monsieur; je vous demande cette marque d'amitié, de ne songer qu'au bien des sciences en traitant cette affaire avec M. de Trudaine, et je consens, pour ce temps-là seulement, à être absolument oublié de vous.

Ce 14 novembre 1773.

Mademoiselle de l'Espinasse vous a parlé de mes succès. Monsieur, et de ceux de madame de Forçaiquier; ainsi il ne me reste plus rien à vous dire d'intéressant , à moins de vous parler de la querelle de M. Cassiui et de M. de Lalande ,au sujet de l'anneau de Saturne. Lalande a fait imprimer une lettre ou il tourne Casnini en ridicule, d'ime manière très-outrageante (1). Cassini veut faire pendre Lalande, c'est-

(i) « Lettre sur l'anneau de Saturne, ceritc par M. Lalande à*

'^ 2 1 6 COaa£SPOJf DANCE

à^lire le faire exclure de TAcadémie , ce qui est une peine capitale pour un académicien. On dit que nous allons juger cette affaire. Le plaisant est que Lalande n'a point publié sa lettre, que Cassini est presque le seul qui en ait eu un exemplaire , et qu'il va partout apprenant à tout le monde le mal qu'on a dit de lui. Le prince de Conti a, dit-^n, promis à Cassini que, si l'Académie ne chassait pas Lalande, il l'en débar* rasserait en l'assommant. Vous voyez que l'anneau de Saturne produit des querelles encore plus vives que l'exportation.

Adieu , Monsieur ; l'ambassadeur de Naples ( i ) doit me mener à la Roche-Guyon (2). Je n'ai que le temps de vous dire que personne ne vous aime plus que moi.

Les nouvelles lettres de madame de Sévigné paraissent. L'opéra de Marmontel (3), musique de Grétry, est tombé à la répétition.

Ce ao novembre 1773.

L'anneau de Saturne ne causera plus de guerre. Monsieur. Lalande a demandé pardon (4) j et Cas-

M. Cassini, au sujet de son avis imprimé dans le journal politique d'août 1773. » In-8®. Toulouse,

(i) Caraccioli.

(a) Terre de madame la duchesse d'Enville.

(3) Céphale et Prœris, Voyez p. a 18.

(4) Lalande supprima sa lettre à Cassini , pleine de personnalités. Voyez la note p. ai 5.

ENTAE TORGOT ET CONDORCET. ai7

siDÎ a pardonné. Ce Lalande est insupportable; qu'il dise ce qu'il voudra de Cassini, mais qu'il laisse Voltaire en repos : lui et La Condamine lui ont écrit des injures au sujet des comètes, et ils ont trouvé le secret de ne savoir trop ce qu'ils disent.

L*abbé Morellet vous prie de lui rapporter le livre

de l'abbé Galianisur les monnaies.

Je compte aller passer un jour à la Roche-Guy on avec l'ambassadeur de Naples; je vous l'ai peutêtre déjà mandé.

Adieu , Monsieur. — k propos , M. Necker a enfin été prendre sa médaille à l'Académie. Tout est bien ensemble : style, opinions et conduite, tout est également gauche et entortillé; mais je ne dis mot ; entendez-vous?

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