‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 108 sur 205 · A CONDORCET · texte numérisé non relu

A CONDORCET

A Limoges , le 1 1 janvier 177/1.

Je suis (aché et vraiment surpris, Monsieur, du mauvais succès de Sophonisbe (i). La pièce est en général très-bien écrite, et je n'y vois point ces familiarités qui ont fait rire le parterre, et que M. de La Harpe doit, dites-vous, retrancher. Je n'y vois pas non plus de longueurs sensibles, et le cinquième acte me parait terrible et de la plus grande beauté. Je 1 avais même vu représenter à Limoges (a) par des acteurs très-médiocres, à Fexception de celui qui jouait Massinissa, et le cinquième acte faisait sur moi UD grand effet. Il faut, ou que je ne me connaisse point du tout en effet théâtral , ce qui est très-possible , ou que la cabale des Clément et consorts dominât dans le parterre.

J'espère que, pour cette fois, c'est tout de bon que je vous mande de ne plus m'écrire. Ce n'est pas que je n'aie encore un peu souffert de ma colique d'estomac; mais je me ménagerai tant, que je me flatte de pouvoir partir la semaine prochaine.

Adieu, Monsieur; chai^ez-vous , je vous prie,

vi) Voyez la lettre précédeote.

(a) On pourrait s'étonoer que Turgot eât déjà vu représenter à Limoges une pièce dont la première représentation avait eu lien, à Paris, sept jours seulement avant la date de sa lettre. C'est que Sophonisbe était imprimée depuis 1770, lorsqu'on la joua, le i5 janvieri774, sur le Théâtre-Français. Les comédiens de province avaient pris les devants sur ceux de Paris.

a36 CORRESPONDANCE

d'être mon interprète auprès de mademoiselle de TEspinasse et de tous nos amis.

Ceaaayril 1774*

Mademoiselle del'EspÎDasse et madame d'En ville( 1 ) vous ont donné de mes nouvelles, Monsieur, et c'est ce qui m'a empêché de vous écrirejusqu'ici. Cependant je veux vous remercier moi-même de toutes les marques de votre amitié, et vous dire combien je regrette la perte de votre société. J'espère vous revoir à mon retour, c'est-à-dire à la fin du mois prochain, où je compte revenir prendre mes fonctions (a). Vous m'y donnerez vos observations sur l'éloge de La Condamine, et j'en profiterai avec docilité pour le rendre moins indigne du succès que la manière de lire de M. D'Alembert et les suffrages de mes amis lui ont fait obtenir.

Personne ne m'a parlé de Gluck; j'en conclus que Larrivée (3) est encore enrhumé, ou que les membres de l'Académie royale de musique ne veulent pas reprendre leurs démissions. On sera forcé de former un nouveau parlement avec la troupe de Nicolet, troupe subalterne que l'Académie royale

(i) La duchesse d'En ville, amie de Voltaire, dont elle mettait beaucoup de zèle à propager les œuvres. Elle était liée avec le> philosophes, et protégea vivement les Calas. Voyez la correspondance de Voltaire.

(a) De secrétaire perpétuel de TAcadémie des sciences.

^3) Qui chantait le rôle d'Agamemnon dans Tpkigénie en J«' Ude.

avait persécutée, précisémenl comme le parlement avait \e\é le grand conseil.

H fait un temps effroyable qu'on dit être excellent pour les biens de la terre, c'est-à-dire ici pour le blé et surtout pour l'avoine et le foin, dont nous consommons beaucoup.

Adieu, Monsieur; écrivez-moi quelques nouvelles quand il y en aura, et surtout donnez-moi des vôtres.

Page 1