‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 109 sur 205 · A CONDORCET · texte numérisé non relu

A CONDORCET

Paris, le a6 avril 1774.

Je suis tout honteux, Monsieur, que vous m'ayez prévenu. Mais chaque jour je suis de plus en plus gagné par le temps. Je ne sais comment vous faites pour faire tant de choses, et être encore autant à vos amis et à la société. Je souhaite que votre santé n'en souffre pas, et vous exhorte à profiter de votre séjour à la campagne pour ménager surtout vos yeux.

Vous avez vu le cheval Pégase (i): n'en êtes-vous pas enchanté? Pour moi, j'ai vu enfin cet opéra de Gluck (a). Il y a des morceaux qui m'ont fait le plus grand plaisir : tels sont le chœur de l'arrivée d'Iphigénie, les adieux d'Achille et d'Iphigénie, des deux parts; les morceaux que chante Clytemnestre à la fin du troisième acte, et le quatuor de la fin. Ces morceaux m'ont paru de la plus grande beauté. Il y eD a d'autres qui m'ont fait plaisir; mais je n'y ai pas

(1) DkUague de Pégase et du vieiiiard^^wr Voluire.

(2) Iphigénie en Aulidcj jouée pour la première fois le 19 avril 1774. Ce fut le début de Gluck à Topera de Paris.

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trouvé en général assez de morceaux de chant; et tant de récitât ifs , parlés ou obligés, ou d'airs qui se rapprochent beaucoup du récitatif, m'ont laissé désirer quelque chose. C'est peut-être la faute du poète, qui n'a point donné au musicien des paroles bien coupées, liées à l'action et propres au chant. Peut-être aussi le musicien a-t«il sur ce!a un faux système. Je trouve, comme l'abbé Arnaud, que les chœurs gagnent plus à être en action qu'ils ne perdent à être moins compliqués que ceux de Rameau. L'ouverture m'a plu comme chant (i)^ mais je ny ai rien vu de tout ce que l'enthousiasme de l'abbé Arnaud lui a fait voir. J'ai été très-flatté, dans mon ignorance, devoir que mon impression était assez conforme au jugement de l'ambassadeur de Naples (a). I^^ pauvre ambassadeur nous quitte sans rémission à la fin de la Semaine.

Il n'y a d'ailleurs aucune nouvelle; les politiques prétendent que les cobrigands de la Pologne ^3' vont se diviser, et que M. de Lascy fait sa cour à madame, et même à M. Dubarry, pour tâcher de nous entraîner dans cette querelle. Pour moi, j*espère beaucoup de notre sagesse et un peu de notre impuissance. Adieu, Monsieur; je voulais vous pa^ 1er de vos affaires et de physique, mais je n'ai que le temps de vous embrasser avec la plus véritable amitié. Mademoiselle de l'Espinasse a souffert depuis

(i) On la fit répéter à la première représeotation. (a) Caraccioli.

(3) Les trois puissances qui s'étaient partage la malheureuse Pologne : la Russie, la Prusse et TAutnche.

voire départ; mais elle esl mieux. Madame d*Enville esi arrivée, el vous fait mille compliments.

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