‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 18 sur 205 · DE CONDORCET. XCJ · texte numérisé non relu

DE CONDORCET. XCJ

l'attachement et de la reconnaissance de notre confrère.

Nous sommes au commencement de 1776.

A la fin de Tannée suivante, le 24 novembre 1777, Fauteur de Mérope écrivait encore à notre ancien secrétaire :

a Je serai tendrement attaché, tant que je c respirerai, à celui qui fait la gloire de TAcaa demie des sciences, et je souhaite qu'il daigne « un jour faire la nôtre. »

Lorsque l'histoire littéraire fait tristement mention de tant de candidats qui n'arrivèrent à l'Académie qu'après avoir été longtemps solliciteurs, il devait m'être permis de montrer un homme de lettres devenant académicien après avoir été longtemps sollicité.

Condorcet exécuteur testamentaire de dAlembert. Son mariage avec mademoiselle de Grouchy.

Ijt cours ordinaire, le cours régulier des choses de ce monde , jette des jours de deuil , de larmes, de [irofonde douleur, même au mi-

XCIJ BIOGRAPHIE

lieu de la vie la moins troublée. Condorcet réprouva en 1783. Cette année , le 29 octobre , la mort lui ravit le géomètre illustre qui , dans toutes les circonstances, fut son guide, son appui, son père d'adoption.

Le grand homme qui venait de succomber dans la plénitude de son génie mathématique , avait pris pour règle de conduite cette maxime que beaucoup trouveront sans doute bien puritaine : «c Ti'usage de son superflu n est pas légi- <c time, lorsque d'autres hommes sont privés du « nécessaire. »

D'Alembert mourutdoncsans aucune fortune.

Dans ses derniers jours, il ne fut pas seulement en proie à de cruelles douleurs physiques, conséquences d'une horrible maladie (de la pierre) ; peut-être ressentait«il plus vivement encore l'impossibilité où sa générosité constante Tavait réduit, de reconnaître convenablement les soins de deux vieux serviteurs. Un souvenir de l'antiquité traverse tout à coup l'esprit du célèlire académicien et y porte la sérénité : Ëudamidas légua jadis à deux de ses amis le soin de nourrir sa mère, de marier sa fille ; une disposition testamentaire léguera à Condorcet la mission de*

DE CONDORGET. Xcijj

pourvoir annuellement aux besoins de deux malheureux domestiques. La mission dura longtemps : Condorcet Tavait mise au nombre de ses premiers devoirs; il la remplit toujours avec un scrupule religieux. Le général et Madame O'Connor ont suivi son exemple.

Vous le savez, c'est à l'école philosophique du XVriP siècle que nous devons l'expression si heureuse de bienfaisance. Peut-être consentira-t-on maintenant à reconnaître qu'en enrichissant la langue, cette école n'entendait pas créer seulement un vain mot (i).

I^ics devoirs de secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences; l'obligation d'entretenir une correspondance active avec les hommes instruits de tous les pays civilisés; un penchant irrésistible à prendre part aux débats dont l'organisation politique et sociale du pays était cha-

(i) Au moment de mettre sous presse , un ami m*assure que ie mot bienfaisance se trouve déjà dans Balzac. Je n ai pas le temps de vérifier le fait. En tout cas, je dirai avec d'Alembert : « L abbé de Saint-Pierre est bien le véri- « table créateur du mot bienfaisance^ puisque ce mot était ' resté enseveli chez ses prédécesseurs, et que lui Ta res- • suscité et riatdi alise.»

Xciv BIOGRAPHIE

que jour Fobjet, décidèrent Condorcet, de trèsbonne heure, à renoncer au grand inonde. Le sacrifice ne dut pas lui coûter beaucoup, car dans réloge de Couttanvaux il avait défini ce tourbillon : la dissipation sans plaisir , la vanité sans motif, et l'oisiveté sans repos. En dehors de ses relations scientifiques, notre confrère ne fréquentait qu'un très-petit nombre de sociétés choisies, où, en contact avec les hommes éminents de l'époque, les jeunes gens appre* naient à discuter les questions les plus ardues , avec mesure, avec délicatesse, avec modestie. C'est dans une de ces réunions de famille que Gondorcet rencontra, pour la première fois, en 1786, mademoiselle Sophie de Grouchy, nièce par sa mère de MM, Fréteau et Dupaty, présidents au Parlement. Comme tout le monde, notre confrère admira d'abord la rare beauté^ les manières distinguées , l'esprit brillant et cultivé de cette jeune personne. Bientôt après, il découvrit que ces agréments s'alliaient au caractère le plus élevé , au cœur le plus droit , à une âme forte, à des sentiments inépuisables de charité. Condorcet devint alors vivement épris de mademoiselle de Grouchy et la de-

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