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manda en mariage. Notre confrère avait 43 ans, et des revenus assez médiocres ; mais telle était la vivacité de sa passion , qu'il ne stipula rien par écrit avec ses futurs parents sur la dot de sa femme; qu'il n'y eut qu'un contrat verbal.
Nous voilà bien loin du caractère calculateur, glacial qu'on a prêté à Gondorcet. Eh! c'est que ce caractère supposé, dont j'aurai l'occasion de parler plus d'une fois, avait été modelé sur celui de divers académiciens pour qui notre confrère professait une amitié , une admiration sans limites, et avec lesquels on sapposa à tort qu'il sympathisait de toute mairière, et sur tous les sujets.
Dans ce temps-là , sauf de rares exceptions , les savants, les mathématiciens, surtout, étaient regardés dans le monde comme des êtres d'une nature à part. On aurait voulu leur interdire le concert, le bal, le spectacle, comme à deseccl^iastiques. Un géomètre qui se mariait sem* blait enfreindre un principe de droit. Le célibat paraissait la condition obligée de quiconque s'adonnait aux sublimes théories de l'analyse. 1^ tort était-il tout entier du côté du public.»^
XCVJ BIOGRAPHIE
Les géomètres ne lavaient-ils pas eux-mêmes excité à voir la question sous ce jour-là? Ecoutez et jugez :
D'Alenibert reçoit indirectement de Berlin la nouvelle que Lagrange vient de donner son nom à une de ses jeunes parentes. II est quelque peu étonné qu'un ami, avec lequel il entretient une correspondance suivie, ne lui en ait rien dit. Cela même ne le détourne pas d'en parler avec moquerie : « J'apprends, lui écrit-il «le 21 septembre 1767, j'apprends que vous « avez fait ce qu'entre nous philosophes nous
« appelons le sout périlleux Un grand nia-
(c thématicien doit, avant toutes choses, savoir « calculer son bonheur. Je ne doute donc pas « qu'après avoir fait ce calcul , vous n'ayez « trouvé pour solution le mariage. y>
Lagrange répond de cette étrange manière : cr Je ne sais si j'ai bien ou mal calculé, ou , plu- «tôt, je croîs n'avoir pas calculé du tout; car flc j'aurais peut-être fait comme Leibnitz qui , à « force de réfléchir, ne put jamais se détermi- « ner. Je vous avouerai que je n'ai jamais eu du
<c goût pour le mariage, mais les circons-
« tances m'ont décidé à engager une de
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« mes parentes à venir prendre soin de
c moi et de tout ce qui me regarde. Si je ne « vous en ai pas fait part , e^pst qu il m'a paru c que la chose était si indifférente d'elle-même, « qu'elle ne valait pas la peine de vous en en- « tretenir. »
Le mariage de Condorcet m'aurait paru, aussi, une chose parfaitement indifférente et ne point mériter de mention dans cette biographie , si , comme le voulait d'Alembert , il avait été le résultat d'un calcul ; j ai dû, au contraire, faire remarquer que, sans calcul d'aucune sorte, en obéissant aux inspirations d'un cœur sensible, Condorcet eut le bonheur de trouver une compagne digne de lui.
La beauté , les grâces , l'esprit de madame de Condorcet produisirent une sorte de miracle. Les adversaires les plus décidés du mariage des savants, entre autres, la mère du duc de la Rochefoucauld , la respectable duchesse d'Ënville, allèrent en effet jusqu'à dire à notre ancien secrétaire : Nous vous pardonnons /
Condorcet homme politique : membre de la municipalilé de Paris; commissaire de la triso-