‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 21 sur 205 · C BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

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mandait à notre confrère : « Vous avez graad <c tort de m'écrire par la poste; vous nuirez ainsi a à vous et à vos amis. Ne m'écrivez donc rien , «c je vous en prie , que par des occasions ou par «r mes courriers. »

Le cabinet noir décachetant les lettres adresisées à un ministre! En faut-il davantage pour caractériser une époque ?

Pour connaître les améliorations dont la France était avide, Condorcet n'eut pas besoin, en 1 78g , de consulter les instructions que les membres de l'Assemblée constituante apportaient de tous les pointAu royaume. Son programme, parfaitement conforme d'ailleurs aux cahiers les mieux conçus des assemblées provinciales, était rédigé d'avance; il en avait trouvé les éléments dans une étude philosophique et approfondie des droits naturels dont une société bien organisée ne doit pas, ne peut pas priver le plus humble citoyen. Les idées , les vœux , les espérances de notre confrère for* maient le couronnement de la f^ie de Turgotj publiée en 1786. Aujourd'hui même que la plupart des institutions réclamées par Condorcet ^ au nom de la raison et de l'humanité , ont été

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définitiveiiient conqui8e8 , les publicistes pourront encore beaucoup apprendre en lisant le travail de notre confrère. Us y verront avec éton* nement peut-être , mais aussi avec une entière évidence , que le principe vague du plus grand biai de la société a souvent été une source féconde de nmuvaises lois, tandis qu'on arriverait, sur toute question, à des règlements, à des pres^ criptions dont la raison publique proclamerait hautement la nécessité et la justice , en visant sans relâche au maintien de la jouissance des droits naturels.

Je ne sais si, dans la disposition actuelle des esprits , mon appréciation de Tœuvre de l'illusr tre philosophe aurait l'assentiment général; j'ose affirmer, du moins, que tout homme loyal n'q>rouverait qu'un sentiment de respect, en voyant avec quelle vigueur, dès l'année 1786, le marquis Caritat de Gondorcet attaquait les privilèges nobiliaires.

Gcmdorcet, après de fortes études, avait écrit , sous la dictée de sa conscience , Le mandat impératif qu'il s'imposerait si jamais les circonstances lui donnaient quelque pouvoir politique. J'aperçois, dans ce programme, divers

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points sur lesquels notre confrère ne croyait pouvoir admettre aucune transaction, et qui cependant n'ont été résolus conformément à ses vues , ni en fait par la plupart de nos assemblées, ni théoriquement par la majorité des pubHeistes.

Gondorcet ne voulait ps^ deux chambres. Ce qu'il demandait surtout, ce qui lui sem* blait devoir être la base d'une orgamsaticoi sociale bien entendue, c'était un moyen légal et périodique de réviser la constitution , d'en modifier pacifiquement les parties défectueuses. La combinaison de deux chambres paraissait à notre confrère une complication inutile, et qui , dans certains cas , , devait conduire à des décisions évidemment contraires au vœu de la majorité. Il croyait avoir prouvé qu'on peut trouver, a: dans la forme des déUbérations d'une « seule assemblée, tout ce qui est nécessaire pour <K donner à ses décisions la lenteur, la maturité a qiH répondraient de leur vérité , de leor safc gesse. i> Franklin , partisan décidé d'une seule chambre , fortifia Gondorcet dans ses idées. L'éloge de ce grand homme fournit plus tard à notre confrère une occasion naturelle , dont il se

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saisit avec empressement, de les développer devant r Académie.

Déjà aussi , dans ce même éloge, le savant secrétaire signalait, comme une source inévitable de désordres et de maux , toute constitution prétendue éternelle , toute constitution qui n'aurait rien prévu sur les moyens de changer celles de ses dispositions qui cesseraient d être en harmonie avec rétat de la société.

Chez Condorcet , simple citoyen ou membre de nos assemblées, l'homme politique s'est réellement concentré dans ces deux idées : il est des droits naturels, des droits imprescriptibles, qu'aucune loi ne peut enfreindre sans injustice; les constitutions politiques doivent renfermer en elles-mêmes un moyen légal d'en réformer les abus. C'était là son évangile. Partout où ses principes favoris sont combattus ou simplement mb en question , ii accourt. Son langage alors se colore; s'anime, se passionne; lisez, par exemple, ce passage d'une lettre que Condorcet écri* vit le 3o août 1789, au moment où l'Assemblée constituante venait de repousser la proposition faite par Mathieu de Montmorency , d'aviser , à l'aide d'une disposition expresse , aux perfec-

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