A CONDORCET
i*' février 1773.
A mon secours les philosophes! Vous savez, Monsieur, dans quel esprit j'ai fait les Lois de Minos. Cela m'avait coûté des peines infinies , car j'avais mis près de huit jours à faire cette pièce, et j'en mettais presque autant à la corriger. Voilà tout d'un coup qu'un
(i) Voltaire lui-même. Voyez Discours de M, Belleguier^ toiDe XLVII de ses œuvres.
(a) Voluire raconte cette aventure au duc de Richelieu, dans
uoe lettre du ai septembre 177a : «On avait , dit M. Beuchot,
répandu le bruit à Paris qu'une Messaline de Genève avait rë-
• chaufle les sens de Voltaire, et qu'à la suite de l'entrevue Vol-
- Uire avait eu des évanouissements. »
comédien, ou un souffleur, ou un ouvreur de loges (i), qui barbouille celte ti*agédie de vers de sa façon , qui supprime ce que j'ai Fait de plus passable, qui gâte le reste, et qui vend le tout à un faquin de libraire nommé Valade. JjC maraud imprime et débite hardiment la pièce sous mon nom, sans approbation, sans privilège. Ce brigandage est digne du tripot de la comédie , et de tous les petits tripots qui partagent votre ville. Pourriez-vous en dire on faire dire un mot à M. de Sartine?
L'avocat Belleguier (si) me mande de Grenoble qu'il ne sait comment vous envoyer sa diatribe; ave? la bonté de lui donner une adresse, et mettez un C au bas de vos lettres , de peur de méprise. Allons , combattons jusqu'au dernier soupir.