‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 48 sur 205 · RÉSUMÉ DU PROCÈS D'ARREVILLE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DU PROCÈS D'ARREVILLE

AVEC LES REPONSES (l).

l«ti76S.

Dail ht 1766.

JMV.

Im«i765.

Le nommé Nature, mahue d'armes, dit que les sieurs d'Élalloode, La Barre et Moinel, s'étaient vantés dans sa salle de n'avoir pas salué une procession de capucins.

Et', à la confrontation, il avoue que le sieur d*étal]onde n*a jamais été dans sa salle.

Aliamet de Metigni, le cadet , dit que le sieur de La Barre lui raconta que le sieur d'Étallondt , ayant vu dans la chambre d'un nommé Beauvarlet un médaillon représentant plusieurs figures, voulut d'abord Tacheter ; mais qu'ayant remarqué que toutes ces figures , parmi lesquelles il y avait un Christ, étaient très-mal I faites, le sieur d'ÉlalIonde lui avait dit qu'il ne faudrait acheter ce médaillon que pour le briser, tant il était défectueui.

Antoine Watier , Agé de seize à dix-sept ans, dit avoir entendu [le siear d'Étalloiide chanter seul et en marchant une chanson sur des saints.

Antoinette Leleu,femme de Pierre Raime , maîtresse de billard , dit

Preuve que ce témoin fut induit par la cabale, puisqu'il se rétracte à la confrontation.

Un témoin de ouï-dire , et qui fait parler un mort, est nul.

Si on voulait faire valoir ce témoignage, il justifierait l'accusé.

Un témoin de seize ans.

n'est pas grave , et l'accusation ne l'est pas.

Si d'ÉlalIonde a chanté une vieille chanson de soldat dans

(1) Ces réponses sont certainement de Voltaire; on les retrouve à pea près textuellement dans sa correspondance, et il n*a fait qtt*en dévdoppcr la forme dans Le cri du sang innocent , t. XLVIII, p. 1S4 de s#f oeuvres. C'est ici le premier jet.

avoir entendu chanter plusieurs fois] laquelle il y ail des ii

des chansons sur les saints au sieurlces, il ne s*en souvient pas.

d^Étallonde. Raime son mari dit la même chose.

Du 3 octobre

I*' interrogatoire de Moinel.

Do 7 octobre 1765,

•*interroga toire de MoioeL

Ajoute qu*il a oui dire au sieur Saveuse que ledit Saveuie anit'entendu dire au sieur Moinel que le sieur d*Étallonde avait insulté un crucifix planté sur le Pont>Neuf.

Moinel, enftint de quatorze ou quinze aus , dit que le sieur d*Étallonde était fort loin d*une procession de capucins , quand il n*ôta pas son chapeau. Interrogé malignement si ce n'était pas bravade? A dit que non. Si d*Étallonde ne s'en était pas vanté ? A dit que non.

Ledit Moinel se contredit ensuite.

Il accuse d'Étallonde d'avoir dit sacre D..M pourquoi ôter son chapeau de si loin devant des capucins? Mais a confirmé que le sieur d'Étallonde ne s'en était pas vanté.

Son application au service du roi, son maître, et l'élude des fortifications lui ont fait oublier ces puérilités.

Des ouï-dire ne sont nen.

Ce Moinel , qui s'est tant contredit, fut regardé comme un enfant imbécile dont les juges n'osèrent achever le procès, lorsqu'on eut reconnu enfin dans Abbeville que cette abominable afEnre n'avait été

Ensuite interrogé si, dans la conversation, d*Étallonde ne lui a pas tenu des discours impies? Dit qu'un jour devant un nommé Blondin , le sieur d'Élallonde dit qu'il était bien difficile de prouver l'existence de Dieu, etc. Ajoute que d'Étallonde lui a chanté une fob une chanson sur la Madeleine ; que le sieur Douville de Maillefeu a chanté la même chanson. Dit que d'Étallonde, pressé d'un besoin en passant par an cimetière, avait salttiait à ce besoin quoiqu'il y e(\t un crucifix. Il finit son

entamée que par une querelle die quelques familles. Ces!

une chose publique.

Dn i6 oclobn

I* ialcrrofateircdc MoîmI.

Oa 17

4* iotMTO^atoiredt MoimI.

intenro^toin par dire qu'il ne la? ait

qo*il diiait.

Iiit«rroeé ù d'ÉuUonde ne lui avait pas parlé de quelques hosties qu'on disait autrefois avoir versé du sang? A dit que non.

Interrogé si d*Étallonde n*a^s fait quelque eipérienoe avec ces hosties?

A dit que non. Interrogé s*il n'a pas chanlé une ancienne chanson de corps de garde qu'on appelle la chanson de Saint'Cfr? A dit que d'Étallonde l'a chantée.

Dit qu'il a vu le sieur d'Étallonde insulter une croix sur le grand chemin. Interrogé s'il n'a point entendu d'Étallonde traiter le Christ de J...

F.....? A dit qu'il croyait que oui.

Interrogé si quelqu'un n'avait pas gardé une hostie et ne Tavait pas percée pour voir s'il en sorlirail du sang? A répondu que non; mais que cette histoire lui avait été contée par le sieur DouviUe.

Interrogé s'il sait que d'Étallonde ait vidé ses entrailles dans un cim^

Ce conte des hosties fui le premier prétexte que prit la cahale. Il n'a jamais été question d'hosties. Cela seul fait voir la source de ces débitions horribles. On fit courir Je hruit dans toute la France que les accusés avaient percé le saint sacrement à coups de couteau.

Tantôt on dit que les accusés ont mutilé un crucifix sur le grand chemin (lieu peu convenable à sa sainteté), tantôt on dit que non. Donc la cabale n'agissait que sur des bruits vagues et calomnieux.

On a déjà vu que Moinel était un pauvre en&nt à qui on faisait dire tout ce qu'on voulait.

Le sieur d'Étallonde nie formellement qu'il ait jamais prononcé ces inf&mes paro« les , et ose en prendre Dieu même à témoin.

D» » oddbrt 1765,

i" iat«Toga< loin do dwTalicr

de La Barre.

ToujoOTS des ouï-dire! Et où serait le crime d'avoir été

tière non loin d*un cnicifis ? A ré- pressé de ses nécessités dans pondu qu'il Favait entendu dire. un cimetière dans lequel il

y avait une croix?

On a déjii répondu a cette

vaine accusation.

Le chevalier de La Barre dit qu'en effet d'Étallonde et lui avaient leur chapeau surbi léte pendant une petite pluie, assez loin d'une procession de capucins , le jour de la Fête- Dieu , et qu'ils allaient dîner à Tabbaye de Villancour.

Interrogé s'il a dit qu'il ac com-l

Le sieur d'Étallonde n'a ja-

coRnESPOirDA.ircE

Da 3o

hn 1765.

1* interroga*

toire do

cheralicr daLa Barra.

IXu a7 fârrier

Intcrrofatoira

da La Barra •or la saliatta.

prenait pas oomment on pouvait adorer un dieo de pAte? A dit qu'il peut avoir exposé quelques doutes au sieur d'Élallonde, mais qu'il ne s*en souvient pas précisément. A dit que d*ÉtaUonde , voyant en effet un mau vais médaillon de plAire chez un nommé Beauvarlet, assura que ce plAtre ne méritait pas d'être conservé; mais qu*ii 7 avait un Christ dans ce médaillon , et que ni lui ni d*ÉtaUonde n*y avaient touché. Qu'il convient avoir chanté une vieille chanson de corps-de-garde avec le sieur d'Étallonde , et l'ode de Piron,

Dit que le sieur d'Étallonde s'est vanté d'avoir insulté le Christ qui est sur le grand chemin, et de lui avoir fait des égraiignurcs ; qu'il a souvent chanté des chansons sur des saints.

Interrogé si plusieurs jeunes gens ne s'assemblaient pas avec lui pour disputer sur la religion.' s'ils; n'avaient pas étahli des avocats pour et contre ; et si d'Étallonde n'était pas l'avocat plaidant contre le christianisme? A dit que non; mats qu'en effet d*Étallonde a chanté quelques chansons dans d'autres occasions. A dit qu'en effet le sieur d'Étallonde lui avait conté qu'il avait fait quelque égraliguure à un crucifix placé sur Ift grand chemin, et qu'il croyait Ta* voir eutendu dire au si^r d'Étallonde. A dit qu'il a entendu conter à Dumaismel de Saveuse que le sieur d'Étallonde avait été plusieurs fois a la selle dans un cirnetière 011 il y avait un rnicifix. «

mais parlé d'un dieu de pâle.

C'est une eiprcasionde iV glise protestante. Quoiqu'il serve sous un irèa-grand roi protestant, il va souvent à la messe , et tout son rcgÎHfcot en est témoin.

Encore cette chanson ! S'il l'a chantée y c'est si secrètement , que la cabale fut obligée d'employer la ressource funeste d'un monitoire.

Tout ce qn'a pu dire le chevalier de La Barre est nuL On sent bien qu'il chargeai!

le fugitif auquel il ne pouvait nuire, et unus tettisy nullus teslis.

On a déjà répondu à ces accusations.

Quant aux avocats pour et contre, il est évident que c'est une calomnie aussi ridicule qu'affreuse contre des enbnts dont la cabale voulait écraser les familles.

Cette cabale parvint à persécuter madame l'abbcsse de Villancour; mais le roi^a rendu justiceà soninnocenee.

Le sieur d'Étallonde eqiêre la même justice.

ERTRE VOLT\IR£ ET COITDORCET. S'J

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