‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 58 sur 205 · A CONDORCET · texte numérisé non relu

A CONDORCET

a6 avril 1775.

Le premier point de mon sermon est l'abominable superstition populaire et parlementaire qui s'élève contre la liberté du commerce des blés et contre la liberté de tout commerce. Vous voyez les horreurs qu'on vient de commettre à Dijon (i). Dieu veuille que les fétiches n'aient pas eicité sous main celle petite Saint-Barthélémy! Il semble qu'on prenne à tâche de dégoûter le plusgrandhomme de la France(2) d'un ministère dans lequel il n'a fait que du bien. La nation des Welches est indigne de lui. Mais il y a des Français à qui sa gloire sera toujours chère, et qui combattront sous ses étendards , qui sont ceux de la vertu et du bien public.

Les Welches sont fous et barbares; mais les vrais Français sont honnêtes.

On dit qu'on crie à Paris parce que le pain blanc est renchéri de deux liards. Nous sommes moins difficiles dans notre petit canton ignoré ; le blé vaut actuellement chez nous 4^ liv. le setier de Paris, et nous ne crions point , parce que nous savons trèsbien que notre terrain n'est pas celui de Babylone, ou d'Egypte, o u de Sicile.

(i) Il 7 avait eu une émeute violente, dans laquelle on avait jeté deux cents setiers de blé à la rivière. Voyez les lettres à M*"^ de Saint- Julien, du 5 mai, et à M. de Vaines, du 8 mai

{%) Tui*got.

ENTRE VOLTAIRE ET COlfDORCET. 'J'J

Je dirais volontiers à celui que vous aimez (i) : Tu ne cède malis sed conira aitdeniior ito (a) ; mais il se le dit à lui-même.

Au reste , vous recevrez, je crois, par la première poste , le pain mollet que vous avez ordonné (3).

Mon second point est la vertueuse fermeté d'âme de mon jeune Prussien d'Abbe ville. Il s'obstine à de* mander justice. Il regardera toujours une grâce comme un opprobre. Vous verrez s'il a raison par le mémoire que vous devez avoir reçu. Je vous prie instamment de vouloir bien donner ce mémoire à Beaumont , et de l'encourager à bien faire.

Mon troisième point roulera sur la faiblesse et sur la méprise de M. de Tressan (4). Il n'est pas pardonnable à un lieutenant général des armées du roi de se donner ainsi en spectacle au monde , et de faire imprimer des vers si hardis sur des matières si délicates. Je conviendrai bien avec vous qu'il y a quelques beaux vers dans l'épttre de ce prétendu chevalier de Morton. Mais tout géomètre que vous êtes, vous savez bien que des vers qui ne sont pas parfaits ne Talent rien; vous savez qu'un mot impropre gâte la plus belle pensée, et qu'une seule idée qui n'est pas à sa place rend tout un discours ridicule. Ainsi ,

(i) Turgot.

(a) Virg., JEneid.^ VI.

(3) Des exemplaires de la brochure sur le commerce des blés , que Yoluire faisait imprimer à Genève pour Condorcet Voyez page 8oy lettre 40.

(4) Au sujet de Tépître du prétendu chevalier de Morton.

Voyei ci-dessus la lettre du 10 avril, p. 70-

VOUS me permettrez de vous dire que, malgré quelques beaux vers détachés , M. le chevalier de MortOD est un très-mauvais poète. Je suis indigné qu'on m'impute cet ouvrage , très-indiscret d'ailleurs, trèfr-dangereux et très*mal placé.

Voilà mes trois points; je vous prie de répondre à tous les trois avec amitié et vérité.

Page 1