A CONDORCET
27 avril 1775.
Vous devez à présent avoir reçu les papiers d'un infortuné digne d'être heureux , et je ne doute ni de vos bontés ni de votre vertu courageuse.
Il est bien triste qu'un ridicule très-dangereux vienne empoisonner les consolations que je ressens. Il faut que je vous parle encore des suites très-désagréables qu'ont eues la faiblesse et la méprise de de M. de Tressan. Voilà donc deux Ratons au lieu d'un y et dans quel temps! lorsqu'il était si important de se taire. C'est pour la troisième fois que je me vois la victime d'imprudences que je n'ai pas à me reprocher : la lettre de l'abbé Pinzo , La lettre du théologien (i), et la témérité du prétendu chevalier de Morton.
Le comte de Tressan , à qui j'ai fait de très-jusies plaintes 9 m'a mandé que vous et M. D'Alembert vous. aviez beaucoup approuvé son épitre et celle
(1) Tome y, page 273, et la letU'e a3, p. 39.
ENTItE VOLTAIRE ET CONDORCET. 79
de voire chevalier, que vous l'aviez exhorté à faire imprimer tout cela.
Je ne puis croire que vous ayez donné un si dé* testable conseil. Je conviens que l'épltre de ce MortoD est semée de quelques vers détachés fort beaux ; mais ils ne peuvent servir qu'à nous susciter des en* nemis implacables, et à réveiller la rage des anciens persécuteurs. Pour les autres vers de ceMorton, ils soDt très-mauvais, et q'est me déshonorer que de me les attribuer. Figurez-vous qu'un chevalier de Ciibières de Palmezeaux, fai^nt des vers (qui demeure aux écuries de 4a reioie), vient de m'écrire : A M. le chevcdier de Mortoh, au château de Fer* nej (i). Je serai dans la triste obligation d'écrire pour détromper le public. On aurait bien dû épargner à ma vieillesse ces désagréments insupportables! Mais je dois les oublier en faveur du bien que vous allez faire à ce brave et sage d'Étallonde.
Ce n'est pas en attaquani maladroitement et hors de propos la Sorbonne et Riballier qu'un Écossais, nommé Mort on, réussira à faire rendre justice à un
(i) Ce CobièreSy qui se faisait appeler tantôt Dorat-Cobièresy tant&t Cobières de Palmezeaux, était précisément Tauteur de la fameose é|Htre du chevalier Morton à M. de Tressan; c'était pousser la plaisanterie jusqu'à Tinsolence. Heureusement pour le coupable. Voltaire n'en soupçonnait rien, et dans sa réponse, en date du a6 avril 1775, il proteste ingénument à ce Cubières de n'être point le chevalier Morton , et tente de le lui prouver par la critique des vers dudit Morton. Les œuvres de Cubières, «> 5 petits volumes in-i8 , ornaient il y a vingt ans tous les parapets de la Seine \ elles ont disparu même de cet asile. -
8o CORRESPONDANCE
Picard, nommé d'Élallonde. Cette disparate m'accable de douleur; réparez-la, je vous en conjure, en faisant entendre raison à Beaumont (i).
Adieu, Monsieur; mon chagrin est extrême; il n'est balancé que par mon espérance en vous.