‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 66 sur 205 · A CONDOBCET · texte numérisé non relu

A CONDOBCET

II janvier 1776.

Vous augmentez ma joie, mon respectable philosophe, en la partageant. C'était une belle fête de voir dix ou douze mille hommes répandus dans la campagne, reconduire avec des huées les troupes du roi David, bénir M. Turçot, et chanter leur liberté. Tout le monde s'embrassait , tout le monde dansait , tout le monde s'enivrait.

Je ne suis qu'un pauvre malade ; j'ai reçu des compliments dans mon lit , mais je me suis cru le plus heureux des hommes.

Je regarde sans doute ce petit événement comme un essai qu'Hercule (ot) fait de ses forces : il fînira par nettoyer toutes les étables du roi Âugias. Les

(i) Voltaire avait présenté, en faveur du pays de Gex, un fflémoire pour obtenir le dégrèvement de l'impôt. Ce mémoire ait uD plein succès. Cependant , et malgré les ordres précis du contrôleur général , les employés de la ferme voulurent continuer à percevoir les taxes abolies. Ils furent accueillis comme l'on Toit par cette lettre. Voltaire, dans sa joie, en écrivit le même jour (11 janvier) deux autres : l'une à M. de Vaines, l'antre à M™^ de Saint-Jalien. (Correspondance, t. XJX, p. /177 et 47^*) Voyez aussi p. 472, dans une lettre à M. Fabry, quelle indignation causèrent au patriarche les violences des commis : « On ne doit regarder < que comme des assassins les scélérats qui , à la faveur d'une • ancienne bandoulière , viennent voler sur les grands chemins et ' dans les maisons des sujets du roi, etc. »

l'a) Tur^jot. Voltaire lui adressa, le 8 janvier, ime lettre de ri-nicrciincnts avec un mémoire.

9^ GORRESPOHDANGE

reptiles qui infectent depuis si longtemps ces élables auront beau sifHer : Âugias verra sa maison nette , suppose qu'il soit assez heureux pour avoir toujours dans Hercule une confiance entière.

Pour Messieurs de Y Avertissement aux fidèles , je les crois toujours plus dangereux que les gens de finance ; ce sont des basilics dont on ne pourra détruire la race. C'est beaucoup de les avoir rendus méprisables aux yeux de tous les honnêtes gens, mais cela ne suflSt pas : les honnêtes gens sont en trop petit nombre. 11 y aura toujours dix fois plus de prêtres que de sages , et c'est malheureusement dans cette guerre que Dieu est toujours pour les plus gros bataillons. J'ai passé ma vie à escarmoucher; mais vous êtes un excellent général d'armée, et je me flatte que les deux Bertrands formeront des milliers de Ratons.

On m'a dit qu'il y a du refroidissement entre Brutus et Cassius ; je ne le crois pas : il faut que vous soyez toujours unis. Saint Jérôme a pu se brouiller avec saint Augustin, mais nos deux généraux doivent toujours être animés du même esprit. Que ne puis-je avant ma mort me trouver encore entre vous deux ! Conservez-moi votre amitié : elle répand un charme sur le peu de jours qui me restent encore à vivre. Raton.

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