A VOLTAIRE
Ce I î février 1776.
Mon cher et illustre mattre^ les grandes robes ont enregistré Tédit de la cour de Poitiers , et nommé des commissaires pour les cinq autres. Ces commissaires ont déjà approuvé celui qui supprime les conseillers du roi , et Ton présume que tout se passera doucement. C'est à la fermeté du roi que nous de* vons ce miracle. M. le prince de Conti , quoique mourant, se traîne à toutes les assemblées de commissaires, pour tâcher de conserver à la France le bonheur d'avoir des corvées y et pour établir ce grand principe, que le peuple est de sa nature corvéable et taillable. Mais ce grand prince a beau faire, les corvées et lui s'en iront ensemble.
tMTRE VOLTAIRE ET CONOORCET. 97
Voici II De facétie du Châtelet de Paris. On dé^ ttonce à la chambre un livre intitulé Philosophie de la Nature {^1)9 qui se vend avec permission tacite , et qui porte au frontispice 1776. Le livre. est brûlé ; on informe contre les libraires, contre l'auteur; on espère prouvera tout l'univers que le lieutenant de police actuel , qui ne peut manquer d'être un scélérat puisqu'il est l'ami de M. Turgot, a permis la distribution d'un livre abominable. Point du tout : on découvre que l'ouvrage, approuvé par un janséniste zélé pour la bonne cause , a été permis il y a cinq ou six ans (2), et que le frontispice est une nise de libraire , et le Châtelet est trop heureux d'étouffer sa sottise.
J.-F. Montillet (3) est dans le sein d'Abraham. C'est, dit-on, l'évéque de Châlons, Juigné, qui lui succède. Le bénéfice vaut près de quatre cent mille livres de rentes.
Nous nous trouvons fort bien ici d'avoir en quarante volumes ce qui était en cinquante-quatre (4); mais soyez sûr qu'à l'exception de cette commodité pour le public et de l'argent qu'elle rapportera au
(i) Par de Liste de Sales.
(a) Davanuge. La première édition est de 1769, en trois voinmes in*i2.
(3) Archevêque d'Auch, de l'Académie française. Voyez la letire n* 46.
(4) L'édition des œuvres de Voltaire, faite à Genève par Cramer et Bardin , qui causa tant d'inquiétude à Voltaire. Voyez la lettre à D'Âlembert du 8 février 1776, une autre lettre à d'Argeotal, du 6 mars 1776, et plus bas la lettre n** 5a.
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libraire y il ne résultera rien de celte opération de commerce. Personne n'en parle ici. Comme il n'y a personne ayant un peu de livres, qui n'ait au moins une collection à peu près semblable j il est impossible qu'elle fasse le moindre bruit.
Adieu , je vous embrasse et vous exhorte à ne pas laisser si aisément troubler votre repos. Empêchez seulement que la querelle de Cramer ne fasse de l'éclat, non qu'elle pût vous compromettre, mais parce qu'elle est scandaleuse.