S. A CONDORCET
6 mars 1776.
Mon illusti*e ami, vous voyez que les monsti*es noirs mordent hardiment le sein qui les a réchauffés.
(1) Rigoley d*Ogoy, intendant des postes. Voyet plus loin p. ii5.
(2) Du liTre de de Lisle de Sales.
'3) Par H. de Boncerf , caché sous le 00m de Francaleu. Voyez U note de M. Beuchot, au tome XIX, page 545, des œuvres de
VoUaire.
I o8 CORRESPONDANCE
Noire Rosoy a contribué à les rétablir, et ils veulent le perdre, cela est dans Tordre. Us viennent de faire brûler par leur bourreau le livre le plus sage et le plus patriotique que j'aie jamais lu (i), sur les corvées, sur toutes les oppressions que le peuple souffre et que notre grand homme veut détruire; ils pourront brûler leur barbe en brûlant cet ouvrage. Il faut espérer qu'ils en feront tant, qu'ils obligeront la main qui les a tirés de l'abime à les y laisser retomber.
En attendant, il n'y a sorte d'horreur que la secte des convulsionnaires ne prépare. 11 faut que Panekoucke ait perdu le sens commun, s'il ne renvoie pas sur-le-champ l'infâme édition qui va le perdre (a). Je conçois encore moins le silence de sa sœur; il y a dans tout cela un esprit de vertige. Je suis trèsinstruit , et je leur prédis malheur. Je souffre de leurs peines et des miennes.
Envoyez-moi, je vous prie, par M. de Vaines, la feuille que vous savez (.H).
(i) Les inconvénients des droits féodaux ^ parM« de BoDcerf, premier commis de Turgot. Voyez les lettres à M. Christin , du 5 mars 1776; à M. de Vaines, du 6 mars; à M. de Boncerf luimême, du 8 mars (t. XIX, p. 538, 5^9 et 5^5, des œuvres de Vohaire). M. de Boncerf avait été décrété de prise de corps ; mais le roi défendit au parlement de donner suite à cette affaire.
(2) Voyez lettres n* 49, 5o, 5i, Sa.
(3) Qu'on lui attribuait , et que M. Seguier avait poursuivie. Voyez lettre n** 54.
S6. A GONDORGET.
16 mars 1776.
Vraiment, mon éloquent philosophe, vous aviez grand tort de ne me pas envoyer le chef-d'œuvre qui commence par Bénissons le ministre bienfaisant ( i ), accompagné de la comédie de F Esprit de contradiction^ relativement à l'édit de Henri IIF.
Il me fallait un tel ouvrage pour me réveiller de fassoupissement où certains discours académiques venaient de me jeter. Je vous répète que si vous ne me faites pas l'honneur d'être des nôtres cette foisci, je m'en vais passer le reste de ma jeunesse à l'Académie de Berlin ou à celle de Pétersbourg. Il faut que M. D^Alembert et vos autres amis remuent le ciel et la terre pour écarter les hommes médiocres.
On me mande que ces Messieurs ont fait de belles rtmoii\x^nce& y parfaitement bien reçues ^ et qu'ils en vont faire d'itératives.
Nous en avons fait aussi dans notre petit pays. Vous n'y trouverez que la simplicité helvétique^ et vous nous pardonnerez la liberté grande.
Je remercie du fond de mon cœur M. et M""* Suard; mais j'opère toujours mon salut avec crainte et tremblement (a).
Je reçois dans ce moment votre lettre du lo mars (3). Voici le siècle de Marc-Aurèle.
(i) Sur VaboUiion des corvées y tome XI, page 87. Voyez les icllres n<» 46 et 48.
(a) Relativement à r^ditîon de ses œnvres en 40 volumes. Voyez la lettre précédente.
^)) Elle manque.
i l O CORRESPON DANCE
Je prends la liberté de dire à son ministre que Messieurs ne sont pas tout à fait le sénat romain.
Madame Denis est enchantée de votre stvle et de votre intrépidité. Continuez et rendez ces gens-là bien ridicules et bien méprisables, jusqu'à ce qu'on les renvoie aux gémonies dont on les a tirés.
CesWelchesde Paris aiment tendrement leurs rois; ils n'en ont encore assassiné que trois, et n'ont condamné au bannissement perpétuel que Charles YII.