‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 85 sur 205 · G9. A CONDORCET · texte numérisé non relu

G9. A CONDORCET

aa novembre 1776.

Raton, mon respectable philosophe, est depuis vingt ans l'ami de madame l'Enveloppe, et lui a eu en divers temps quelques obligations. 11 ne faut point être ingrat envers ses amis parce qu'il leur arrive quelque bonne fortune.

On n'a point envoyé ce qui s'appelle des vers à la louange, des vers à mettre dans le Mercure; on a écrit une lettre familière, en vers familiers, selon son usage, et on ne l'a montrée à pei-sonne. *

Je n'ai jamais été de l'avis de ceux qui dénigrent Jean-Baptiste (i). Je ne crois point du tout qu'il ait commencé par une banqueroute, puisque ses premières opérations furent de diminuer la taille de doux millions, et de faire baisser le prix du pain en temps de famine. L'année de sa mort fut la seule où la dépense se trouva égale à la recette, et cela n'est jamais arrivé depuis lui. Il créa en peu de temps une marine formidable qui ne serait pas inutile aujourd'hui. Je l'ai toujours regardé comme un trèsgrand homme, quoi qu'il eût des défauts, et même des ridicules. Je suis à Caton , mais je ne puis abandonner Jean-Baptiste.

Toutes ces disputes sont des balivernes. L'essentiel pour moi est que la petite ville que je bâtissais tout doucement est détruite avant d'être achevée, et que ses ruines m'écrasent. Je ne pourrai pas dire en ce moment :

Urbem ridicuiam statui^ mea maenia vidi , Et Dunc parva meî sub terras ibit imago.

Mes pauvres horlogers qui avaient fondé la ville sont persécutés. Je ne suis pas assez sot pour les soutenir. J'abandonne tout; je meurs ruiné. Jean s*en alla comme il était venu!

Cependant Gilles Shakspeare et maitre Guénée (s)

(i) J.-B. Colbert.

(i) L*abbé Guénée, auteur des Lettres de quelques Juifs à M, de Voltaire.

£HTR£ VOLTAIRE ET CONDORG£T. I Sy

triomphenl. Peut -être tout cela changera dans soixante et quatorze mille ans, quand tout sera gelé (i).

Je^vous embrasse très-tendrement du fond de ma caverne.

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