A VOLTAIRE
Ce %S novembre 1776.
Moucher et illustre maître, je vous demande vos bontés pour le journal de feu Linguet (2). Vous avez dû y voir avec quel zèle M. de La Harpe y défend la cause du bon goût et de la raison. Je voudrais que , dans une lettre ostensible y vous voulussiez bien dire de ce journal ce que vous en pensez. Votre suffrage vaudra beaucoup de souscriptions. Vous ferez grand plaisir à M. de La Harpe , qui vous est tendrement attaché, et nous ne vous demandons, au nom de la littérature française, que quelques lignes de prose. Nous ne sommes pas si difficiles que madame de TEnveloppe (3) , à qui il faut des vers. Je les ai vus enfin. Cest Caton qui me les a envoyés ; M. de l'Enveloppe n'a pas trouvé l'encens assez fort pour les montrer.
J'ai bien peur que nous ne nous battions bientôt pour les déserts, que les Espagnols et les Portugais disputent aux chacals du Brésil. Depuis le mois de
(i) Suivant la prédiction de Buffon.
(a) Journal de politique et de littérature. {Vj M°»* Necker. Voy. Icllrc 11^ 68.
1 38 GORRESPONDAJICE
mai je fais des efforts pour prendre toutes ces choses-là en patience. J'en suis encore loin , mais cela viendra. Adieu , je vous embrasse, et je vous aimerai toujours pour qui que ce soit que vous fassiez des vers. Taillez votre plume : TEnveloppe se prépare à nous donner dans Notre-Dame le spectacle d'une belle abjuration (i); il ne veut plus rien avoir de commun avec Rosny.