A CONDOBCET
a8 février 1777.
Raton a souvent recours aux bontés et aux instructions de Tintrépide philosophe.
Connait*il un livre intitulé : Aux mânes de Louis KVet des grands hommes qui ont vécu sous son règne? Sait-il quel est cet auteur qui parle de tout, et qui semble même se connaître à tout (1)?
On nous avait flatté que l'illustre secrétaire nous avertirait incessamment du jour et de Fheure où notre globe de verre s'en irait en fumée, et quand la comète qui produisit autrefois la terre reviendrait la détruire (a). Si on a besoin de quelques montagnes élevées par le flux de la mer à deux mille toises de hauteur, j'en ai vis-à-vis mes fenêtres une douzaine à votre service. Je vous prierai de vouloir bien m'envoyer quelques molécules organiques pour me payer de mes montagnes. Il y a un libraire qui n'est point janséniste, et qui veut imprimer Pascal (3). Voulez-
(i) C'est Gudin de la Brenellerie. 11 avait envoyé son livre à Voltaire, qui apprit, par d*Argenta1, le nom de l'auteur, et le remercia dans une lettre du 7 mars 1777.
(a) Raillerie contre les idées de BufTon et celles de Baîlly.
(3) L'Éloge, suivi de remarques sur les Pensées, par Condorcet, vol. m, p. 567.
ENTRK VOLTAIRR ET COHDORCJCT. l47
VOUA me permettre de lui envoyer celui que je possède? Je ne peux m'en défaire qu'à condition qu'on multipliera cet excellent volume, qui n'est pas fait pour tout le monde, mais que tout le monde devrait étudier.
Le vieux Raton a bien besoin de consolations; il en cherche dans les écrits et dans l'amitié dont le plus que Pascal et plus que Fontenelle veut bien Thonorer.