A VOLTAIRE
Ce 5 mars 1777.
Mon cher el illustre maître , l'auteur des Mânes (i) est M. Gudin,qui a fait autrefois une tragédie intitulée : Le royaume en interdit ou Lothairey dans Kntention , disait-il, de mériter l'honneur de la Bastille. Malheureusement sa mère l'obligea à retrancher les mots dont il avait fortifié sa pièce, et il eut l'humiliation de conserver sa liberté. LesMânes de Louis XV ne la lui feront point perdre. Il n'y a dit de mal que de ce que vous savez (1), et les gens qui ont de la puissance ne se soucient de ce que vous savez, que lorsqu'elle leur fournit un prétexte pour nuire aux gens de bien, dont ils craignent les lumières et le courage.
J'ignore absolument si la terre sera gelée ou si elle sera réduite en poussière par le choc d'une comète,
(i) Voyeat lettre 76.
p) De la religion.
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si elle sera brûlée par une explosion du feu central ou si elle retournera dans le sein du soleil. Il n'y a que M. le comte de Buffon et frère illuminé fiaill? qui sachent toutes ces belles choses.
Quant aux montagnes, je suis fort ignorant encore sur cet objet. Il parait clair que celles qui contiennent des coquilles dont les analogues se trouvent dans la mer, ont été formées par elle, mais quand et comment? Nous le saurons peut-être un jour; mais, ce qui est prouvé, c'est que la manière dont on la expliqué dans la grande histoire naturelle répugne un peu aux lois de l'hydrostatique.
Quant au livre dont vous me parlez (i), l'auteur a donné le manuscrit aux imprimeurs de Deux-Ponts, qui ont eu la bonté de faire un petit présent à son copiste; ainsi il n'est plus le maître de cet ouvrage. Nous attendons avec impatience qu'il sorte quelque chose de dessous l'Enveloppe (a). Jusqu'ici nous n'avons rien vu que quelques imitations de Montmartel. Je ne sais si les frères l'Enveloppe imiteront en tout les frères Paris, qui eurent tant de part au voyage de Bourges, en 1749- Au reste, la musique de Piccini et celle de Gluck ont excité une guerre si vive , que l'on pourra bouleverser le ministère et la finance sans que les Welches s'en daignent apercevoir.
Adieu , mon cher et illustre maitre, je vous embrasse. On a parlé d'un Alexis Comnène^ d'un Nice-
(1) Le Pascal avec les notes de Condorcet, que Voltaire demandait Tautorisation de faire imprimer. Voy. lettre 76. (a) M. Necker. Voyei ci-dessus, lettre 67, •
ËNTRK VOLTAIRE KT CONDORCET. l/^^
phore{iy Si on ne s'est pas trompé, je me recom*mande à vos bontés. M. de Vaines est administrateur des postes, et vous pouvez m*envoyer des paquets sous son couvert.