A VOLTAIRE
Ce 17 avril 1777.
Mon cher et illustre maître , les tigres qui ont voulu manger M. De Lisie (2) ont peur de la griffe de Raton, qui sait se faire sentir de plus loin que la leur. Ils ont promis de faire palte de velours, si Raton voulait leur garantir les coups de griffe. Vous sentez combien peu de telles espèces méritent de confiance; mais ce quenous écririons ne ferait que nuire dans ce moment, où la canaille de toutes les livrées est réunie contre la raison. Ainsi je crois que le plus sùv est de profiter de la peur que Raton sait inspirer. C'est la-
(1) Turgot.
(a) Voyez leltrc 49.
ENTRE VOLTAIRK £T CONDORCET. l5l
vis de personnes très-graves et très-bien intentionnées. Ainsi, mon cher et illustre maître, taisonsnous et espérons.
L'empereur ( i ) est arrivé ; il a banni toute étiquette et refusé tout compliment. Les Welches en sont surpris^ et ciaignent qu'il n'ait pas assez de dignité , et qu'il ne leur (asse pas sentir assez qu'il est au-dessus d'eux , et même un peu d'une autre espèce.
Adieu, je vous embrasse; je répondrai à votre lettre une autre fois.