‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 96 sur 205 · A CONDORCET · texte numérisé non relu

A CONDORCET

a juillet 1777.

. Il n'y a pas un mot à répondre à ce qu'un vrai philosophe m'a écrit le 210 juin (i). Je l'en remercie très-sincèrement. On voit toujours mal les choses quand on les voit de trop loin. Je ne savais pas l'aventure de la divinité du Verbe et celle du droit d'aubaine, cela est curieux. Il ne faut jamais rougir d'aller à l'école, eût-on l'âge de Mathusalem.

Je suis bien fâché que vous ne vouliez pas être des nôtres cette fois-ci. Vous nous êtes bien nécessaire. On dit que le philosophe de l'Académie française se console (2), qu'il se porte bien, qu'il ne va pas en Prusse. Je lui en fais mon compliment, et je vous

(1) Voyez la lettre précédente.

(a) D'Alembert, qui avait perdu mademoiselle de Lespioâ^se le a3 mai de ceUe même anm?e.

ENTIIE VOLTAIRE £T GONDORC£T. l55

renouvelle ma sincère reconnaissance de ce que vous m'avez écrit le ao juin.

sa. A CONDOBCfiT.

A. Fcmey, ce aa octobre 1777.

(Cette lettre est de M. de Villevieille; le post-scriptum est de Voltaire.)

Je suis ici depuis huit jours, mon cher philosophe; fy passerai quelques mois, peut-être Thiver, que sais*je?j'aui*ai donc le temps d'y recevoir de vos Douvelles, et j'espère que vous nous en donnerez.

On me permet de vous parler d*une, de deux tragédies, jigathocle, tyran de Sj-racuse, sujet singulier ! Le héros est un disciple de Platon. Athènes a cultiifé ses mœurs et son génie ^ etc.... 11 y a un rôle de prêtresse que j'aime fort, un fort beau cinquième acte et un dénoûment auquel on ne s'attend point. C'est iàitpour être joué sur le théâtre de Venise plutôt que sur celui de Paris , et il faudrait peut-être à cette pièce Galon, Brutus, des philosophes comme vous, pour auditeurs. Au reste, elle est écrite d'un bout à lautre avec la pureté , l'élégance et la correction de Racine. Mais venons à Alexis Cb/w//^/2e(i), dont je vous parlai l'année dernière, et qui n'était alors qu'une esquisse informe. Oh ! ici l'auteur de Zaïre ^ à^Alzire, â^ Adélaïde du Guesclin. a fortifié les cravons de Piacine; c'est vraiment une tragédie, on tire le mouchoir. L'intérêt commence au premier vers, marche

(ft) Jouée sous le titre à' Irène,

et croît toujours; il y a un rôle de moine de SaJnt- Basile, qui sera neuf; eu un mot, M. de Voltaire parait avoir brisé ses anciens moules et en avoir fondu un tout neuf et tout exprès pour cette pièce. Comme je n'en ai encore entendu que trois actes, j*y reviendrai dans ma première lettre. Le courrier me presse aujourd'hui : je me hâte donc de vous dire combien je vous aime. Croyez que mon attachement pour vous sera toujours un des plus vifs et des plus tendres sentiments de mon cœur.

YiLLEVIBILLB.

Protégez , je vous prie, mon hommage respectueux auprès de madame la duchesse d'Anville, et rappelez* moi au souvenir de M. D'Alembert.

(Le reste est de récriture de Voltaire.)

Ce sont somnia senectutis dont vous parle M. de Villevieille; mais je ne sais ce que c'est que les vers pour M. Necker dont vous me parlez. Si c'est d'une ancienne lettre à madame sa femme , je n'ai point tort. Je suis désespéré de ce qui se passe au tripot des quarante. Vous êtes si au-dessus de tous les tripots! et même au-dessus du tripot de Port-Royal !Je vous adore. V.

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