D'INSTRUCTION SOCIALE
Dans un moment où tous les citoyens sont appelés à la discussion de leurs intérêts et à la défense de leurs droits, rien ne peut être plus utile que de les prévenir, et contie les erreurs où l'ignorance pourrait les entraîner, et contre celles où, dans l'espoir d'en profiter, des hommes avides et ambitieux chercheraient à les faire tomber.
Les individus, comme hommes, comme membres d'une société politique, ont entre eux des rapports, d'où naissent leurs droits et leurs devoirs. Il existe d'autres rapports entre les individus et la société dont ils font partie. Enfin, les besoins des hommes et leur industrie ont fait naître de nouveaux rapports entre eux et les choses qu'ils peuvent produire, perfectionner, consommer ou employer.
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De ià naissent tiois brandies d'une même science, qui a pour ol)jet général la connaissance des droits, des devoirs et des intérêts de l'homme dans l'état de société.
Nous adopterons^ pour les distinguer, les dénominations de Droit naturel, de Droit politique , à' Economie publique.
Toutes les sciences ont une partie pratique. De chacune d'elles découle un art, dont les règles sont la conséquence des principes de la science. Cet art a pour but de combiner et de choisir les moyens d'exécuter sûrement ce que les principes ont fait reconnaître pour vrai, pour juste, pour utile.
Ainsi, la morale ou l'ait de se bien conduire dérive du droit naturel; l'art social, du droit politique, et l'art d'administrer a pour base la science de l'économie publique.
Tels sont les objets sur lesquels il est utile que tous les citoyens aient des notions précises, qu'ils n'en aient que de justes, qu'ils n'adoptent que des théories saines et vraies; et le but de ce journal est de fixer ces notions, de déterminer ces théories.
Une des principales causes du peu de progrès des sciences morales et politiques, et surtout delà difficulté d'en répandre , d'en faire adopter les vrais principes, c'est l'imperfection de la langue qu'elles emploient.
Comme elles sont formées de mots employés dans l'usage commun, où ils n'ont en général qu'un sens vague et incertain, il est difficile d'amener les hommes à leur donner, dans l'étude d'une science, le
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sens précis qu'ils doivent y avoir. D'un auti'e côlé, il paraîtrait barbare de ciéer des ternies tecbniques pour exprimer des idées simples et communes. Une analyse des mots, employés dans ces sciences, est donc un des moyens les plus sûrs d'en faciliter l'étude, et d'en accélérer les progrès. Nous disons une analyse, et non une définition.
En effet, une définition, lorsqu'elle est possible, n'est que le résultat d'une analyse qu'elle suppose et qu'elle rappelle. Avant d'attacber un mot à une idée complexe, il faut l'avoir développée et circonscrite; il faut que ceux qui doivent s'entendre, en prononçant le même mot, reçoivent la même idée; et l'analyse seule peut remplir cette condition.
Ainsi, la langue politique, l'analyse des idées qu'expriment les mots de cette langue, sera un des premiers objets du Journal d histruclion sociale.
On y joindra le développement des principes de droit naturel, du droit politique et de l'économie publique, ainsi que l'exposition des moyens qui dérivent de ces principes, pour se diriger dans sa conduite, pour organiser ou administrer une société.
Dans toutes les sciences, il existe des théories reconnues, qu'il suffit d'exposer avec leurs preuves. Mais il existe aussi des questions sur lesquelles l'opinion n'est pas fixée.
La discussion de ces questions, quand même elle ne conduirait qu'à prévenir des décisions précipitées, en inspirant un doute salutaire, doit également entrer dans un journal d'instruction.
D'ailleurs, si l'on s'assujettissait à un ordre abso-
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lument mélhodiqiie; si la suite des articles du journal présentait un traité complet sur chaque science, on perdrait le principal avantage d'une publication périodique, celui d'occuper les lecteurs des objets pour lesquels les circonstances de chaque moment leur inspirent plus de curiosité, de les éclairer sur ce qu'ils ont actuellement besoin de connaître.
On exposera, on discutera les opinions qui, par elles-mêmes, ou par le nom de leurs auteurs, peuvent avoir sur les esprits une influence générale. On combattra les erreurs qui menaceraient d'acquérir une importance dangereuse.
Duhamel est chaigé de la langue des sciences morales et politiques, et de présenter des vues, soit sur la méthode d'enseigner ces sciences, soit sur l'art de discuter; Condorcet et Sieyès développeront les principes du droit naturel et politique, de l'économie publique, de l'art social.
Comme il est impossible que plusieurs hommes aient sur tout les mêmes opinions, il arrivera quelquefois d'en présenter de différentes sur les mêmes questions ; mais ces différences n'en rempliraient que mieux l'objet de ce journal, dont le but est d'éclairer et non d'enseigner ce qu'il faut croire.
On demandera, sans doute, à qui ce journal sera utile, à qui il est destiné, par qui il pourra être lu.
La partie du journal consacrée à exposer les moyens d'instruire les autres et de s'instruire soimême, et à fixer, par une analyse exacte, le sens des mots dont se forme la langue de la morale et de la politique; cette partie doit être, par sa nature même,
a l'usage de tous les hommes, à la portée de tous les esprits.
Elle sera utile dans l'éducation, et en même temps elle servira à faire disparaître cette différence de langage qui, entre des hommes appelés à l'exercice des mêmes droits, produit une inégalité très-réelle.
Dans les autres parties du journal, lorsqu'il s'agira de développer des théories , on aura soin de remonter assez haut pour se rendre intelligible, même à ceux qui ne sont point préparés par des études antérieures.
S'il s'agit de questions à discuter, d'opinions à exposer, alors on s'imposera la loi de suppléer aux connaissances que ces discussions exigent, par une courte exposition des principes généraux qui doivent y servir de guide.
Ainsi, c'est à tous les hommes ayant quelque habitude de réfléchir et d'exercer leur raison que ce journal est destiné. Il sera également à la portée et des enfants de douze ans, dont l'instruction n'aura pas été négligée, et des hommes les moins éclairés, s'ils sont capables de l'application nécessaire pour s'instruire.
Dans les sociétés populaires, qui ont si bien servi la cause de la liberté, qui lui seront encore si utiles, la lecture de ce journal aurait l'avantage de leur faire connaître, sur les questions qu'elles voudraient examiner et discuter, l'état actuel des connaissances humaines , les opinions qui partagent les hommes éclairés, les raisons sur lesquelles ces opinions sont appuyées,