‹ Œuvres de Condorcet (volume 4)Chapitre 12 sur 117 · L'ASSEMBLÉE NATIONALE · texte numérisé non relu

L'ASSEMBLÉE NATIONALE

Monsieur le Président ,

Chargés de garder le dépôt des contributions que la volonté du peuple consacre au maintien de ses droits , nous veillerons sur ce trésor de la liberté, qui ne serviia plus qu'à la conserver ou à la défendre.

Exécuteurs fidèles des décrets de l'Assemblée nationale, eux seuls régleront notre conduite. La limite qu'ils nous ont marquée nous sera toujours sacrée, et nous jurons entre vos mains de n'oublier jamais que le don du peuple qui, déposé dans la caisse commune, n'a pas cessé de lui appartenir, ne doit être employé que pour lui et parle vœu de

3a LETTRE

ses représentants, seuls juges de ses besoins, seuls interprètes de sa volonté.

Nous ne perdrons jamais de vue que la certitude du bon ordre dans le trésor public, est le seul moyen de faire supporter à des hommes les privations que les contributions leur imposent, et de perpétuer cette confiance dans la foi publique , que la courageuse justice de l'Assemblée nationale a su créer au milieu d'une révolution, et maintenir dans le sein des orages.

Nous regarderons comme un encouragement honorable, la surveillance habituelle et immédiate qu'elle exercera sur nous. Nous mettrons notre gloire à nous montrer à elle , occupés sans cesse d'éloigner cette complication , cette obscurité qui amènent le désordre, en donnant les moyens de le dissimuler, et nous pénétrer de cette maxime, qiiil îiy a d'utile que ce qui est juste, et <£ honnête que ce qui peut être public.

Le désordre dans les finances est, pour un peuple libre, le premier pas vers la corruption, qui n'est qu'un esclavage déguisé. Le monstre de l'inégalité se nourrit de ces richesses égarées qu'entassent des mains avides. C'est avec l'or des nations que la perfidie forge leurs fers, que la tyrannie achète ses armes ; et ces arides détails de nos fonctions s'ennoblissent à nos yeux, par l'idée que les gardiens du trésor public sont aussi les soldats de la liberté.

Nous vous demandons , d'après vos propres décrets, de donner à l'établissement destiné pour la

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