TOUS LES PEUPLES
Cliarabéry eLTurin élaieiU depuis longtemps l'asile des Français, qui y préparaient en sûreté les moyens d'exciter des troubles dans nos départements méridionaux , et d'y faire déployer l'étendard de la révolte. ï]n ministre français dont on craignait la vigilance avait été refusé sous d'absurdes prétextes.
Si le roi de Sardaigne n'a pas attaqué la France, c'est que la présence de ses troupes dans la Savoie , auxquelles les garnisons autrichiennes du Milanais étaient prêtes à se réunir, suffisait pour nous forcer de conserver une armée sur les frontières; c'est qu'il n'avait pas besoin de déclaier la guerre, pour faciliter le succès de l'invasion de ses alliés par une diversion utile, sans danger pour ses États, sans dépense pour son trésor.
Depuis le commencement de la lévolution , l'Angleterre paraissait aux amis de la liberté l'alliée naturelle de la France.
L'ancienne animosité nationale avait fait place, dans le cœur des Français, au sentiment d'une douce fraternité. Le peuple anglais semblait y répondre ; plus d'une fois on avait vu flotter dans nos fêtes patriotiques les pavillons réunis des trois grands peuples libres. Mais cette union, dont la jouissance des mêmes droits était le nœud sacré, blessait l'ambition inquiète du gouvernement britannique. 11 ne voyait qu'avec crainte une autre nation anglaise fleurir sous une constitution républicaine, tandis (|ue le pouvoir royal était resserré en France dans des limites plus étioites qu'en Angleterre, et que l'unité du corps législatif, l'égalité des citoyens, dé-
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fendaient la liberté contre les attentats et les perfidies du trône.
Le roi d'Angleterre et ses ministres, cachant leurs intentions ennemies sous une apparente neutralité, montrèrent de l'intérêt pour la personne de Louis, et parurent ne pas s'apercevoir qu'il existât en France une nation. Les orateurs dévoués à leurs passions s'occupèrent, dans leurs discours, non à plaindre le roi des Français, mais à calomnier le peuple. Ils feignaient de croire que la France avait disparu de l'Europe depuis qu'elle y paraissait comme une nation libre. Mais quelle était donc cette amitié de George pour Louis? Lorsque les armées autrichiennes menaçaient nos frontières; lorsque le roi de Prusse, l'allié de l'Angleterre, y joignait les siennes , quels efforts a faits le gouvernement anglais pour arrêter cette guerre contre un pays où Louis était roi , contre un peuple dont Louis ne pouvait séparer les intérêts des siens sans se déclarer parjure? Qu'a-t-il fait pour prévenir les dangers personnels auxquels il était si évident que cette guerre allait exposer le roi des Français? Rien.
Cette amitié royale n'était-elle donc qu'une hypocrisie perfide? ou George savait-il que Louis était d'intelligence avec les ennemis de la nation française ?
Cependant l'indignation du peuple renverse ce trône.
Ses représentants suspendent les fonctions royales; une Convention est appelée, et la royauté est abolie. !Nos ennemis pénètrent dans le sein de la France,
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el semblent la menacer d'une conquête; mais bientôt leurs succès ont un terme, et les Français victorieux occupent les Pays-Bas, Liège, la Savoie et Mayence.
Quelle a été, pendant ces événements, la conduite du gouvernement anglais? Pour la bien juger, il faut se rappeler qu'il existe en Angleterre une antique opinion , qui suppose à la couronne des droits séparés de ceux de la nation. Les lois constitutionnelles ne sont qu'une transaction passée entre le peuple et la famille des rois , et ce contrat est à jamais obligatoire pour les descendants de ceux qui l'ont formé. Le consentement du roi est aussi nécessaire que celui du peuple, pour changer les conditions de ce pacte réciproque.
Cette opinion, qui a conduit Strafford et Laud à l'échafaud, qui a coûté la vie à Charles 1", et le trône à Jacques II ; cette opinion , qui a longtemps armé un parti de Jacobites contre la maison de Hanovre, n'a jamais cessé d'être celle de la cour d'Angleterre, Et c'est d'après ce principe que, ne regardant comme légitime ni la suspension du pouvoir royal prononcée par l'Assemblée législative, ni même l'abolition de la royauté décrétée par la Convention nationale, elle a refusé de reconnaître comme ministre de la République française celui qu'elle avait reconnu pour ambassadeur du roi. Ainsi , cette première insulte à la liberté française était encore plus un outrage aux droits du peuple anglais.
Nos succès forcèrent le ministère britannique à quitter le masque de sa politique incertaine et li-
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iiiide : ils ne lui permellaient plus d'espérer qu'il lui suffirait d'aider de ses vœux et de ses intrigues la ligue formée contre la France. 11 fallait y prendre une part active, ou s'exposer au malheur de voir les droits des peuples l'emporter sur les rois et leurs projets usurpateurs. Dès lois les préparatifs de la guerre, le soin d'en ménager les prétextes, les moyens de la faiie désirer, ou du moins souffrir avec patience par la nation anglaise, devinrent l'objet unique des combinaisons ministérielles.
On supposa des troubles causés par la contagion des principes français, et l'on fît croire à leur réalité par les précautions extraordinaires employées pour les prévenir. Les Français ennemis de leur patrie sont accueillis avec transport. Un bill autorise le roi à choisir ceux des étrangers à qui le libre séjour du territoire britannique serait encore permis; et l'Angleterre, qui se vantait autrefois d'être l'asile de la liberté persécutée, ne reçoit plus dans son sein que les hommes sur le front desquels ses ministres ont reconnu le sceau de la servitude.
Tandis qu'on encourage la fabrication des faux assignats , la circulation des viais est défendue par une loi contraire à tous les principes du commerce et violatrice de la libeité. Cependant on était parvenu à rendre odieuse la nation française, à force de répandre et de multiplier les calomnies. Si quelques citoyens anglais osaient montrer le désir de voir les abus se corriger, la liberté s'appuyer sur une base plus solide, et l'égalité cesser d'être outragée, ils étaient désignés comme des ennemis du
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repos de leur patrie. On excitait contre eux des tumultes populaires. Celte doctrine si consolante et si vraie, que les hommes tiennent leurs droits de la nature, était poursuivie comme un crime. Ainsi , en inspirant à la partie de la nation la moins éclairée, sa haine contre la France, le ministère britannique avait encore le triple avantage et de détruire dans l'opinion les principes de liberté qu'il redoutait, et d'arrêter le progrès des lumières dont il était effrayé, et d'accoutumer le peuple à souffrir avec patience, à voir presque avec joie les usurpations de son gouvernement, les atteintes portées à ses franchises, et les lois contraires à sa liberté.
La loi sur les étrangers, la défense de laisser sortir des bâtiments chargés de grains pour la Fiance, étaient des violations directes du traité de commerce dont, surtout depuis notre révolution, l'Angleterre retirait presque seule tous les avantages. A ces outrages, à ces infractions des traités, la France n'opposait que la raison et la patience. On arrêtait au milieu de la paix, par un acte arbitraire, les subsistances destinées pour elle, et son ministre proposait en son nom une convention qui abolît pour jamais l'usage de la course en temps de guerre. Mais le cabinet de Saint-James ne traite qu'avec des rois; il ne reconnaît pas les peuples libres, et c'est pour obéir à ce noble principe qu'il a froidement sacrifié les intérêts du commerce, et volontairement aggravé, pour la nation anglaise, les maux de la guerre qu'il préparait.
Fnfin, la nation française a cru devoir juger et
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punir un de ses fonctionnaires publics, qui l'avait trahie ; et parce que cet homme avait porté le nom de roi, le ministre anglais a signifié l'ordre de sortir du territoire à l'ambassadeur de France, régulièrement accrédité au nom de la République. Ainsi , les rois ont un caractère sacré, supérieur à la volonté des peuples. Ainsi, dès qu'il s'agit d'un roi, ceux qui portent le même titre sont dispensés de reconnaître la souveraineté des nations voisines. Ainsi , tous les peuples qui ont le malheur d'accorder une fois ce titre, ne peuvent plus espérer d'exercer leur liberté qu'au gré des rois étrangers.
Chaque nation dépend à la fois de tous les rois, et une chaîne éternelle, indestructible, attache l'humanité entière au joug de quelques familles. Il n'est donc aucune démarche du gouvernement anglais qui ne soit un attentat contre les droits du genre humain ; il n'en est aucune qui ne montre tout le délire du despotisme dans celui qui l'a ordonnée, toute la bassesse de la servitude dans ceux qui l'ont souscrite.
La France ne pouvait souffrir ce dernier outrage. Différer de déclarer la guerre n'était pas prolonger la paix, mais donner seulement à l'Angleterre l'avantage de fixer le moment des hostilités.
Le stalhouder des Provinces-Unies, esclave à la fois de la Prusse et de l'Angleterre , n'a plus de volonté quand les leurs se sont réunies. Sa feinte neutralité avait été lompue dès longtemps, et par la faveur accordée aux fabiicateurs de faux assignats, et par les obstacles mis au transport des armes destinées à notre défense.