‹ Œuvres de Condorcet (volume 5)Chapitre 11 sur 51 · LETTRKS 1) UN THÉOLOGIEN, ETC · texte numérisé non relu

LETTRKS 1) UN THÉOLOGIEN, ETC

Le plus grand honneur qu'ait pu recevoir Corneille, c'est que M. de Voltaire ait daigné le commenter. Jamais on ne pouvait élever un plus beau monument à la gloire du créateur de notre théâtre. Quel admirateur de Corneille en a senti les beautés avec un enthousiasme plus vrai ! quel homme a mieux su le faire admirer à ceux même que les défauts de son style avaient refroidis ! Qu'importe à la gloire de Corneille, cette foule de défauts, qui sont ceux de son siècle, et malgré lesquels la grandeur de son génie subsiste tout entière? Ce genre de critique peut blesser ramour-j)ropre d'un auteur vivant ; et c'est une punition qu'il ne faut lui infliger que lorsque son insolence ou ses calomnies l'ont méritée. Mais on ne doit aux morts que de la justice; et Corneille est trop grand pour avoir besoin d'indulgence.

A l'article Crébillon , vous mettez encore ce poète au-dessus de M. de Voltaire; le vieux Boileau, votre oracle, apiès avoir entendu Rhadamiste, le mettait au-dessous de Pradon. li y a de très -belles scènes dans Rhadamiste; mais le style, presque toujours barbare, de Ciébillon , l'obscurité de ses plans, l'amour froid et de remplissage cpi'il a placé au milieu des hoireurs de la famille des Atrides , les maximes ridiculement atroces qu'il fait diie à ses liéros, son ignorance des mœurs et des convenances, tout cela ne permettait pas de comparer Crébillon à l'auteur touchant de Zaïre et de Tancrèdc , à l'auteur sublime de Séminintis et de Rome samc'c.

Vous j>arlez trop vaguement des ouvrages de con-

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tmverse de ce minisire (i). Son Trailé de la confession auriculaire nous a embarrassés pendanl quelque temps. Bkmdel ,2iW\.ye ministre, que vous nommez un écrivain obscur, est liès-connu pour avoir, quoique protestant, combattu la fable de la papesse Jeanne , et respecté assez ce qu'il croyait la vérité, pour ne pas vouloir souffrir qu'on la défendît par le mensonge.

Nous autres catholiques, nous n'avons point de traits pareils à citer : il faut laisser à ces gens-là les petites vertus humaines. JNous avons la foi et les bénéfices ; cela vaut mieux pour cette vie et pour l'autre.

A l'article Dancourt, vous rapportez qu'un jour qu'il s'était trouvé mal dans la chambre de Louis XIV, le roi alla Ud-niéine ouvrir la fenêtre. Ne sentez-vous pas tout ce qu'il y a d'humiliant pour la nature humaine, et d'injurieux pour les rois , à rapporter cela comme une belle action ? Vous auriez dû avertir aussi que les pièces de Dancourt sont beaucoup trop libres; vous oubliez toujours que vous êtes le défenseur des bonnes mœurs. J. .T. Rousseau, qui n'est qu'à demi-chrétien , dit de Dancourt : Je ne ferai pas (t Dancourt l'honneur de parler de lui; laissant Regnard encourager les fdous , il se charge d'amuser des femmes perdues.

L'abbé de Voisenon est un des conservateurs du goût; et vous ajoutez qu'il est aussi le conservateur de ses sentiments et de ses pensées ; parce rpie, dites-

fi) Dah.i.k.

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