‹ Œuvres de Condorcet (volume 5)Chapitre 13 sur 51 · LETTRES DUJN THÉOLOGIEN, ETC · texte numérisé non relu

LETTRES DUJN THÉOLOGIEN, ETC

armée de mirmidons contre un redoutable géant? L'homme montagne n'a besoin que de se secouer pour renverser les lilliputiens.

a Le plus petit embryon suffit à la philosophie, pour faire éclore les monstres qu'elle va chercher dans des pays barbares et inconnus.

« M. de Gomicourt n'aurait pas dû nous présenter un esprit aussi volatil que cet extrait, l'extrait qu'il a fait des ouvrages de M. D'Alembert, le premier philosophe de l'Europe; il paraît dans un raccourci qui étonne.

«Malheur à ceux qui n'ont de Tesprit qu'autant que la bile fermente dans leur estomac.

« La fermentation de sa bile était le véhicule qui enflammait son génie (i).

« Des discours ajustés au ton des fauteuils académiques, où l'on peut sentir le sommeil de celui qui parle, et prévoir le sommeil de ceux qui écoutent (2). »

Il faudrait aussi éviter d'écrire des phrases, que vous avez l'air de n'entendre qu'à demi, et d'autres que vous n'entendez pas du tout: telle est celleci (3) : {les matières de pare spéculation ne prouvent souvent que l'abus de l'esprit de ceux qui les traitent, et entraînent C abus de l'esprit de ceux cpd les lisent, "j C'est ce que Boileau appelle galimatias double.

Vous voyez, Monsieur, que je vous ai parlé avec une franchise entière. Je ne suis pas moins dévot

(i) Lagrange.

(2) Gautier.

(3) Jacquin.

LETTRES d'un TIlÉOLOGfEN, ETC. Sa f

c|iie vous; mais si je faisais un livre, je saufais mieux le paraître.

Notre cause a besoin d'être défendue vigoureusement. Les rois que nous avons détrônés, emprisonnés, assassinés, commencent à nous regarder comme des gens toujours prêts à s'armer contre eux, dès qu'ils ne leur laisseront pas piller le peuple et biùler leurs ennemis: nous tachons, il est viai, de faire passer les philosophes pour des séditieux; mais cela ne peut réussir longtemps. Nous leur reprochons leurs livres; et eux, ce sont nos actions qu'ils nous reprochent. D'ailleurs, que prétendent-ils? Que les peuples soient libres? Projet chimérique, que les rois ne peuvent craindre: au lieu qu'il n'y a rien qui les puisse défendre contre le poignard d'un furieux, à qui nous promettons le paradis pour prix de son crime. Ils savent, pour ne point parler d'attentats plus récents, que ce fut après avoir communié à Bruxelles que Baltliazar Gérard assassina le prince d'Orange, au milieu de tout ce qui peut rassurer les rois, d'un peuple qui l'adorait, et d'une armée victorieuse.

Mais nous ne sommes pas encore perdus : tant qu'on nous craindra, tant qu'on nous dira que nous sommes des monstres, tant même qu'on se moquera de nous, nous serons encore quelque chose; mais il viendra un temps (et peut-être ce temps n'est pas loin) où nous ne serons plus bons à rien, pas même à être tournés en ridicule : alors , quand nous proposerons à quel({u'un de nous croire, il nous répondra comme Boindin, qui, étant allé aux Petites-Maisons, lencontra un fou, qui lui dit d'un ton menaçant: V. 21

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« Savez-vous que je suis le Père éternel ?» — « Mon ami,» reprit le philosophe, «j'aime autant que ce soit toi qu'un autre. »

Je finis, Monsieur, par vous souhaiter un bon bénéfice; cela vaut mieux que la gloire, et s'obtient plus aisément.

A^. B. M. l'abbé Sabbatier, ayant envoyé à son ami le théologien la nouvelle édition de son Dictionnaire, celui-ci lui a communiqué ses observations avec la même franchise. On nous les a promises, et nous nous proposons de les faire imprimer, toujours dans l'intention charitable de préserver M. l'abbé Sabbatier du vice de superbe, auquel certains passages de son ouvrage nous ont fait soupçonner qu'il était enclin.

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