DU DICTIOIAIRE DES TROIS SIECLES
Je viens de recevoir, Monsieur, votre seconde édition. Cela me prouve deux choses : l'une, que nous faisons encore des dupes; l'autre, que vous n'avez pas été offensé de ma liberté. Je vais donc continuer à vous parler avec la même franchise.
Votre nouvelle Préface n'a plus ce ton humble de la première, où vous annonciez au public qu'on vous appellerait imbécile, hypocrite, fripon, et que cela ne vous ferait rien : vous dites dans celle-ci que les plus sages soui>erains ont donné des éloges à votre ouvrage, et vous ne les nommez point ! C'est apparemment pour que ceux qui ne vous ont pas encore rendu hommage s'empressent de mériter d'être placés, par un homme de votre mérite, au nombre des plus sages. Mais vous auriez dû prendre une tournure plus modeste, ne pas décider ainsi du mérite des souverains, et surtout ne pas juger de leur
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sagesse par le plus on le moins d'éloges donnés à votre Dictionnaire.
Vous assurez que votre ouvrage est estimé par les littéialeurs les plus distingués ! Vous n'avez pas ici les mêmes raisons de faire un mystère de leurs noms. Il aurait fallu les citer en toutes lettres. La liste des gens qui vous estiment serait une chose curieuse. Mais, Monsieur, j'ose vous interpeller au nom de la religion, dont vous êtes le défenseur, de publier qui sont ces impies que vous avez convertis, ces philosophes (jui ont abjuré leurs erreuis, ceux surtout qui vous ont fait de singulières confidences sur les motifs de leurs engagements dans la secte. INommez-les sans scrupule; nous avons décidé, il y a longtenq3s, qu'on ne doit point garder de foi aux hérétiques et encore moins aux philosophes. Nommezles, Monsieur, ou je vous déclare que je vous regarderai comme un imposteur.
J'ai remarqué avec plaisir plusieurs articles nouveaux. Vousavezfaitbonnejuslicedel'auteurdes Druides, et de son Seniion contre les sacrifices de sang humain. De quoi s'avise-t-il de prêcher une semblable doctrine, dans un temps où la tolérance a fait de si funestes progrès? Croiriez-vous que depuis 1745 jusquii aujourd'hui, on n'a pendu ou roué en France que huit ndnistres protestants (i)? Encore se plainton! Savez-vous, Monsieur, que les Druides avaient été approuvés par l'illustre M. Bergier? 11 en a été étonné lui-même; et pour s'en disculper, il a publié
(i) Voyez le livre intitulé : L'Homme du monde éclairé.
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et a écril à madame la duchesse de Noai]les,que cette pièce qu'il avait approuvée n'était pas la même qu'on avait jouée; que sans doute, dans l'intervalle d'une repi'ésentalion, trois Eiicjclopédistes, qail nommait, avaient inséié dans la pièce des maximes impies. Mallieuieusement le fait a été reconnu faux par la confrontation du manuscrit approuvé, et M. Bergier convaincu d'être un calomniateur. Les hommes qu'il avait accusés faussement ont dédaigné de le faire punir selon les lois. En vérité! ces philosophes ne sont pas si méchants que vous le dites.
Selon vous, Braiitànu', mort en 1714, a fait une histoire de Marie de Médicis; cela me paraît difficile à concilier avec la chronologie de notre histoire.
Vous paraissez surpris, à votre article Bude, que l'éiudition fût regardée alors comme un si grand mérite! La raison en est pourtant hien simple. Alors on cherchait dans les livres des anciens les vérités que tant de siècles de barbarie et de superstition avaient fait oublier, maintenant on n'a phis à y chercher que des opinions. Vous assurez qu'il vaut mieux, compiler des choses communes, mais vraies, que d'avancer des maximes fausses , mais nouvelles. Cette idée est sûrement tiès-commune, mais est-elle bien vraie? Ces maximes fausses peuvent avoir une utilité, celle d'exciter les hommes à considérei" les objets sous des aspects nouveaux et singuliers, et il en peut naître des vérités nouvelles.
Je ne sais s'i! y a beaucoup d'éiudition dans l'ouvrage de M. Dutciis (i) contre les Modernes;
l'i) A.rticlc DuTENs.
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mais je sais qu'on y trouve bien peu de philosophie, et surtout une grande ignorance des sciences naturelles : apparemment que l'idée de n'avoir à admirer que des gens morts, il y a longtemps, humilie moins M. Dutens, que s'il lui fallait admirer ses contemporains. Si Pythagore a deviné le véritable système du monde, Kepler et Galilée l'ont établi sur des faits qu'ils ont observés les premiers. Pythagore a dit que les astres suivaient, dans leurs mouvements, des lois mathématiques. Kepler a déterminé cette loi; INewton a trouvé en vertu de quelle force ils y étaient assujettis; les successeurs de Newton ont démontré que cette même force pouvait expliquer les inégalités des planètes, et même le mouvement que les modernes ont remarqué dans l'axe de la terre et dans celui de la lune. Est-ce là n'avoir rien ajouté à ce qu'a fait Pythagore? M. Dutens a fait un autre ouvrage moins connu; c'est une petite brochure intitulée le Tocsin , où il dénonce M. de Voltaire aux rois et aux peuples comme un ennemi de la morale, de la religion, de l'autorité : est-ce par jalousie que vous n'en avez |)oint parlé?
Gassendi, (|ue vous comparez à Descartes, je ne sais pourquoi , avait beaucoup d'érudition et de connaissances naturelles. H y joignait un esprit trèsphilosophique. Il combattit heureusement les chimères de l'école et les erreurs des érudils de son temps. H contribua à répandre le goût de la saine philosophie, de celle qui rejette les systèmes et qui ne veut que des faits, mais il n'eut dans aucun genre le génie des découvertes. Trop attaché aux anciens,