SECONDE PARTIE
Les principes que nous avons exposés suffisent pour résoudre les questions qui nous restent à examinei'.
En effet, si l'erreur ne peut jamais être utile, il faut chercher à la détruire où elle se trouve. C'est à ce but que l'on doit tendre; et la conduite la plus utile aux hommes est celle qui les délivrera de toutes leurs erreurs le plus sûrement, le plus tôt, et avec le moins de secousses.
Nous ne répéterons pas ici les déclamations des sophistes, qui ne veulent pas qu'on listpie un trouble
présent pour un avantage éloigné, qui prétendent faire servir les sottises populaires au l)ien de la société, qui veulent laisser le peuple dans l'erreur, pour son utilité, etc. iNous espérons que la prudence dont nous pailons ici aura le double avantage de ne point paraître une liypociisie dangereuse aux yeux des vrais amis de l'humanité, et de paraître à ses ennemis une audace coupable.
V. L'utilité des erreurs moins funestes, substituées à des erreurs plus dangereuses, est l'apologie des inventeurs des fausses religions. L'utililé des erreurs nécessaiies laissées aux peuples, est celle des réformateuis de ces religions.
Examinons ces deux principes,
i** Si on suit la marche des erreurs parmi les hommes, on les verra d'abord très-simples; elles se bornent aux conséquences immédiates de quelques faits imaginaires. Mais ensuite elles s'étendent, se subtilisent, forment une sorte de système , jusqu'à ce que la vérité ou de nouvelles erreurs les remplacent : il est donc impossible à celui qui a établi des eireurs qu'il croit innocentes, de prévoir quelles extravagances monstrueuses et funestes doivent sortir un jour du germe fatal qu'il a semé.
1° Les erreurs n'infectent dans leur naissance qu'un petit nombre d'hommes; celui des dupes grossit avec le temps ; mais entre le moment où ces erreurs alarment les partisans des erreurs anciennes, et celui où celles-ci s'anéantissent, il se forme dans chaque nation deux paitis ; et si ces partis ne produisent pas toujours une guerre, ils produisent cous-
s'il est utile Al X HOMMES d'ÉTHK TROMPES? ^67
lammei)t des troubles, el finissent par l'oppression triin des deux.
3^^ Il est impossilîle de donner des erreurs à des hommes peu éclairés, sans employer, pour les leur faire adopter ou conserver, un enthousiasme superstitieux, et il est impossible de prévoir jusqu'où des fourbes et des fanatiques porteront dans la suite cet enthousiasme.
4*^ Les leligions nationales rendent les hommes stupides et cruels envers les étrangers; les religions universelles amènent le prosélytisme et l'intolérance; les religions tout entières de pratiques abrutissent les hommes; les leligions remplies de dogmes les rendent insensés et cruels. Quel bien donc fera-t-on à un peuple, si on change un culte d'une espèce contre un culte d'une autre? Voilà cependant tout ce que peut faire un fondateur de religion fausse.
Tout inventeur d'une religion fausse est donc un Héau du genre humain.
On vante la morale introduite par ces imposteurs! Mais cette morale est-elle meilleure que celle de Platon , d'Epictète, de Marc-Aurèle, de Cicéron , de Sénèque? Combien , lorsqu'on lit sans prévention ces codes de morale religieuse, les trouve-t-on inférieurs aux ouvrages des philosophes? Combien même y trouve-t-on de maximes fausses, exagérées, tantôt propres à avilir les hommes, tantôt capables de faire des enthousiastes inutiles ou dangereux à la société, tantôt destinées à saper même les fondements de la société, à détruire les vertus utiles et actives?
La marche des réformateurs est différente : ce ne
sont pas des erreurs qu'ils suhslituent à d'autres erreurs; leur but paraît être d'en diminuer le nombre et l'absurdité. Jusqu'ici on ne voit rien que d'utile; mais tout réformateur d'une religion est censé l'admettre : s'il en rejette une partie, ce n'est qu'en introduisant des disputes théologiques. Les religions sont fondées sur des livres , sur d'anciens usages, sur l'autorité des prêtres. Un réformateur de religion diminuera l'autorité des prêtres, il soumettra les livres et les usages à l'autorité de la raison ; mais ce ne sera point sans restriction. Lorsque ces livres auront été regardés comme autlientiques , tout ce qu'ils contiendront deviendra sacré ; la raison se bornera à les mieux entendre. Ainsi, la réforme aura substitué le fanatisme des particuliers à l'autorité des prêtres. Ce sera un bien, ou du moins un moindre mal. La raison humaine aura brisé une partie de ses fers; mais ce qui lui en restera sera plus durable. En laissant au peuple une soite de liberté de choisir ses erieurs, pourvu qu'il les puise dans une source indiquée, il y tiendra par orgueil au lieu d'y tenir par stupidité; ses erreurs lui appartiendront davantage.
On peut comparer l'état de deiw nations, Tune abrutie sous le joug des prêtres , l'autre infatuée d'arguments, à deux hommes; l'un ignorant et ne sachant que les sottises populaires ({u'ii a entendues, l'autre plus instruit, mais ayant adopté de fausses lumières; et il est difficile déjuger au{|uel des deux il est plus aisé de faire connaître la vérité.
Observons ici qu'en parlant de rétablissement des
s'il est utile aux hommes d'être trompés? 369
fausses religions et de leur réforme, nous n'aurions pas besoin, pour montrer combien les faits sont d'accord avec nos raisonnements, d'en supposer aucune fausse en particulier, ce qui serait contraire au principe dans lequel nous avons écrit cet ouvrage. En effet, il est clair qu'il y en a au moins autant de fausses, moins une, qu'il y en a de connues. Or, quelle que soit celle qu'on regarde comme vraie, riiistoire du mal qu'ont fait les autres suffit pour prouver la vérité de notre assertion.
VI. Les erreurs dont nous avons parlé jusqu'ici sont des erreurs généiales, dont le but est, dit-on, de rendre les hommes meilleurs. Mais il est des erreurs particulières qui ont contribué à la grandeur, à la puissance de certaines nations.
La croyance d'une statue miraculeuse à laquelle est attachée la destinée de l'empire, des oracles qui annoncent la victoire, la persuasion qu'on sera éternellement heureux, si on meurt pour son pays: toutes ces croyances ont produit de grands effets, et les imaginations qui en ont été frappées ont cru qu'il était utile d'employer ces moyens. Les liqueurs fortes ont le même pouvoir: cependant, il serait plaisant d'ériger l'ivrognerie en principe de politique; ce serait pourtant un moindre mal; car l'ivrognerie est un vice moins honteux que la superstition. Des soldats ivres, un jour de bataille, peuvent être le lendemain des hommes raisonnables ; mais des soldats fanatiques ne seront jamais que des fous dangereux.
D'ailleurs, ces moyens si vantés ont l'inconvé- V. 24
370 DlSSliRTATIOW SLR CETTE QUESTION :
nient de produire les deux effets contraires. Si vous attachez le sort d'un empire à l'existence d'une statue , il en dépendra réellement : qu'un coup de tonnerre, une trahison, un accident, fassent perdre la statue, le peuple tombera dans un abattement stupide, et l'empire sera détruit. Si vous employez les oracles, vous vous mettrez dans la dépendance de ceux qui les prononcent : si vous vous servez de l'espérance du ciel, vous vous livrez à ceux qui en ont usurpé les clefs. D'ailleurs, le mépris de la mort est un sentiment moins extraordinaire qu'on ne croit. On craint la mort, parce qu'on en a caché les suites dans une obscurité effrayante.
C'est parce qu'on a rendu les hommes superstitieux, qu'ils sont devenus timides; ainsi la superstition n'est encore dans ce cas qu'un remède insuffisant des maux qu'elle a faits.
Ju vénal a dit :
Summum crede nef as animam prœferre pudori ^ Et propter vitam vivendi perdere causas.
11 eût pu substituer le mot de sottise à celui de crime ; et ce serait le sentiment de tous les hommes, si leur éducation ne tendait à leur gâter la tète , et à leur affaiblir le cœur.
Parmi ces erreurs particulières que l'on suppose être utiles dans chaque nation , quelques auteurs ont placé l'amour de la patrie; les uns , pour rendre plus favorable la cause de l'erreur en confondant avec des erreurs un sentiment naturel , nécessaire au
maintien de la société; les autres, parce qu'ils ont confondu avec le véritable amour de la patrie , l'orgueil national, ou quelques préjugés locaux. Il est impossible que l'homme existe en société, sans qu'une très-grande partie de son bonheur particulier ne dépende de la bonté des lois, de la richesse nationale, de la prospérité publique : et l'intérêt de tout particulier est lié avec l'intérêt de la société. Tout malheur public, tout revers arrivé à la nation, n'eût-il sui- un grand nombre de particuliers qu'une influence très-faible, il en aura nécessairement une très-forte sur un grand nombre d'autres; or, il est impossible que le spectacle du malheur de ceux qui nous entourent , ce malheur nous fùt-il absolument étranger, n'excite en nous des sentiments très-douloureux. L'idée qu'il existe cent mille malheureux autour de nous est une douleur aussi réelle qu'une attaque de goutte. L'amour de la patrie est donc un sentiment naturel inspiré à la fois par les deux seules causes morales qui agissent sur nous : notre intérêt et notre bienveillance pour les autres. Ce sentiment n'est pas contraire à celui de la bienveillance universelle : IMarc-A-urèle disait : « Je préfère ma famille à moi-même, ma patrie à ma famille, et l'univers à ma patrie.» Marc- Aurèle , cependant, fit la guerre pour défendre les frontières de l'empire romain ; ce n'était pas sa patrie qu'il préférait à l'univers : c'était Rome qu'il préférait à un peuple étranger.
L'amour de la patrie, inspiré par ces motifs naturels , est susceptible du même enthousiasme que nos
autres sentiments, enllioiisiasme momentané et aveugle dans la plupart des hommes, mais éclairé et durable dans les grandes âmes.
L'erreur et les préjugés ne rendraient pas ce sentiment plus fort, et pourraient le rendre inutile et dangereux. Si la haine des autres peuples s'y joint , elle muUiphe et éternise les guerres. Si l'on y mêle l'amour des usages antiques et des opinions nationales , alors l'amour de la patrie s'opposera aux changements utiles ; il ne sera plus que l'instrument des ennemis secrets de la nation.
, Nous voilà parvenus enfin aux seuls points vraiment intéressants que nous eussions à traiter.
VIL rS'y a-t-il aucun inconvénient à dire au peuple la vérité tout entière? De quels ménagements est-il utile et permis d'user en attaquant les erreurs populaires?
En jetant un coup d'œil sur ce globe; en examinant à quelles erreurs absurdes et cruelles les hommes sont livrés; en voyant qu'il existe des contrées, que dis-je? des parties entières du monde , où, sur quelque genre que ce soit , il n'y a pas une seule vérité clairement établie, où tout ce qu'on croit surtout est faux; en songeant, enfin, que dans le siècle le plus éclairé, dans les pays où les lumières ont fait le plus de progrès , les erreurs religieuses sont le partage de presque tous les hommes; que parmi ceux qui y ont échappé, les neuf dixièmes ne sont pas moins la dupe d'erreurs polili(|ues presque aussi grossières, et qu'il y a moins peut-être d'hommes absolument sans préjugés que les théologiens ne comptent de
s'il est utilk aux hommes d'^.trf trompés? 373
justes, on sera étonné, sans doute, que nous paraissions craindre tjue les hommes ne voient trop clair. Mais ce n'est pas aussi cette crainte qui nous ariéle. La vérité, une fois connue, sera utile; mais le passage de l'erreur à la vérité peut être accompagné de quelques maux. Tout grand changement en entraine nécessairement après lui ; et quoiqu'ils soient toujours bien au-dessous du mal qu'on veut détruire, on doit chercher à les diminuer. Il ne suffit pas de faire le bien, il faut le bien faire. Il faut sans doute détruire toutes les erreurs; mais comme il est impossible qu'elles le soient toutes dans un instant, on doit imiter un sage architecte qui, obligé de détruire un bâtiment, et sachant comment les parties en sont unies, le démolit de manière que sa chute ne soit point dangereuse.
Les seules erreurs qu'il faille détruire avec précaution sont celles qui peuvent influer sur la conduite privée ou publique des hommes; ainsi notre question se réduit aux deux suivantes : Un peuple appuie sa morale sur une fausse croyance religieuse; comment faut-il détruire ses préjugés, sans que le vice demeure sans frein?
Un peuple ignore ses droits politiques et le moyen de les recouvrer; comment les lui faire connaître sans s'exposer à troubler la paix?
11 n'y a que trois moyens généraux d'influer sur l'esprit des hommes : les ouvrages imprimés, la législation et l'éducation. L'un de ces moyens agira sur le peuple en éclairant ceux qui dominent sur ses opinions, en leur apprenant la manière d'attaquer
374 DISSERTATfON SUR CETTE QUESTION :
les préjugés par des lois : les autres peuvent agir immédiatement sur le peuple par le moyen des chefs qui voudraient établir la vérité. Ainsi l'impression éclairera d'abord; les lois et une éducation vraiment publique dirigée par ces lois , achèveront l'ouvrage. Examinons l'influence de ces moyens, et sur les erreurs religieuses, et sur les erreurs politiques. Le peuple lit peu, et certes, dans l'état actuel, il n'est pas à craindre que les livres l'éclairent trop. Ceux qui attaquent une fausse religion sont de deux sortes : les uns examinent les fondements de la morale et de la religion , et ceux-là ne sont pas la lecture du peuple; les autres, en attaquant une religion, en montrent les absurdités, les inconséquences; les raisonnements y sont plus simples; ils amusent, et ils peuvent devenir populaires; mais il est aisé de faire en sorte que ces livres ne soient pas nuisibles, qu'ils ne détruisent point la morale en détiuisant les fondements bizarres sur lesquels on a eu la sottise de l'appuyer. L'opinion qu'il importe ici de conserver est celle que le dieu que le peuple adore, quel que soit son nom, quelques aventures qu'on lui suppose, quelques fourberies que ses prêtres aient accréditées, défend aux hommes les actions contraires au bien de leurs semblables , punit les mauvaises actions, et récompense les bonnes. Or, le dieu Brama en est-il moins dieu; en aime-t-il moins les bonnes actions, parce qu'il n'a pas dix têtes, qu'il ne s'est point changé en poisson, qu'il n'a pas couché avec une femme, etc. ? Ne peut-on pas, sans attaquer l'existence de Brama, prouver qu'il est absurde d'inventer
s'il est utile aux hommes d'être trompés? 375
toutes ces aventures, et qu'elles rendent Brama ridicule? INe peut-on point prouver qu'un homme n'en est pas plus mal dans l'autre monde pour n'avoir pas tenu la queue d'une vache, sans risquer de lui apprendre qu'il ne sera point puni d'un parricide? Un Indien sera-t-il plus près d'être criminel parce qu'on lui aura appris que l'eau du Gange et quelques mots dits par un Brame n'effacent point tous les péchés, même lorsqu'on est un peu fâché de les avoir commis?
Dites donc toutes ces vérités; discutez toutes ces questions dans les livres philosophiques; le genre humain y gagnera. Respectez, en attaquant les préjugés par des raisonnements populaires, l'opinion que Brama existe, et qu'il punit le crime; et ne craignez pas qu'il arrive du mal aux Indiens pour croire quelques absurdités de moins.
On peut faire ici deux objections. Les fausses opinions sont propres , dit-on , à consoler le peuple et à contenir ceux qui sont au-dessus des lois. Ce qu'il y a de consolant dans ces opinions , nous le conservons pour le peuple, du moins jusqu'au moment où la terreur lui deviendra inutile pour fonder sa morale : son état deviendra meilleur par la destruction des préjugés; et il ne faut pas perdre de vue, que ces consolations trop vantées sont bien peu de chose en comparaison des maux que l'ignorance et l'erreur ont causés. 11 est singulier de reprocher d'ôter ces consolations du mal à ceux qui veulent ôter le mal même. D'ailleurs, ces consolations religieuses ne seraient utiles que contre les afflictions morales et les
maux physiques; mais valenl-elles mieux que la raison pour le courage? Elles ont peu de force, excepté sur quelques enthousiastes; et la plupart des hommes qui se disent soulagés par elles, ne font que cacher leur insensibilité.
Quant à la deuxième objection, l'épouvante que les fausses religions inspirent aux gens puissants, nous pourrions montrer, par l'histoire, combien a été faible cette ressource; nous pourrions montrer que les tyrans les plus cruels ont été les plus superstitieux.
Nous pourrions ajouter que toute religion sacerdotale est un encouragement pour le crime , parce que tous les crimes sont pardonnes aux grands qui ménagent les prêtres, quand ceux-ci ne trouvent pas plus d'avantages à persécuter les princes qu'à les flatter. Observons enfin qu'il est étrange de proposer de laisser cinq ou six millions d'hommes dans l'erreur, afin d'en tromper un seul , et de l'empêcher d'abuser d'un pouvoir qu'il ne peut lui-même devoir qu'à l'erreur.
Il nous reste à parler des vérités qui , en éclairant les hommes sur leurs droits, pourraient, dans des pays où ils sont opprimés, causer des troubles, déranger l'ordre public et bouleverser un État, sans faire aucun bien durable ou réel.
Nous observerons d'abord <|u'il y a nécessairement un grand nombie de véiités politiques, utiles aux hommes, (pii le sont égaleujent aux chefs des nations. Supposons, en elTet, les deux exlïèmes, un seul homme maître absolu d'un peuple, ou un peuple
aussi libre qu'il peut l'élie, et où, par conséquent , le peuple entier aurait seul l'autorité absolue. Il est clair que tout ce qui est vrai pour la législation civile et criminelle, pour l'administration des impôts, les lois du commerce, la manière de former les armées, le sera également dans les deux cas. Par exemple , supposons que l'assemblée du peuple veuille mettre un impôt d'un million ; elle cherchera, de même que le despote, la manière la moins onéreuse. Supposons qu'il soit question de proscrire ou d'autoriser l'usage de la torture; si l'on prouve que le despote doit le conserver dans le cas où l'on aura attenté à sa vie, on prouvera que le peuple doit le conserver pour le crime d'avoir affecté la tyrannie, et réciproquement, si l'on prouve le contraire. Il y a donc un ordre de vérités également vraies dans toutes les constitutions, ou, pour parler plus correctement , dont la vérité est indépendante de la forme de la constitution. Il ne peut donc y avoir jamais d'inconvénient à attaquer les erreurs contraires à ces vérités. Ainsi, on pourra réduire aux quatre questions suivantes toutes celles sur lesquelles il peut y avoir quelques difficultés.
1" La question des limites que doit avoir le pouvoir législatif, quel que puisse être le corps qui l'exerce, fût-ce même la nation assemblée. On peut, en effet, examiner si le pouvoir législatif a le droit d'établir des peines pour des opinions; d'exclure de l'État ceux qui n'adoptent pas une telle croyance; de punir comme des crimes ce qui est indifférent dans le droit naturel.
2"* Jusqu'à quel point le peuple peut aliéner la souveraineté, et la confier, soit à un homme, soit à un corps, de manière que cet homme ou ce corps aient un véritable droit?
3° Quelles sont, dans un tel État en particulier, les bornes du pouvoir suprême ?
4° Dans quel cas, lorsque le souverain ou le gouvernement passe ses droits ou viole ceux des citoyens, les citoyens ont-ils le droit de résister ou d'opposer la force à un droit qui cesse d'en être un ? L'examen de la troisième question est, dans chaque État, un droit et un devoir des citoyens. La discussion des deux premières est sans inconvénient, tant qu'on ne touche pas à la quatrième. Il est toujours utile de connaître ses droits, mais il n'est pas toujours sage de les faire valoir, et toute manière de les faire valoir n'est pas légitime.
C'est ici la limite qui sépare la raison de l'esprit de faction, mais qui sépare aussi la vérité des conséquences fausses qu'on en peut tirer en raisonnant mal. En effet, s'il arrivait que des hommes instruits de leurs droits les fissent valoir d'une manière funeste à leurs concitoyens en troublant la paix de l'État sans rétablir dans leurs droits ceux qui en ont été privés, ce ne serait pas la vérité, c'est-à-dire la connaissance de ces droits et de leur violation, qu'il en faudrait accuser, mais l'erreur que les honmies auraient commise, en concluant faussement qu'il leur est permis de faire valoir leurs droits dans tous les temps et par tous les moyens. Ce ne serait pas pour avoir su trop de vérités qu'ils feraient du mal , mais
s'il est utile aux hommes d'être trompjés? 379
pour n'en avoir pas assez connu. Ce ne serait pas pour avoir adopté une maxime vraie , mais pour s'être trompés dans son application à un fait particulier.
VIII. Venons à la dernière question. Les hommes qui ont fondé sur l'opinion un pouvoir funeste au peuple, ont ordinairement des forces qu'ils peuvent diriger et emplover. En les avertissant donc des moyens qu'on pourrait prendre pour leur ôter ce pouvoir, pour préparer peu à peu la destruction de leur puissance par celle des opinions sur lesquelles elle est fondée; enfin, en publiant la méthode qu'on doit suivre pour influer sur l'esprit des hommes , de manière à leur faire sentir où est leur bonheur, et comment ils peuvent l'assurer, on peut nuire beaucoup à ceux qu'on veut servir. Le grand nombre ne sera pas en état d'user de ces lumières, et le petit nombre sera éclairé sur les moyens de les rendre inutiles. 11 serait également dangereux de dire des vérités, lorsque, en les disant, on ne peut espérer d'être utile avant le moment où ces vérités seront adoptées par un grand nombre d'hommes, et qu'en effrayant ceux à qui elles nuisent, au lieu de les rendre plus communes, on met de nouveaux obstacles à leurs progrès. C'est donc ici le cas de laisser la vérité captive, sans jamais y substituer l'erreur; et le défenseur de l'humanité doit se considérer alors, vis-à-vis de ses oppresseurs, comme un général qui ne doit point publier ses plans de campagne.
Après avoir parlé des moyens que chaque particulier peut employer pour instruire les hommes sans
38o DISSERTATION SUR CETTE QUESTION !
danger pour leur bonheur, passons à ceux qui ne peuvent être employés que par l'autorité publique- Les gouvernements peuvent, par une bonne législation , avancer également, sans risque, le rétablissement de la vérité : elle fait des progrès rapides dans les pays où on laisse la liberté des opinions , parce que du moment où les opinions sont librement discutées, la vérité finit par s'établir. Or, il est, dans tous les cas, de l'intérêt du législateur d'établir cette liberté, qui, ne s'étendant qu'aux opinions, soumet les injures aux lois contre les libelles. En effet, autant il est difficile qu'une vérité contraire à l'ambition d'un souverain , à ses idées de pouvoir arbitraire , puisse nuire à celui qui réunit la force publique , autant il est aisé de voir que cet établissement de la libeité des opinions est le seul moyen qu'il ait de s'instruire, et d'être servi par des hommes éclairés. Autrement les erreurs et les faux systèmes se perpétueront dans ses conseils. Celui qui est obligé d'agir peut s'instruire ; mais il ne peut avoir ce loisir d'une méditation tranquille, qui seule révèle la vérité. Il doit donc permettre que les opinions se discutent publiquement ; sans quoi , il lui sera impossible de savoir de quel côté peut être la vérité. Ou pourra-t-il espérer de la trouver ailleurs que dans les livres, que par le jugement libre des hommes éclairés ? Apprendra-t-il la vérité par la voix de ses courtisans ou de ses ministres, par les rapports des espions, par les écrits des panégyristes ou des gazetiers que l'on soudoie pour le tromper, par les lettres que l'homme qui s'est dévoué à celle infâme
s'iL^EST UTILE AUX HOMMES d'ÊTRF TROMPÉS? 38 I
violation de la sûreté publique, aura intérêt de lui montrer ? Sans la liberté dans les opinions, un souverain ne saura jamais s'il fait le bien ou le mal, si les terres de ses États sont cultivées ou si elles demeurent en friche ; s'il entre dans ses coffres plus de la moitié de ce qu'il lève sur ses peuples ; si les lois qu'il fait pour encourager le commerce ne le détruisent point ; si son administration ouvre ou tarit les sources de la prospérité publique; s'il est un tyran ou un bon roi.
L'éducation serait un moyen meilleur encore d'accélérer les progrès de la vérité, si un législateur voulait l'employer. Qu'on forme l'esprit des jeunes gens à la justesse par l'étude des sciences exactes et de la physique ; qu'on ne leur donne sur la morale que les idées qu'aucun homme de bon sens n'a jamais niées , et il y en a assez pour la conduite commune ; qu'on leur inspire le mépris de la mort ; alors on aura fermé toutes les portes à l'erreur, et la vérité s'établira sans peine dans leur esprit, lorsqu'ils la chercheront. Il n'y a pas de sottises accréditées dans quelques pays que ce soit, et crues par les hommes les plus raisonnables de ces pays, qu'ils ne trouvassent ridicules, s'ils n'en avaient entendu parler pour la première fois qu'à l'âge de dix-huit ans. Une éducation, ainsi dirigée vers la vérité, est encore utile au souverain comme aux peuples ; et c'est un de ces intérêts communs entre le citoyen et le chef de l'État, que les hommes qui les servent aient un esprit juste, des lumières et du courage.
Nous conclurons donc ici , en général , que la vé-
rite est toujours utile au peuple, et que, si le peuple a des erreurs, il est utile de les lui ôter.
INous n'y mettrons que quatre exceptions : i" la croyance d'un Dieu rémunérateur et vengeur, qu'il ne faudrait pas attaquer chez un peuple dont la morale serait fondée sur une religion fausse, à moins que cette religion ne fût détruite, et qu'une morale fondée sur la raison seule ne fût bien établie.
2° Le droit de résistance du citoyen à la force publique, soit lorsqu'elle attaque le droit de l'homme, soit lorsqu'elle attaque le droit particulier du pays. On ne doit discuter cette question que chez les nations où la force publique appartient au peuple.
On ne prononce pas que les deux opinions sur lesquelles nous prescrivons le silence soient vraies ; mais, quand elles le seraient, il y a des cas où il serait nuisible de les défendre trop ouvertement.
3° Les vérités qui, en éclairant les ennemis de l'humanité sur l'emploi qu'ils doivent faire de leur force pour assurer leur puissance, empêcheraient la vérité de s'établir, ou du moins en retarderaient les progrès et les avantages.
4° Les vérités utiles et aux peuples et à ceux qui les oppriment, lorsque ceux-ci ne sont pas en état d'en sentir l'utilité, et que, blessés de ces vérités, ils pourraient en arrêter le progrès. C'est du moins alors le cas de dire ces vérités, de manière à ne les laisser voir qu'assez pour qu'on puisse les deviner, les entendre lorsqu'on pourra en profiter, mais point assez pour qu'on puisse les craindre, quelque ridicule que soit cette crainte aux yeux de la raison.
Surtout il faut alors s'attacher moins à prouver ces vérités qu'à en faire sentir l'utilité universelle. Concluons donc, enfin, qu'il y a très-peu de cas oii il soit utile de taire la vérité, et aucun où il le soit de la déguiser.
Après avoir montré que c'est trahir la cause des hommes, que de soutenir des erreurs, puisque l'erreur ne peut être utile ; qu'il n'est même permis de dissimuler la vérité que lorsqu'on croit le silence sur des erreurs particulières plus propre à faciliter la destruction d'autres erreurs, ou à éviter des maux que la vérité, trop hautement annoncée, et reconnue par un trop petit nombre pour avoir la force en sa faveur, pourrait entraîner en soulevant contre elle la multitude , nous devons examiner jusqu'à quel point il peut être permis, c'est-à-dire utile aux hommes de paraître respecter, dans la conduite extérieure, des erreurs nuisibles. Nous avons déjà montré qu'il ne fallait ni dire qu'on les admet, ni surtout les défendre ou vouloir les propager. Cette règle suffit pour proscrire tout acte extérieur qui , aux yeux des hommes qui réfléchissent, serait l'équivalent d'une admission réelle de ces erreurs. Ainsi, toute action purement corporelle , dont le refus serait une manière imprudente et dangereuse d'annoncer une vérité, peut alors être permise. Par exemple , un musulman qui ne croit pas à Mahomet ne doit pas dire qu'il y croit , mais il fera bien d'entrer avec respect dans la mosquée, de s'y laver le coude, etc., parce que le refus de ces simagrées, en avertissant les imans de ses opinions, pourrait.
non pas exciter une persécution conlie lui (car nous n'examinons pas ici s'il y a des cas où ce qui est mal en soi peut devenir légitime pour sauver sa vie;, mais rendre les imans plus attentifs à s'opposer aux progrès des lumières. Nous croyons également (ju'on peut , par une condescendance particulière, pour ne pas choquer ses amis , mais sans motif bas d'intérêt personnel , se permettre les mêmes actes. Qu'enfin , s'ils sont nécessaires pour jouir des droits du citoyen, ou en assurer la jouissance à ses enfants, on peut encore se permettre ces actes, à la condition néanmoins qu'ils ne puissent être regardés comme une admission expresse de l'erreur, mais seulement comme un cérémonial, une étiquette; et c'est alors, non à sa conscience particulière, mais à l'opinion des hommes éclairés et vertueux , qu'on doit soumettre sa conduite.
En effet , lorsque des hommes éclairés qui ignorent si vous rejetez ou non des erreurs accréditées, ne voient dans votre conduite qu'une précaution prudente, vous n'avez point fait une mauvaise action, vous n'avez point trompé. Mais, s'ils regardent votre conduite comme une preuve que vous adoptez ces erreurs, ou que vous êtes un hypocrite, votre condescendance devient coupable; vous avez trompé. En un mot, ne faites rien qu'un homme sensé puisse apporter pour preuve que vous croyez ce que vous ne croyez pas. La ligne qui sépare ici la prudence de l'hypocrisie est très-facile à passer; mais il faut mieux rester en deçà et être imprudent qu'hypocrite.
Nous examinerons encore ici deux questions par-
s'il est utile aux hommes d'être trompés? 385
culières : Est-il permis d'elle ou de rester prêtre d'une religion que l'on croit fausse? Est-il permis d'élever des enfants dans une religion qu'on ne croit pas? La réponse à ces questions n'est pas difficile; puisque l'erreur est un mal public, c'est un crime de la lépandre. Ainsi, tout homme qui enseigne ce qu'il ne croit pas est un fourbe méprisable s'il croit l'erreur nuisible aux hommes. Mais, s'il la croit utile
alors il est innocent, autant qu'on peut l'être en suivant, d'après une conscience trompée, le parti le plus favorable à ses propres intérêts. Mais un prêtre qui découvre la fausseté de la religion qu'il prêche est-il obligé de renoncer à son état au péril même de sa vie, surtout lorsqu'il sait que l'éclat de son apostasie ne sera point utile aux autres hommes? Non sans doute ; mais il y a un milieu entre ces deux extrêmes : rahstinencc absolue de toutes fonctions religieuses.
On peut demander aussi si un instituteur ne peut pas enseigner à des enfants ce qu'il regarde comme des erreuis , lorsque les parents l'exigent, puisqu'il semble n'avoir de droits ni de devoirs que les leurs? Nous ne le croyons pas : son devoii" se borne à ne pas enseigner à des enfants les opinions vraies que les parents veulent leur cacher; le devoir de dire la vérité aux hommes n'est pas une obligation stricte comme celle d'être fidèle à ses engagements; mais c'est toujours un crime que de se rendre complice du mal que les parents veulent faire à leurs enfants, d'abuser de son autorité sur des esprits faibles pour les livrer à l'erreur, pour corrompre leur raison na-
tuielle. Uu insliluleur ue doit . dans ce cas, ni tromper ses élèves ni les détromper.
On serait peut-être tenté de regarder comme inutile l'examen des questions que nous venons de discuter; et même celte opinion doit être celle des hommes les plus éclairés. Mais nous osons croire qu'il est peu de discussions plus utiles. Dans l'état actuel de i'Eulope, on ne peut nier que les lumières en tous genres ne fassent des progrès rapides. Le nombre desliommes éclairés augmente ; et si le nombre de ceux qui connaissent les vérités les plus importantes est encoie très-petit, celui des hommes qui ne peuvent plus être la dupe des erreurs absurdes de nos pères embrasse presque tout ce qui compose la première classe de la société, tous ceux dont le jugement forme l'opinion publique. Ainsi, ni les hommes destinés à remplir les places, ni ceux qui les jugent, ne sont la dupe de ces absurdités.
Pourquoi se soutiennent -elles donc? C'est sans doute parce qu'il y a des hommes puissants intéressés aies soutenir. Cependant oseraient -ils défendre des erreurs dont eux-mêmes sentent le ridicule, et qu'ils voient être le mépris de toutes les classes éclairées de la société ? Consentiraient-ils à passer dans l'opinion pour des fourbes , ou pour des imbéciles ;' Non sans doute; mais ils ont, heureusement pour leurs intérêts, trouvé moyen d'établir que les erreurs qu'ils ont intérêt de défendre sont nécessaires aux peuples, et de persuader cette opinion à un grand nombre de personnes instruites : ils ne sont plus dès lors, aux yeux de cette partie du public, des charla-
s'il i:st utile alix hommes d être TROMPÉfi? 387
lans qui montent sur des Iréleaux pour vendre leurs drogues; ce sont des médecins prudents qui trompent leurs malades pour les guérir plus sûrement. Ils concilient, par ce moyen, l'intérêt de leur vanité et celui de leur profit. Ils jouent devant le peuple un rôle qui assure leur crédit; ils en jouent devant la bonne compagnie un second qui les sauve du lidicule. Ce sont surtout les gouvernements qu'ils séduisent : d'abord parce qu'en général les membres du gouvernement ne sont pas tirés de la classe la plus éclairée de chaque pays, mais de celle qui, parmi les classes où l'on reçoit de l'éducation , approche le plus du peuple ; ensuite, parce que les gouvernements n'étant presque formés que d'hommes qui ne gouvernent pas pour eux, mais pour un monarque, ceux qui les composent préfèrent la siireté de leurs places à l'intéiét de celui qui les emploie, et cherchent, pour se procurer des appuis, pour éviter des ennemis, pour régner plus sûrement, à redoubler autour de leur maître les ténèbres de toute espèce. Mais ces mêmes hommes, sans en excepter ceux qu'on jugerait, à leur conduite, dédaigner le plus toute espèce de gloire, comptent aussi pour beaucoup l'opinion publique ; et si la protection accordée aux erreurs les rendait ridicules, ils cesseraient de les protéger- Quant au soin que les hommes intéressés à soutenir l'erreur prennent d'insinuerauxgouvernements, qu'il fautlaisseraux citoyens des erreurs utiles aux gouvernements et nuisibles aux peuples, siceshommes ont raison, il est important de détromper le peuple; s'ils ont tort , il est important de détromper les gouvernements.
Parmi les erreurs fiinesles aux hommes, il en est très-peu qui soient utiles, nous ne disons pas à un souverain vertueux, mais à un souveiain occupé de sa gloire, de sa puissance, de ses intérêts réels. En effet, il est clair qu'en supposant que les opinions dont il a besoin pour être absolu soient des erreurs , ces erreurs sont isolées; elles ne tiennent à aucun système de religion , de morale , de législation, d'administration, puisque le pour et le contre a été soutenu sur les questionsqui intéressentl'autoritéabsoluedu piince , pardes hommes qui avaient sur tout autre point des systèmes opposés. D'ailleurs, tout se réduit, comme nous l'avons déjà dit, à la question du droit de résistance ; question unique qui n'a aucun rapport avec les erreursgénéralesqu'on veutlaisserauxhommes,etsur laquelle les défenseurs zélés des erieurs de ce genre ne peuvent prendre, sans être inconséquents, que le parti le plus dangereux pourles souverains absolus.
En effet, si un publiciste accorde au peuple le droit de résistance , lorsque les droits essentiels à l'homme sont violés , un zélé l'accordera lorsque les objets qu'il regarde comme sacrés seront outiagés. L'un armera les hommes vertueux, les bons patriotes-, l'autre mettra le fer entre les mains des fanatiques. L'un voudra que le souverain soit dans la dépendance de la nation ; l'autie le soumettra aux caprices des prêtres.
Comment donc est-il arrivé si souvent que les gouvernements aient protégé des erreurs dont la destruction leur serait même très-utile, etqu'ils se soient léunis à leuis véritables ennemis contre les hommes
ii'iL EST UTILE AUX HOMMES d'ÊTRE TROMPÉS? '5Sg
veitueux qui allaquaient ces erreurs! C'était se conduire précisément comme un général qui ordonnerait aux goujats de l'armée de ftiire feu sur ses grenadiers. La laison en est, comme nous l'avons dit déjà, que l'intérêt des membres du gouvernement n'est pas, dans la plupart des pays, celui du gouvernement lui-même; que les hommes en place ne gouvernent pas poui- eux-mêmes, mais pour un maître. En Grèce, à Rome, ceux qui gouvernaient, gouvernaient pour eux; et c'est pourquoi, avec peu de lumières et de petits moyens, ils ont fait de grandes choses, et qu'avec des lumières et de grands moyens nous n'en faisons que de petites. Il faut, pour qu'une nation soit bien gouvernée, ou que le chef du gouvernement remplisse lui-même ses fonctions, ou qu'il confie ses intérêts à des hommes éclairés et vertueux, qui acceptent une place du ministère, non pour devenir riches ou avoir du crédit ou des complaisants, mais pour faire le bien de leur pays et acquérir de la gloire ; autrement le prince et la nation resteront également la dupe de gens intéressés à les rendre aveugles pour les mener plus aisément. Mais quel moyen aura un prince de distinguer les uns des autres? Ne choisir que ceux qui penseront que la vérité ne peut être nuisible, et qu'ainsi il doit être permis de discuter toutes les opinions; le ministre qui tiendrait ce langage par hypocrisie, en serait sûrement bientôt la dupe. Concluons, enfin , que de toiilcs les erreurs nuisibles , l'opinion qu'il y a des erreurs utiles aux homnies est lu plus dunij;ereuse et renferme toutes les autres.
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