‹ Œuvres de Condorcet (volume 5)Chapitre 50 sur 51 · ARTICLE XLI · texte numérisé non relu

ARTICLE XLI

Ceux qui ont été condamnés par contumace, en vertu des lois contre les protestants, soit à la mort, soit aux galères, soit à d'autres peines, seront relevés de ces peines et de l'infamie qui y est attachée, et la mémoire de ceux qui ont été exécutés à mort sera réhabilitée : ceux qui sont attachés aux galères seront relâchés; ceux qui ont été bannis seront relevés de leur ban, et tous rentreront dans leurs droits, sans V. 33

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qu'il soit besoin d'un autre acte, cet article tenant lieu de lettres d'abolition.

commentaire.

L'objet de ces différents articles est de remédier, autant qu'il est possible, aux maux que les lois contre les protestants ont faits à la France; de rétablir dans leurs droits légitimes les victimes de ces lois, ou leurs descendants; d'assurer l'état des familles protestantes actuellement existantes, et d'éviter les troubles que ce changement de lois pourrait apporter dans quelques-unes de ces familles, ou dans la fortune des particuliers qui possèdent , par des acquisitions faites sous l'autorité de la loi, des biens sur lesquels les protestants, ou réfugiés, ou habitant en France, avaient des droits légitimes. Nous avons borné à trente ans le droit de réclamer les biens, et même à dix ans, s'ils ont été adjugés par des arrêts; et en cela nous nous sommes conformés au droit commun sur les prescriptions.

Peut-être les mal heurs des protestants mériteraientils d'obtenir plus de faveur; peut-être l'avidité de ceux qui ont profité de ce malheur mériterait-elle plus de sévérité , et c'est avec douleur que l'amour de la paix nous a fait proposer une disposition que la justice peut condamner. Ce n'est pas peut-être le seul sacrifice que nous ayons cru devoir aux circonstances, et tous nous ont coûté. Heureux le citoyen qui , en désirant le bien, en s'occupant des moyens possibles de le procurer, n'est pas forcé de sentir la

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nécessité de pareils sacrifices , et peut goûter un plaisir pur!

article xlii.

Ceux de nos sujets qui ne professent point la religion catholique pourront exercer toute espèce de commerce, les professions mécaniques, et de plus les professions d'accoucheur, d'apothicaire, de chirurgien, même de médecin et d'avocat, et prendre les grades nécessaires pour les occuper (i) : ils pourront être admis dans nos académies , posséder des chaires de médecine, de physique, de mathématiques, de langues, de littérature, etc., dans tous les étahiissements publics de notre royaume, même les chaires particulières, fondées dans les universités et collèges, autres que celles qui forment le cours d'étude ordinaire; les chaires de droit canon et de théologie étant les seules dont ils resteront exclus.

Ils pourront faire des cours publics de toutes ces sciences, en se conformant dans chaque lieu aux mêmes règlements que nos sujets catholiques, et même ouvrir des écoles publiques pour l'enseignement de la jeunesse, et tenir des pensions. Ils pourront entrer dans les corps municipaux des villes ou villages , avoir séance aux états des provinces et assemblées. Ceux qui sont au service pourront recevoir

(i) L'impératrice-reine vient de permettre à ses sujets protestants de prendre le grade de docteur dans ses universités catholiques. C'est la souvei-aine la plus pieuse de l'Europe qui donne les plus grands exemples de tolérance.

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la croix de l'ordre du Mérite, de même que les protestants étrangers au service de France.

COMMENTAIRE

Il faut distinguer dans les différentes professions, i*' celles que tout homme a droit d'exercer, nonseulement pour se procurer la subsistance, mais en vertu du droit qu'il a de disposer librement de l'emploi de ses forces et de ses talents; 2° celles dans lesquelles un homme est choisi par d'autres hommes pour veiller sur leur santé, leur fortune, leur instruction, ou celle de leurs enfants. On ne peut exclure aucun homme des premières sans violer ses droits; on ne peut exclure personne des secondes sans blesser, non-seulement le droit de celui qu'on exclut, mais encore les droits des autres citoyens qui doivent conserver la liberté d'accorder leur confiance à qui ils veulent, pour des objets sur lesquels la nature leur a donné un droit exclusif.

Si une loi positive peut jamais, sans injustice, assujettir à des règlements l'exercice de quelques-unes de ces professions (question sur laquelle nous nous gardons bien de prononcer), ce ne peut être que parce que ces règlements ont paru nécessaires, pour que ces mêmes professions fussent exercées d'une manière plus utile pour la nation. Or, la croyance religieuse d'un ouvrier, d'un artiste, d'un commerçant, d'un médecin, d'un maître de physique ou de langue, ne peut influer ni sur leur habileté, ni sur leur probité. Cette croyance religieuse ne peut donc

SLR l'ÉTaT des PROTESïAJ\TS. 5 i ']

influer sur les lois qui règlent ces différentes professions; et toute loi où l'on ferait dépendre l'exercice d'une profession delà croyance d'un dogme religieux, serait contraire à la justice.

Parmi les fonctions publiques, il y en a qui émanent du gouvernement, de manière que ceux qui les remplissent sont en quelque sorte ses représentants ; et le gouvernement peut, sans injuslice, exiger d'eux les qualités qu'il croit les plus utiles au bonheur public. Tel gouvernement exigera que ceux qu'il emploie fassent preuve de lumières ou de services; tel autre, qu'ils fassent preuve de piété. L'un de ces gouvernements pourra être meilleur politique que l'autre; mais ni l'un ni l'autre ne seront injustes.

Il y a d'autres fonctions publiques où celui qui les exerce représente une ville, une province, et est choisi par les habitants de celte province ; alors il y aurait la même injustice à les priver de la liberté de choisir pour exercer des droits purement temporels, celui qu'ils jugent le plus digne de leur confiance , qu'à priver les particulieis de la liberté de choisir leur médecin ou leur avocat, sous prétexte que ceux à qui ils voudraient confier l'exercice de leurs droits, ou le soin de leuis affaires et de leur santé, ont des opinions religieuses contraires aux opinions les plus généralement adoptées dans l'État.

Tels sont les principes qui nous ont fait proposer d'admettre les prolestants dans les fonctions municipales, en même temps que nous les excluons des fondions de la magistrature.

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Quant à l'exercice des chaires d'instruction , à l'entrée dans les académies, l'utilité publique semble exiger que ces places soient accordées à ceux qui ont le plus de lumières et de talents. Autant il est respectable de chercher à ne confier qu'à des hommes d'une orthodoxie irréprochable une dignité ecclésiastique, autant il serait ridicule de s'occuper de l'orthodoxie d'un professeur de physique ou d'anatomie. Des philosophes païens continuèrent à enseigner les sciences dans l'école d'Alexandrie, sous le règne des empereurs chrétiens. On n'imaginait point qu'il fallût être chrétien pour exposer les découvertes d'Archmiède ou d'Hipparque; pourquoi ne pourrait-on , sans être cathohque, exposer celles de Newton et deHaller? Le zèle le plus louable devient également nuisible à sa cause, lorsqu'il l'expose au ridicule, par des lois dictées par une superstition ignorante, et lorsqu'il la rend odieuse par des lois de sang inspirées par le fanatisme, ou plutôt par l'hypocrisie.

Nous avons cru que les citoyens qui ont versé leur sang pour la patrie ne devaient pas être privés d'un honneur accordé aux étrangers qui ne combattent que pour la fortune ou pour la gloire. Nous avons voulu éviter les parjures que se sont permis si souvent de braves militaires. Nous avons senti combien les anciens chevaliers français auraient été humiliés de porter cette décoration, s'ils avaient vu les Condé, les La Noue, les Coligni, les Sully, les Rohan, les Turenne, ne point la partager avec eux ; combien il eût été ridicule que le pri.i de la valeur

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militaire eût décoré les officiers catholiques de l'armée de la Ligue, tandis que les protestants, défenseurs du trône de Henri IV, n'auraient pu aspirer à aucune marque d'honneur.

On nous reprochera sans doute d'avoir cru qu'il serait utile d'accorder aux protestants la liberté d'ouvrir des écoles publiques. Cet article mérite une discussion particulière.

Le droit qu'ont les pères de veiller sur l'éducation de leurs enfants est un droit naturel, antérieur à la société; ainsi la loi ne peut les en priver. Si un père convaincu d'un crime, ou attaqué de démence, perd ce droit, c'est, dans le premier cas, une suite du droit que peut avoir alors la société de lui ôler la liberté, ou même la vie; dans le second, c'est une suite même du droit naturel. Mais, si c'est un devoir de justice de laisser au père le soin de l'éducation de ses enfants, c'en est yn de politique de faciliter aux pères, livrés à des fonctions publiques, ou au soin de leur fortune, les moyens de procurer à leurs enfants une éducation propre à former des citoyens honnêtes, éclairés, courageux. Or, les pères protestants ne peuvent profiter des établissements formés par le gouvernement, s'ils sont obligés de confier leurs enfants à des maîtres catholiques, moins occupés alors de les instruire que de les convertir. Un père zélé pour sa religion craindra, comme le plus grand des malheurs, que ses enfants ne l'abandonnent ; un père moins zélé craindra que le reste de l'éducation ne soit sacrifié au désir de former des prosélytes; il verrait sans peine son fils exposé au

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danger de devenir catholique, mais il ne le verra point du même œil, exposé au danger de deveniisuperstitieux ou fanatique. L'impératrice-reine a ordonné dans ses États que les enfants des protestants seraient élevés dans les collèges catholiques, et qu'il serait défendu aux maîtres de mettre en leurs mains, sans le consentement des parents , des livres contraires à leur croyance.

Cette loi est dictée par la sagesse, le respect pour les droits des hommes, et la véritahle piété; mais peut-être n'est-elle pas sans inconvénients.

D'abord il est très-aisé de l'éluder ; ensuite elle ne suffit point pour rassurer les pères contre la crainte des suggestions secrètes; troisièmement, ces enfants n'assistant point aux mêmes exercices que les enfants des catholiques, il arrivera nécessairement, ou que les enfants catholiques envieront leur sort, ou qu'ils les détesteront, comme hérétiques. S'il est si difficile à un homme éclairé de séparer la haine qu'il doit à l'hérésie, de la chaiité qu'il doit à l'hérétique, combien cette distinction ne sera-t-elle pas difficile pour des enfants? Il sera donc impossible qu'il ne s'élève pas entre ces enfants une espèce d'aversion machinale, qu'ils rapporteront ensuite dans la société.

Le moyen que nous proposons n'a point ces inconvénients, et il n'y a point de milieu entre ces deux partis.

Fin du professeur en droit.

Tels sont les moyens que j'ai crus piopres à sou-

SUR l'état des protestants. OàI

lager des maux funestes dont on a cherché trop souvent à cacher l'étendue, tantôt en diminuant le nombre des protestants, tantôt en supposant que peu à peu ils s'anéantiront en France : opinions fausses que je ne m'arrête pas à réfuter, parce que , n'y eût-il qu'un seul citoyen qui souffrît d'une loi injuste, ce serait une raison suffisante pour l'abroger, et un crime de la laisser subsister.

Je dois répéter ici que je n'ai ni la vanité de croire que j'ai trouvé les meilleurs moyens, ni la présomption de prétendre instruire ceux qui , pour remplir dignement leurs places, ont été obligés d'acquérir des lumières fort supérieures aux miennes. Mon but a été uniquement de soumettre mes vues à l'opinion publique, seul interprète du vœu des nations, lorsque la constitution n'a établi ni convocation générale du peuple, ni assemblée générale de ses représentants. L'opinion publique est peut-être même un interprète plus sûr de la volonté générale des citoyens, que le vœu de toute assemblée représentative; cette opinion ne peut être, en effet, ni corrompue, ni séduite; les décisions d'un corps représentant, au contraire, peuvent être dictées, soit par les intérêts personnels de ses chefs, soit même par des vues d'ambition particulières à ce corps. Enfin, l'opinion publique se forme nécessairement d'après des livres, depuis l'invention de l'imprimerie, et par conséquent elle ne peut être inspirée par l'éloquence tumultueuse des sophistes. Il faut avouer cependant que l'opinion publique n'est respectable qu'autant que ceux qui la forment sont instruits, et qu'on no

les a point empêchés d'entendre les deux partis. Ce n'est donc qu'après avoir joui pendant longtemps de la liberté de la presse , que l'opinion publique d'une nation a de l'autorité ; dans tout autre cas , elle ne peut en avoir que lorsqu'elle penche pour le parti réduit au silence, ou à des écrits clandestins. Il est trop facile à celui qui parle seul de cacher ou de déguiser les faits , d'obscurcir par des sophismes les principes les plus clairs, et d'entraîner l'opinion en remplissant les papiers publics , en infectant les collèges d'ouvrages écrits par des hypocrites vendus au pouvoir.

Je ne crains qu'un reproche , celui d'avoir plus songé aux intérêts de l'État qu'à ceux de la religion : j'ai montré combien, si des établissements humains pouvaient être nécessaires pour soutenir l'ouvrage du ciel, ou pouvaient l'ébranler, l'intolérance des lois politiques était contraire à toute religion vraie, et favorable à toute religion fausse; et qu'ainsi tout homme de bonne foi, soit qu'il croie sincèrement sa religion , soit qu'il en doute , doit désirer la tolérance. Cependant , je ne me croirais pas à l'abri de l'accusation de manquer de zèle pour la religion, si, après avoir proposé des moyens d'assurer aux protestants une existence heureuse dans cette vie, je n'entrais dans quelques détails sur la manière la plus propre de hâter leur conversion.

J'espère que ceux qui ont une véritable piété, et qui regardent la religion comme une règle de conscience, et non comme un établissement politique, utile à leurs intérêts , m'approuveront au fond de

leur cœur ; les autres m'accuseront d'impiété ; je me consolerai alors en songeant que Pascal fut accusé d'hérésie pour s'être élevé contre les corrupteurs de la morale ; que l'archevêque de Bourges fut traité de calviniste dans cent libelles, parce qu'il avait reçu l'abjuration que Henri IV voulait faire de la doctrine de Calvin; que L'Hôpital fut accusé d'athéisme, pour avoir cru qu'il ne fallait pas brûler les hérétiques, et que les états généraux du royaume avaient le droit d'employer au service de la nation le superflu du clergé; que le célèbre Gerson fut accusé d'hérésie au concile de Constance, pour avoir combattu avec courage les apologistes de l'assassinat et du parjure; que Pierre des Vignes fut accusé de n'être pas chrétien , pour n'avoir pas cru que le pape eût le droit de disposer de la couronne impériale ; qu'enfin plusieurs moines ont vu Charles Martel au purgatoire, parce qu il avait récompensé avec les biens de l'Église les soldais qui avaient sauvé l'Europe du joug de l'Alcoran.

Lorsqu'on lit avec attention l'histoire des premiers moments de la réformation , on voit que les peuples qui l'adoptèrent ou qui la rejetèrent n'avaient aucune opinion arrêtée sur les dogmes qui séparent actuellement les communions chrétiennes ; ces dogmes n'étaient point encore exprimés par des formules consacrées, et la plupart des fidèles n'en avaient que des idées vagues. Lorsque les théologiens commencèrent à discuter ces dogmes, alors chacun des fidèles suivit, entre les opinions théologiques, celles qui " étaient le plus conformes à ses principes et à l'ancienne créance qu'il avait adoptée. Ainsi ce ne furent

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point les opinions religieuses qui produisirent dans l'Europe les grandes révolutions dont elle fut alors agitée : quelles en ont donc été les causes? Ce furent les scandales que l'ambition des papes et des prêtres avait donnés à l'Église : le vicaire d'un Dieu humilié exigeait que les rois lui parlassent à genoux; le serviteur des serviteurs de Dieu chargeait son front d'une couronne, affectait de disposer des empires, soulevait les peuples contre les rois , brisait tous les liens qui unissent les hommes, voulait enfin élever les prêtres au-dessus des lois. L'usage de ces prétentions fut encore plus odieux que les prétentions mêmes : on vit des prêtres assassins et séditieux, partout impunis, les rois détrônés par des bulles, les excommunications soutenues par les guerres civiles, par le poignard et par les poisons; l'Europe nagea dans le sang pour les querelles du sacerdoce; les peuples indignés de ces scandales osèrent de temps en temps élever la voix, et les prêtres, cessant d'armer les peuples contre les rois, armèrent alors les rois contre les peuples; on les voyait, signant d'une main l'ordre de massacrer des innocents, et vendre de l'autre aux coupables le pardon de leurs crimes. Ces scandales n'avaient excité pendant longtemps qu'une indignation passagère et circonscrite dans quelf(ues provinces : Rome avait écrasé sans peine les Albigeois et les Hussites; mais ces mêmes scandales, présentés à l'Europe par le moyen, alors nouveau, de l'impression, excitèrent une fermentation générale; les réformateurs inspirèrent à tous les peuples la haine du clergé, en peignant des cou-

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leurs les plus fortes , en dévouant à la risée publique sa puissance, ses richesses, son intolérance, son orgueil et sa corruption : de telles raisons sont propres à frapper la multitude, même lorsqu'elle est abandonnée à l'ignorance et à la superstition. Ainsi, tandis que les hommes puissants n'étaient conduits que par leur ambition , et que la populace des villes, excitée par les moines, servait leur haine et leur vengeance par des séditions et des assassinats, la noblesse des châteaux, les bourgeois des villes, le peuple même des campagnes, les gens éclairés sur d'autres objets que sur la théologie , écoutèrent avidement la voix des réformateurs. Comment peut-on espérer maintenant de convertir les protestants? C'est en employant les moyens contraires aux causes qui les ont multipliés. Attachés à leur patrie, à leurs lois, à leur prince, les protestants détestent les principes de la cour de Rome. Que le clergé de France cesse donc de favoriser ces principes; qu'uni à l'Église romaine par la foi, il ne s'unisse point par l'intrigue à la politique de la cour de Rome; qu'il supprime ces actes scandaleux, où, dans ces derniers temps, il a osé afficher et sa dépendance servile pour une puissance étrangère, et sa révolte contre les lois de la patrie (i)!

(i) Actes du clergé en 1765. Ils ont été condamnés par la plupart des parlements. Cependant plusieurs évéques poussent le zèle ultramontain jusqu'à exiger des prêtres la signature de ces actes séditieux. Ceux de 1755 l'étaient plus encore, et le clergé n'osa jias même les publier; ils contenaient une menace d'opposer l'excommunication aux arrêts du parlement et du conseil, et

Les protestants, persécutés dans toute l'Europe par les jésuites, ont haï longtemps, dans le clergé, les disciples, ou plutôt les esclaves des jésuites; qu'ils apprennent par la conduite du clergé que le fanatisme des jésuites a disparu avec eux.

Les protestants, accoutumés à la lecture de l'Évangile, ont quelque peine à reconnaître dans le clergé catholique les prêtres d'un Dieu humilié. Comment les reconnaîtraient-ils en effet dans des hommes qui, renonçant au titre de révérends pères en Dieu , titre si analogue à leurs saintes fonctions, se sont arrogé celui àe monseigneur; qui , peu contents de la dignité si respectable de pontifes de la religion de Jésus- Christ, croient se relever par le titre si peu français et si peu chrétien de princes de la cour de Rome (i);

une liste de toutes les humiliations que, depuis Constantin, le clergé avait fait essuyer aux princes.

(i) On ne s'étonne pas assez que dans une religion dont l'instituteur a dit à ses disciples : Il n'y a point parmi vous, ni pi'emier, ni dernier, il se soit établi des princes de l'Église qui , après avoir disputé le pas aux rois et aux princes du siècle, ont fini par se contenter modestement de l'égalité avec les princes. Cette dignité de cardinal , et surtout l'espérance d'y parvenir, est un des plus puissants moyens que la cour de Rome ait employés pour troubler l'Europe. On en était si convaincu en France, que, par une ancienne règle, les nouveaux cardinaux sont déchus de leurs bénéfices, jusqu'à ce qu'ils aient prêté au roi un nouveau serment de fidélité. Il y en eut treize à la fois sous le règne de Henri II : leurs intrigues préparèrent les troubles qui désolèrent la France sous le règne funeste de ses enfants. Henri II, lassé de ces intrigues, renvoya tous ces cardinaux en Italie , par un même vaisseau , sous prétexte de la vieillesse du pape, et du besoin qu'il avait d'eux à Rome.

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qui croient que le service humiliant de porter la longue queue de leur robe ne peut qu'honorer un gentilhomme décoré des marques d'honneur que le souverain lui-même ne dédaigne point de porter; dans des hommes enfin qui poussent le mépris de leur état au point de n'admettre à leur table que des curés gentilshommes, et renvoient les autres manger à l'office avec le reste de leurs valets tonsurés !

L'Évangile recommande l'amour de la pauvreté , et si l'abandon de ses biens n'est que de conseil, la pauvreté de cœur est un devoir. Qui pourrait donc reconnaître les véritables disciples du Christ dans des hommes qui, au mépris de ses préceptes , des décisions des conciles, de la discipline de l'Église, accumulent des bénéfices, dont un seul suffirait à l'entretien de trente familles?

L'Évangile fait un précepte de l'aumône : ceux qui se prétendent établis pour donner l'exemple des vertus de l'Évangile, accomplissent-ils le précepte , lorsqu'ils disent au prince que leur bien doit être exempt d'impôts, parce qu'il est le bien des pauvres, et qu'en même temps la dépense de leurs tables suffirait au soulagement de dix villages, et qu'ils nourriraient vingt familles de ce qu'ils donnent à leurs chevaux ?

Ils sont chargés de l'instruction de leurs peuples; mais est-ce dans la capitale , où leur présence seule est un scandale, qu'ils instruiront le peuple des provinces ? Us sont chargés de l'instruction du peuple , et cachés dans leur palais ; les peuples des villages

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n'ont jamais vu le visage de ce pasteur qui , depuis trente ans, a promis à son Dieu de veiller sur leur salut et sur leurs besoins : ils sont chargés de l'instruction publique, et si on en excepte un très-petit nombre, quelles chaires ont retenti de leurs voix, quels livres ont-ils opposés à la dépravation des mœurs publiques, aux scandales des cours? Cependant on ne les a point forcés de s'imposer ce fardeau terrible d'avoir à répondre devant Dieu de toutes les fautes oii l'ignorance et une conscience trompée peuvent entraîner les fidèles confiés à leurs soins; au contraire, par combien de sollicitations ouvertes ou cachées n'ont- ils pas demandé ces places dont ils ne remplissent point les devoirs?

Où les règles de l'Évangile veulent-elles que le peuple voie ses pontifes ? Dans les cabanes des malheureux pour les consoler, dans les temples pour les instruire, dans les palais des grands, pour leur dire, au nom de Dieu , des vérités uiiles aux hommes. Où ce peuple les voit-il? Dans les temples pour présider à de fastueuses cérémonies , pour y partager avec Dieu l'encens et l'adoration des fidèles ; dans les palais des grands pour y demander de nouvelles richesses, pour se mêler dans toutes les intrigues, dans toutes les cabales du ministère ou de la cour, pour solliciter de» ordres oppresseurs : demandez à cet homme expatrié, enchaîné par son évéque, qui Fa accusé auprès du gouvernement d'irréligion, de protestantisme, de jansénisme; demandez-lui si jamais son évéque a été le chercher comme le bon pasteur allait chercher la brebis égarée ? Le logement

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de cet opprimé, qu'il eût pu arracher en même temps à l'erreur et à la misère, était-il plus loin de son palais que l'antichambre d'un ministre? Un évéque y eût-il été plus déplacé? Jésus-Christ instruisit luimême les païens, les publicains, les pharisiens, les saducéens, et jamais a-t-il demandé des letties de cachet aux aflfranchis de Tibère?

Vous vous êtes vantés, pourrait leur dire un protestant, d'être les successeurs des apôtres; soyez donc les disciples de Jésus-Christ ; voilà sa loi, comparez-la avec votre conduite. Nous venons en vous des hommes honnêtes, éclairés, humains, du moins à l'égard des catholiques: mais nous n'y verrons pas des chrétiens.

Notre haut clergé ne ressemble plus sans doute au clergé du xvi^ siècle ; les lumières de ses membres méritent l'admiration des fidèles, la pureté de leurs mœurs nous édifie; plusieurs seraient des hommes bienfaisants, si leurs biens étaient leur propre patrimoine; plusieurs seraient des citoyens utiles, respectableSj s'ils étaient des particuliers, s'ils ne s'étaient pas volontairement chargés d'obligations sacrées qu'ils violent ouvertement : des incrédules peuvent applaudir à leuis vertus humaines , mais des chrétiens doivent les condamner; l'ignorance, la débauche, la soif du sang, ont disparu; on ne voit plus des prélats accumuler plusieurs évêchés, acheter du bien de l'Église les faveurs et les secrets des femmes de la cour, et passer leur vie entre des courtisanes , des prêtres , des soldats , des assassins et des bourreaux; mais l'orgueil, l'amour des richesses, le

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luxe, l'ambilion , l'oubli des devoirs de pasteurs, tous ces maux subsistent encore.

Que ce reste des siècles d'ignorance et de corruption soit détruit enfin : ayons des évéques éclairés, chastes, édifiants comme les nôtres, mais ayons aussi des évéques satisfaits d'un seul bénéfice, modestes dans leur intérieur et dans leur train , ne dépensant pour eux-mêmes que ce qui doit suffire à l'entretien du ministre d'un Dieu pauvre et humilié, distribuant le reste d'une manière utile, instruisant leur clergé et leurs peuples, ne demandant à la coui-, ni richesses, ni abus d'autorité, n'exigeant point des titres inconnus dans l'Église pendant quinze siècles (i).

(i) Si les abus du haut clergé rendent l'Eglise romaine odieuse aux protestants, ceux du clergé inférieur la rendent l'objet de leur mépris. La plupart de nos pasteurs sont élevés par ces congrégations de Lazaristes, d'Eudistes, de Sulpiciens , de Culotins, qui n'ont jamais été connus dans l'Église que par leur ignorance et leur fanatisme, et ils ne savent ni soulager le peuple dans ses maux, ni lui servir de guides et de conseils dans les affaires, ou d'appuis contre les oppresseurs. Incapables d'éclairer leurs ouailles, ils ne sont occupés que de disputer avec elles sur la dîme des pommes, des herbes, des veaux et des poulets; aucun maltôtier n'a plus embrassé d'objets dans un code de douanes, que l'Église dans le code des dîmes. Aucun publicain n'a montré plus de subtilité, aucun n'a multiplié les impôts avec autant d'impudence que dans les grandes villes les prêtres ont multiplié les droits des enterrements. La quittance des impôts sur la boisson qu'on donne aux barrières de Paris, est bien moins longue qu'une quittance de convoi : des prêtres qui doivent réprimer l'orgueil, cherchent à l'exalter; ils ont eu l'art de placer la vanité dans une foule de petites distinctions , de cloches, de cierges,

SUR l'état des protestants. 53 [

Alors les protestants n'auront plus contre l'Église les préjugés qui les en éloignent, la force de la véritéagira sans obstacle, et nous verions la France toute

d'ornements; ils vendent jusqu'au droit d'être enterré dans leurs temples , et d'infecter après sa mort ses concitoyens. Un prêtre, dans le costume de son rôle, joue pour de l'argent le personnajj;e du confesseur du mort. Si le mort n'a pas eu de confesseur, on permet quelquefois par grâce aux parents d'en payer un pour ne pas scandaliser; d'autres fois on leur refuse cette grâce pour les dénoncer au peuple comme des gens suspects de manquer de foi; cette alternative dépend du curé qui pèse (Dieu sait dans quelle balance) lequel vaut mieux pour l'Eglise, d'un écu , ou d'un scandale : un prêtre catholique ne fait rien que pour de l'argent. Son Dieu descend à sa voix sur l'autel; le sacrifice est d'un prix infini , mais le prêtre l'offre pour douze sous; ce n'est pas la messe, disent-ils, que l'on paye, c'est la peine que le prêtre est obligé de prendre; c'est ainsi que les casuistes de Pascal avaient trouvé moyen de décider que l'on peut légitimement se faire payer des choses beaucoup moins respectables , mais que, selon l'honneur humain, il n'est guère plus honnête de vendre que des messes. Plusieurs sacristies font sur cet objet des spéculations de commerce , elles reçoivent une grande quantité de messes qu'elles font acquitter à meilleur marché dans les provinces oij les denrées sont moins chères. Quelquefois elles se contentent de retenir quelques sous pour le vin et le pain , destinés à devenir le corps de Dieu. On pourrait encore dire de nos prêtres ce que Baptiste Mantouan , général des Carmes dans le xv^ siècle, disait de ceux de son temps :

Venalla iiobis templa, sacerdotcs, altaria, sacra, coronœ, Ignis, tliiira, preces, cœlum vénale Deusque. Parmi nous tout se vend, prêtres, temples, autels, L'orémus à voix basse, et les chants solennels, La terre des tombeaux, l'hymen et le baptême. Et la parole sainte, et le ciel, et Dieu même.

Ces scandales divertissent les incrédules, aigrissent les protes-

53^ SUR l'état des protestants.

catholique , non plus comme sous le règne de Louis le Grand, à force d'exécutions militaires et de gibets, mais par la seule puissance de la raison,

tants, affligent les hommes d'une piété éclairée; mais ils subsistent, parce que les biens de l'Église accumulés sur la tète de ses chefs ne peuvent suflire à nourrir les ministres inférieurs.

Les charités des paroisses forment un impôt considérable sur la nation, et ne soulagent personne; les curés , escortés d'un tribunal de dévotes , font de cet impôt le salaire des délateurs, des hypocrites : ils en achètent les secrets des familles , soutiennent le fanatisme parmi le peuple, entretiennent un corps de gueux prêts au moindre signal à courir sus aux philosophes, aux protestants, aux rois, si les rois osaient briser le joug humiliant sous lequel ils courbent la tète depuis le siècle de Louis le Débonnaire.

Il semble que de l'Inde au Mexique, les souverains, en laissant aux prêtres la distribution des aumônes et l'éducation publique, aient craint d'être les maîtres sans danger et sans partage.

Les précautions qu'on prend pour conserver la pureté des mœurs des prêtres sont un nouvel objet de scandale ; les évêques les traitent comme les sultans traitent leurs frères , à qui ils ne permettent de vivre qu'avec des femmes hors d'état de donner des princes à la famille impériale : on leur jjermet cependant d'habiter avec déjeunes iilles, pourvu qu'elles soient leurs sœurs ou leurs nièces; dans quelques diocèses on va plus loin : l'on ne permet aux prêtres d'avoir chez eux que des garçons ; on craint les faiblesses ou l'indécence , on ferme les yeux sur la débauche et sur les crimes.

On n'avait point parlé ici de ces abus, parce qu'ils seront détruits du moment où les évêques , dociles à la voix de l'Évangile qu'ils ont cessé d'écouter depuis quinze ou seize siècles, se seront eux-mêmes corrigés. Le clergé possède au moins le cinquième des biens du royaume , et ces immenses revenus ne suffisent pas à l'entretien des prêtres; les évêques vendent toutes les

SUR LETA.T DES PHOTliSTA.N IS.

Pourquoi les vérités physiques s'élablissent-elles sans effort, quoique contraires souvent aux témoignages de nos sens , quoique appuyées sur des démonstrations très-compliquées? C'est qu'elles n'ont point de passions à combattre, c'est que cliaque homme ne se croyant pas juge compétent de la vérité des principes, ou de l'exactitude des faits, la multitude se conforme avec docilité au jugement des hommes éclairés; mais si une de ces questions se trouve liée à des intérêts politi(|ues , à des opinions religieuses, si les hommes qui ne peuvent en saisir

espèces de dispenses qu'ils accordent ; les curés vendent tous les actes qu'ils expédient , tous les sacrements qu'ils confèrent ; la plupart des vicaires sont payés par les villes; les moines mendiants lèvent un impôt volontaire qui est immense; les religieuses exigent des dots de celles qu'elles admettent à faire vœu de pauvreté ; les aumôniers des troupes sont payés sur le trésor royal; les églises des campagnes, les maisons des curés sont construites en partie aux dépens des propriétaires, en partie aux dépens même du peuple. La construction des églises des villes, celle des monastères, est souvent payée par des loteries, c'est-àdire , que les hommes dont l'emploi est de veiller sur la morale cherchent des moyens d'exciter l'avidité, inspirent aux pères de famille la tentation de ruiner leurs enfants, aux domestiques celle de voler leurs maîtres: si on ajoute à cela les messes payées, les quêtes, les confréries, les pèlerinages, le pain bénit, etc., etc., on trouvera que le clergé français, propriétaire d'un cinquième des biens du royaume, lève annuellement sur le reste un impôt égal au moins à un vingtième. Si les richesses scandalisent, parce qu'elles sont contraires à l'esprit de l'Évangile, les petits détails d'avidité rendent ridicules les prêtres catholiques, et jamais^ quelque clairement qu'on puisse avoir raison, on ne convertit ni les hommes qu'on scandalise , ni ceux aux yeux de qui on s'est rendu ridicule.

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les preuves se cioient, par leur état, par leur place, en droit de juger, alors les querelles deviennent interminables, la vérité s'obscurcit, et ne triomphe qu'avec lenteur. Combien l'opinion du mouvement de la terre n'a-l-elle pas eu de peine à s'établir? N'at-elle pas même partagé avec les opinions tliéologiques l'honneur d'avoir des martyrs? Combien les querelles sur les pièces d'artillerie longues et courtes n'ont-elles pas produit de brochures? Combien l'inoculation n'a-t-elle pas fait dire de sottises? Les vérités morales sont presque toujours dans ces circonstances malheureuses, oii les vérités physiques ne sont presque jamais. Elles sont par elles-mêmes aussi certaines, la méthode de les étudier est la même, les principes y sont également ou des définitions ou des faits: les faits y sont aussi constants, aussi généraux; mais elles ont contre elles les passions, les intérêts des hommes, et la présomption de l'ignorance qui s'érige en juge. Voilà pourquoi les principes les plus simples de la politique, de l'administration, du commerce, sont rejetés par des hommes d'ailleurs raisonnables , et souvent révoqués en doute par des esprits très-éclairés, pendant qu'aucun d'eux ne s'avise de douter du mouvement de la terre, du mouvement progressif de la lumière, de la circulation du sang.

Cependant les preuves de ces vérités physiques sont plus compliquées, les faits sur lesquels elles s'appuient sont plus difficiles à constater.

Appliquons cette observation aux opinions religieuses des protestants et des catholiques. Ces deux religions donnent les mêmes noms au Dieu qu'elles

adorei)l, lui supposent les mêmes rapports avec les hommes, sont fondées sur les mêmes livres, reconnaissent les mêmes faits pour sacrés, enseignent la même morale. L'orgueil qui attache l'homme au Dieu de ses pères, et les passions qui préfèrent la morale avec laquelle elles ont su déjà s'arranger, ne peuvent donc influer sur le choix entre les deux religions. Quels sont donc ici les motifs delà différence des opinions? Les uns sont fondés sur une manière différente d'interpréter les mêmes livres, et d'entendre les anciennes explications de ces livres; les autres le sont uniquement sur les abus que les prolestants ont trouvés dans la religion catholique, et qu'ils confondent avec la religion même.

Les premiers motifs ne peuvent agir que sur les gens instruits, et ne peuvent être agités qu'entre les savants; si donc il n'y avait pour perpétuer l'erreur que des raisons de cet ordre, l'erreur disparaîtrait aussi vite qu'elle disparait dans les opinions physiques. Mais les autres raisons frappent tout le monde, tous en sont également juges , les savants comme les ignorants; ce sont donc ces motifs qui sont la véritable cause de l'obstination des hérétiques; ôtez-les, et l'hérésie sera détruite, comme le système dePtolomée l'a été lorsque les causes étrangères qui le soutenaient ont cessé d'agir.

On ne pourrait nier cette conséquence sans nier en même temps la force , l'évidence , la clarté des raisons que l'église catholique oppose aux protestants. Tout catholique convaincu de la vérité de sa religion, doit donc désirer (jueles protestants soient

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tolérés , puisque la persécution n'est qu'un moyen d'attacher les hommes indifféremment à l'erreur comme à la vérité , et demander en même temps que les abus du clergé soient réformés, que sa conduite et ses maximes ne soient plus une contradiction perpétuelle des préceptes et des maximes de l'Évangile, parce que ces abus, cette contradiction, sont la cause unique qui s'oppose au triomphe de la vérité, et à la léunion de tous les chrétiens dans la même foi et dans le même culte.

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