‹ Œuvres de CondorcetChapitre 14 sur 42 · ÉLOGE DE M. LE MARQUIS DE COURTIVRON · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE M. LE MARQUIS DE COURTIVRON

Gaspard Le Compasseur de Créqui-Montfort, marquis dcCourtivron, mestre-de-camp de cavalerie, pensionnaire vétéran de l'Académie des sciences, naquit, en 1715, de Jean Le Compasseur, marquis de Courtivron, et de Charlotte de Clermont-Tonnerre.

Il entra, dès l'âge de quinze ans , dans le régiment du marquis, depuis maréchal de Clermont-Tonnerre, son oncle, alors commissaire général de cavalerie; et à seize ans, il y eut une compagnie. La guerre se déclara bientôt après, et M. de Courtivron suivit le marquis de Tonnerre, en qualité d'aide de camp, au siège de Philisbourg et dans les campagnes qui suivirent ce siège.

Une éducation interrompue à quinze ans, dans un temps où en général elle commençait plus tard qu'aujourd'hui, et interrompue pour le service et pour la guerre, ne devait pas faire présumer que la vie de M. de Courtivron serait presque uniquement consacrée aux sciences. Mais n'ayant que vingt et un ans à l'époque de la paix, il se trouva encore assez jeune pour faire de nouvelles études. Bientôt il aima pour elles-mêmes les sciences qu'il n'avait d'abord cultivées que pour remplir dans toute leur étendue les devoirs de son état, vécut avec M. Clairaut beau-

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coup plus qu'avec ses camarades, et dans un âge, dans une position où il eût été excusable de se laisser éblouir par les brillants fantômes de l'ambition , une place à l'Académie des sciences était devenue l'objet secret de ses désirs et de ses travaux.

La mort de l'empereurCharles VI ralluma la guerre en Europe : le cardinal de Fleury avait soutenu avec trop de faiblesse le parti de la paix, parce qu'il craignait de s'exposer à la nécessité de renoncer à une place dont, à l'âge de quatre-ving-dix ans, il n'avait pas la force d'envisager la perte sans regret, et, suivant avec répugnance des vues ambitieuses dont il connaissait toute l'illusion, il mettait une lenteur et une économie nuisibles au succès dans l'exécution des plans vastes, mais mal combinés, qu'il désapprouvait, autant par sagesse que par timidité.

M. de Courtivron servit dans l'armée de Bohême. L'activité et l'intelligence qu'il avait montrées dans ses premières campagnes; la réputation d'officier appliqué et instruit , que son goût pour l'étude lui avait méritée , le firent choisir pour aide-maréchal général des logis de la cavalerie dans l'armée aux ordres du feu maréchal de Broglie ; et plus d'une fois, il remplit, dans des corps séparés, les fonctions de maréchal général. C'est en cette qualité qu'il suivit le marquis de Tonnerre au ravitaillement du château de Fravenberg , expédition dans laquelle il fut blessé. La même année, il fut chargé des mêmes fonctions dans la petite armée que le comte de Saxe commandait en Bavière, eut le bonheur de le tirer d'un péril imminent où l'impétuo-

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