ÉLOGE DE M. DE COURTIVRON. I
sité de son courage et son zèle pour le salut des troupes l'avaient engagé, et de conserver à son pays l'homme dont le génie devait bientôt foire changer la face de la guerre. Il le suivit dans sa marche des bords du Danube à Prague. Il fallait chasser les ennemis du château d'Ellenbogen, où ils avaient rassemblé tout ce qu'ils pouvaient opposer de troupes à la petite armée française. Chargé d'examiner cette forteresse, M. de Courtivron manda au comte de Saxe que la garnison de ce château était au moins aussi nombreuse que son armée : Mon cher Court 'iuron , far rive , fut toute la réponse du général; et le fort se rendit le lendemain.
La blessure que M. le marquis de Courtivron avait reçue l'obligea de renoncer, Tannée suivante, à l'état militaire, après avoir obtenu, pour récompense de ses services , la croix de Saint-Louis et le brevet de colonel. 11 prit alors le parti de se livrer tout entier aux sciences; et l'Académie, qui avait reçu avec un intérêt mêlé de surprise les essais qu'il lui avait adressés des camps de la Bohême, l'adopta, en 1744» comme adjoint mécanicien.
Différents mémoires qui renferment presque tous des applications du calcul à des questions de mécanique, d'astronomie, d'optique ; et un traité sur cette dernière science qu'on peut regarder comme un commentaire mathématique de l'optique de Newton, ont été les fruits du loisir de M. de Courtivron. On voit briller dans tous ces ouvrages une modestie vraie, un désir d'être utile qui l'emporte sur celui de la célébrité; un amour de la
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science qui fait entreprendre des travaux longs et pénibles , pour en faciliter aux autres l'étude ou les applications. Si on y aperçoit souvent combien il avait approfondi plusieurs parties des mathématiques, c'est uniquement dans les circonstances où il n'aurait pu le cacher sans nuire à la facilité, à la simplicité qu'il voulait donner à ses solutions. Ainsi, même dans un ouvrage de géométrie, au milieu des calculs et des formules, un savant laisse échapper des traits qui peignent son âme et son caractère. Dans ces mémoires, M. de Courtivron fait un usage presque continuel de l'analyse algébrique; et on doit lui savoir gré d'avoir connu toute l'utilité de cette méthode dans un temps où l'on ne pouvait encore que la deviner.
Les savants se renferment rarement dans les limites d'une seule science; ils se livrent presque toujours à d'autres études, dont la liaison avec leur étude principale leur inspire le goût et leur fait sentir l'utilité. Quelquefois même ils ne cherchent dans ce nouveau travail qu'un délassement nécessaire a des hommes pour lesquels l'habitude d'exercer leur raison rend insipide tout ce qui n'est que mouvement, mode ou dissipation. Mais souvent celui qui vit dans la capitale, loin de s'enorgueillir de l'étendue ou de la variété de ses connaissances, cherche à la cacher. Comme il sent, par sa propre expérience, combien l'homme qui n'a cultivé une science que par intervalle est presque nécessairement inférieur à ceux qui en ont fait l'objet de leurs méditations habituelles, il ne vent pas se montrer à
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côté d'eux , parce qu'il y serait vu avec trop de désavantage. Le savant au coutraire, qui, ainsi que M. le marquis de Courtivron, vit beaucoup à la campagne, entouré d'hommes dont il ne peut se dissimuler l'infériorité, même dans les genres de connaissances qu'il n'a qu'effleurés, éprouvant à tout moment le besoin de ces connaissances pour lui-même, leur utilité pour les autres, et voyant des observations intéressantes prêtes à se perdre faute d'yeux qui sachent les saisir, doit nécessairement laisser échapper le secret que sa modestie et sa sagesse l'auraient ailleurs engagé à garder.
M. le marquis de Courtivron se faisait un devoir d'envoyer exactement à l'Académie ses observations d'histoire naturelle, de physique, d'art vétérinaire.
Nous citerons ici plusieurs mémoires sur une épizootie qui fit en Bourgogne les plus grands ravages. Des bœufs, amenés d'Allemagne à la suite de l'armée, avaient répandu cette maladie dans nos provinces; car il est rare que la guerre n'amène pas à sa suite quelque fléau de cette espèce, qu'elle ne répande pas quelque maladie contagieuse, quelque vice ignoré, quelque corruption nouvelle, comme si la nature avait voulu préparer au crime de la guerre une punition à laquelle les nations, même les plus constamment victorieuses, ne pourraient échapper. Ces mémoires de M. de Courtivron sont un des premiers ouvrages français où des questions importantes sur la manière dont les épizooties se répandent, les moyens de les arrêter, le peu de succès des remèdes connus, aient été traitées d'après