‹ Œuvres de CondorcetChapitre 26 sur 42 · ÉLOGE DE M. L'ABBÉ DE GUA · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE M. L'ABBÉ DE GUA

Jean-Paul de Gua de Malves, prieur de Saint - George-de-Vigou , de la Société royale de Londres ; pensionnaire de l'Académie des sciences , naquit en Languedoc, vers 171a, de Jean de Gua , baron de Malves, et de Jeanne de Harrugue.

Sa famille fut , comme tant d'autres, la victime des fausses spéculations et des opérations violentes qui ont donné au ministère passager de Law une si triste immortalité. Il ne resta rien au baron de Malves de son ancienne fortune, et toutes ses terres de Languedoc furent vendues.

Témoin, dans ses premières années, de l'opulence de sa famille et de l'événement qui la lui avait ravie, M. l'abbé de Gua devait être naturellement porté à regarder la médiocrité comme un malheur, et à chercher les moyens de se rapprocher d'un état dont les avantages avaient ébloui son enfance. C'est par là sans doute que nous pouvons expliquer comment un homme désintéressé, qui savait supporter les privations , et à qui enfin un esprit profond et subtil , capable des plus grands efforts et de la patience la plus infatigable, offrait tant d'occupations attachantes et glorieuses, put cependant consommer une partie de sa vie à faire des projets pour s'enrichir, et n'en fut que plus malheureux.

Gentilhomme et prêtre, il pouvait r en suivant la route commune , parvenir aux dignités ecclésiastiques ; mais il aimait les sciences plus que la fortune, et voyant avec douleur que le préjugé ou la politi- III. 10

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que les regardait comme dangereuses, ou feignait de les mépriser, il partit pour l'Italie.

Il savait que dans ce pays aucune barrière n'empêche le mérite d aspirer aux premières places; mais il lui manquait ce dont le mérite a besoin pour s'élever, cet art de se cacher, qui nous permet de nous montrer aux yeux des autres, dans chaque circonstance, ce qu'il nous est utile de leur paraître. M. l'abbé de Gua eut, en Italie, des amis illustres qui ne firent rien pour lui, et il revint à Paris.

M. le comte de Clermont voulait alors y fonder une société des arts, et M. l'abbé de Gua lui fut présenté comme un homme qui, joignant l'étude des sciences à celle des arts, honorerait cette société naissante. On doit regretter qu'elle n'ait eu qu'une existence éphémère, elle eût été à la fois utile aux sciences et aux arts ; elle en fût devenue le lien , et eût servi en même temps à rendre plus sensible la ligne qui doit les séparer; car s'il est bon de les réunir, il ue faut pas en confondre les limites , de crainte qu'une théorie médiocre n'égare la pratique des arts, au lieu de l'éclairer, ou que le prétexte de chercher à rendre les sciences utiles , ne substitue une charlatanerie facile, à l'activité laborieuse qui seule conduit à des découvertes.

En 1741 , M. l'abbé de Gua entra comme géomètre dans l'Académie des sciences : l'année d'auparavant , il s'était fait connaître par un ouvrage intitulé : Usages de l Analyse de Descaries, C'est un traité de la théorie des courbes algébriques, qu'il semblait avoir entrepris par le seul motif de prouver que

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