ÉLOGE DE M. DE TRESSAN
Louis-Élisabeth de la Vergne, comte de Tressan , lieutenant général des armées du roi , commandeur
KLOGE DE M. DF TRF.SSAW. 1 I I
de l'ordre de Saint-J.azare, l'un des quarante de l'Académie française, associé libre de celle des sciences; de la Société royale de Ixmdres; des Académies de Berlin et d'Edimbourg, naquit au Mans, le 4 novembre 1 705 , de François de la Vergne-Tressan et de Madeleine Brulart de Genlis.
La maison de la Vergne était établie en Languedoc, lorsque Simon de Montfort, à la téte d'une troupe de brigands que l'amour du pillage et le fanatisme rassemblaient sous sa bannière, vint convertir et ravager cette belle province. Les la Vergne , fidèles à leur prince, Raimond , comte de Toulouse, prirent avec lui la défense de son peuple : mais la férocité l'emporta sur le courage, plus de trois cents mille habitants, paisibles et désarmés, furent la proie des soldats et des bourreaux, tandis que les biens et les titres de ceux qui avaient voulu les défendre devinrent la récompense de leurs assassins.
Les la Vergne abandonnèrent leurs possessions et leur patrie : heureusement qu'un siècle après , un cardinal de la Vergne, archevêque de Sens, répara le mal que les légats d'Innocent III avaient fait à sa famille, et acheta la terre de Tressan , dont une des branches de la Vergne a depuis toujours porté le nom.
Cette branche embrassa, au seizième siècle, la religion réformée ; à la bataille de Jarnac, la Vergue, suivi de vingt-cinq de ses neveux, défendit longtemps le prince de Condé blessé et abandonné de son armée : quinze de ces braves chevaliers y périrent ; la plupart des autres furent blessés et faits prisonniers.
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La Vergne , ami de Coligni , le suivit au mariage Je Henri [V; mais, plus défiant que l'amiral , parce qu'on employait moins d'artifices pour le tromper, il prévit la trahison que Ton tramait contre son parti , rassembla chez lui les gentilshommes qui l'avaient suivi à la guerre, arma ses domestiques , se précautionna contre une surprise, et au premier bruit du massacre, fit monter sa troupe à cheval , chargea celle des meurtriers qui entouraient déjà sa maison , les dispersa , et courut se réfugier dans ses terres. Ainsi, par sa prudence et sa valeur, il sut échapper à cette horrible conspiration d'un roi contre son peuple, attentat donLon ne saurait trop souvent rappeler la mémoire, pour apprendre aux rois quels crimes ils s'exposent à commettre, et aux peuples, à quels malheurs ils doivent s'attendre, lorsqu'ils n'ont pas la sagesse d'étouffer les premiers cris du fanatisme sous le poids du mépris et de la risée publique.
Le fils de la Vergne, digue de son père, commanda l'infanterie de l'aile droite à la bataille d'Ivry, et y reçut trois blessures; il eut pour fils François de Tressan, bisaïeul de celui dont nous faisons ici l'éloge; Louise de Monteiuard sa femme était dans Béziers, lorsque le duc de Montmorency son parent y fut assiégé ; elle demanda au commandant de l'armée du roi, ou plutôt du cardinal de Richelieu, la liberté de sortir de la ville, l'obtint, et emmeuaavec elle dans sa voiture, le duc de Montmorency, caché sous son vertugadin. Le cardinal ne put s'empêcher de louer hautement cette action, qui lui enlevait ce-