‹ Œuvres de CondorcetChapitre 7 sur 42 · IUO ÉLOGE DE M. W ARGENTIN · texte numérisé non relu

IUO ÉLOGE DE M. W ARGENTIN

de Rouen, et une fille mariée à M. le marquis de Maupeou.

ÉLOGE DE M. WARGENTIN.

Pierre Wargentin, chevalier de l'Étoile polaire; secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences de Stockholm; des Académies de Pétersbourg, d'Upsal, de Copenhague, de Gottingue; de la Société royale de Londres; associé étranger de FAcadémie des sciences, naquit le 11 septembre 1717, dans la paroisse de Junne en Suède, de Guillaume Wargentin, pasteur de cette église, et de Christine Arosell.

Parmi les découvertes qui ajoutent successivement à la masse toujours croissante des connaissances humaines, il en est dont une seule, suffisant pour assurer à celui qui la faite, la reconnaissance de ses contemporains, ou même les hommages de la postérité, le dispense en quelque sorte de chercher d'autres titres à la gloire ; elles doivent cet avantage à leur utilité, à leur éclat, ou au mérite d'offrir la réunion inattendue de vérités longtemps isolées. L'on pourrait être tenté de regarder comme l'ouvrage du hasard , le bonheur qu'ont eu quelques savants d'être conduits par leurs recherches à de telles découvertes, si ce choix n'était pas déjà par luimême une preuve d'un bon esprit qui connaît l'état de la science qu'il cultive, et sait distinguer, dans les travaux qu'elle présente, ceux qui sont impor-

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tants et dont le succès n'est au-dessus ni de ses forces ni des ressources qu'offrent les méthodes connues.

Telle a été la découverte des équations empiriques des satellites de Jupiter, par M. Wargentin.

Les astronomes, qui considèrent les mouvements des corps célestes comme circulaires et uniformes , ont nommé équation , la loi régulière suivant laquelle les mouvements d'une planète s'écartent de cette hypothèse.

Depuis la découverte de la force générale à laquelle les planètes obéissent, il existe deux manières de déterminer ces équations : Tune par le calcul des perturbations que cause dans le mouvement d'une planète l'attraction des autres corps célestes; l'autre, en cherchant par l'examen des effets , et sans remonter à leur cause , une loi constante formée d'un petit nombre de termes qui puisse satisfaire à toutes les observations, et l'on a donné le nom à1 équations empiriques à celles qui sont trouvées par cette dernière méthode. Lorsque M. Wargentin s'occupa de déterminer les équations des satellites de Jupiter, les géomètres n'avaient pas encore donné une méthode générale pour ces sortes de recherches; comme Kepler, il n'eut d'autres secours que celui de cet instinct du génie qui sait suppléer aux méthodes , et cet instinct le servit heureusement.

Il trouva d'abord pour chaque satellite une équation du temps, et quelque temps après, les équations pour le changement d'inclinaison; ces équations représentaient le mouvement des satellites avec

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une exactitude à laquelle ou n'eût osé s'attendra : à la vérité, elle n'était pas égale pour toutes; mais la théorie, en prouvant depuis qu'une équation d'un seul terme ne peut suffire à représenter les phénomènes dans les cas où celle de M. Wargentin s'en éloigne, a fait voir en même temps qu'il serait injuste d'attribuer à l'auteur de cette découverte une imperfection qui naît uniquement de la nature du problème.

C'est en 174^ que M. Wargentin donna ses premières équations empiriques, il n'avait alors que vingt-neuf ans; trois ans après, en 1 749, l'Académie de Stockholm le choisit pour son secrétaire : il a rempli cette place pendant trente-quatre ans. Un goût éclairé pour toutes les sciences, qui lui faisait pardonner sa préférence pour les mathématiques ; la douceur, la simplicité et la modération de son caractère, moyens plus sûrs que l'adresse pour concilier ou ménager des amours-propres opposés; son activité pour publier, pour répandre prompteraent les ouvrages de ses confrères , aux dépens même des travaux particuliers qui n'eussent illustré que lui ; son zèle pour le progrès des sciences , et cette espèce d'abandon de sa propre renommée, pour ne paraître occupé que de la gloire commune ou de l'utilité générale; une dignité modeste qui savait faire respecter les sciences , mais sans armer contre elles, en paraissant trop exiger, les préjugés encore puissants et dangereux ; une probité rigoureuse qui rassurait même contre les effets de ces préventions auxquelles la vertu la plus pure n'échappe pas tou-

jours; ce désintéressement sans faste qui touche les âmes généreuses, et gagne si bien les autres en leur ôtant la crainte de la concurrence; enfin, ce désir d'être utile, qui, se marquant dans les plus petites choses, annonce ce qu'on doit en attendre dans les occasions plus importantes : telles furent les qualités qui méritèrent à M. Wargentin l'estime générale et l'amitié de ses confrères.

En 1759, on érige» un observatoire à Stockholm, sur une hauteur à l'extrémité d'un faubourg; il était naturel qu'on en offrît la direction à M. Wargentin ; on lui proposa de s'y établir, et il y consentit : il savait qu'entouré des objets qui l'intéressaient le plus, sa famille, ses instruments et ses livres, il trouverait la solitude et la paix; et il y resta jusqu'à la (in de sa vie.

Il était membre d'une commission chargée de rassembler tous les détails relatifs à la population de la Suède , à la durée de la vie des hommes, à l'influence des différentes causes de mortalité, à la connaissance exacte de la culture et des productions, en un mot, à tous les faits d'économie politique que Ion peut avoir intérêt d'observer dans un grand royaume : on avait cru en Suède , qu'un mathématicien habile pouvait, lorsqu'il s'agissait de prononcer sur des résultats de calculs, siéger à coté des membres de l'administration; et qu'une sage politique pouvait conseiller d'honorer les savants, et non de les tenir dans une dépendance qui repousse les vrais talents 011 qui les rend inutiles.

Les registres de ce bureau lui ont fourni le sujet

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de plusieurs mémoires intéressants, qui sont insérés dans les recueils de l'Académie de Stockholm , et il avait rassemblé le résultat de tous ces travaux en ce genre , dans un grand ouvrage qu'il n'a pas eu le temps de publier. La sagacité dont M. Wargentin a donné une preuve si éclatante , précisément dans l'art de déduire des observations leurs résultats généraux, doit faire désirer que l'on ne soit pas privé d'un travail si utile pour son pays, et peut-être pour l'Europe entière ; il faut même former des vœux pour que cet établissement , honorable à la Suède qui a donné l'exemple, soit imité par les autres peuples, et assure enfin à des connaissances dont dépend essentiellement le bonheur des hommes, une base à la fois moins incertaine et plus précise.

Comme secrétaire de l'Académie de Stockholm, M. Wargentin a fait plusieurs discours et quelques éloges d'académiciens; ses compatriotes sont les seuls juges compétents du mérite de cette partie de ses travaux, et ils lui accordent celui d'avoir connu le véritable style de ce genre d'ouvrage , d'y avoir été toujours simple et noble, élégant et naturel, d'avoir enfin mérité une place parmi les premiers écrivains de sa nation.

Environ un an avant sa mort , sa santé avait commencé à dépérir, de manière à laisser peu d'espérance; il apprît alors que l'Académie des sciences de Paris lui avait donné une de ses huit places d'associés étrangers, et qu'ainsi il ne mourrait point sans avoir obtenu ce qui avait fait l'objet le plus vif de son ambition littéraire. Son désintéressement ne lui

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avait permis de s occuper ni de sa fortune, ni de celle de sa famille ; et sur la fin de sa vie, il éprouva des inquiétudes pour ses enfants; il sentit que l'homme isolé et dégagé de tout bien a seul la liberté de se livrer sans réserve à ce que l'élévation de son âme lui inspire; il eut des remords, ou du moins des regrets de l'avoir portée trop loin : heureusement l'amitié de ses confrères avait tout réparé; peu de temps avant sa mort, il apprit que l'Académie lui avait accordé une gratification sur les fonds dont elle dispose , et sollicitait auprès du gouvernement une pension pour ses enfants. A peine pouvait-il encore faire entendre quelques sons; mais la joie que lui inspira cette nouvelle ranima ses traits, que l'approche de la mort avait effacés , et il expira en jetant sur ses enfants, qui pleuraient autour de lui, un regard tendre et serein , dont aucune amertume n'empoisonnait plus la douceur.

Il mourut le i3 décembre 1783, âgé de soixantesix ans.

L'Académie de Suède lui a fait frapper une médaille, honneur qu'elle ne rend qu'à ses membres les plus illustres.

ÉLOGE DE M. MACQUER.

Pierre-Joseph Macquer, docteur-régent de la faculté de médecine de Paris ; professeur de chimie au Jardin du Roi ; pensionnaire de l'Académie des scien-

ÉLOGE DE M. MACOUKH.

ces ; membre de la Société de médecine; de l'Académie de médecine de Madrid , et des Académies de Stockholm, de Turin et de Philadelphie, naquit à Paris le 9 octobre 1718, de Joseph Macquer et de Marie- Anne Caillet. Il tirait son origine d'une famille noble d'Ecosse, qui avait sacrifié ses biens et sa patrie à son attachement pour la religion romaine et pour la maison de ses anciens rois.

Les parents de M. Macquer exigeaient qu'il prit un état; il choisit celui de médecin, qui contrariait moins qu'aucun autre son goût naissant pour les sciences physiques. La chimie fut le principal objet de ses travaux , et il fut reçu à l'Académie en 1745 , à l'âge de vingt-sept ans. Depuis cette époque , des recherches sur la chimie, des ouvrages élémentaires sur cette science, et des travaux sur les arts qui eu dépendent, ont rempli toute l'étendue de sa vie.

Les phénomènes singuliers que présentait l'arsenic, avaient attiré l'attention des chimistes dans le temps où presque tous avaient conservé au moins un penchant secret pour les idées chimériques des adeptes. On connaissait la propriété qu'a cette substance de décomposer le nitre et d'en séparer l'acide, qui, dans cette opération, acquiert une belle couleur bleue ; mais personne encore n'avait songé à examiner le résidu de la distillation. M. Macquer l'essaya le premier, et il trouva un sel cristallisable , dissoluble dans l'eau, ayant toutes les propriétés d'un sel neutre , et formé par la combinaison de la base du nitre avec un acide particulier qui tire son origine de l'arsenic.

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Les deux autres alcalis et la chaux peuvent servir de base à un sel semblable; et c'est ici le premier exemple connu en chimie, de ces acides propres à certaines substances , et qu'on en tire par la distillation avec l'acide nitreux, soit que ces acides y existent tout formés, soit qu'ils doivent quelques-unes de leurs parties constituantes à la décomposition qu'éprouve alors l'acide qu'on a employé.

M. Macquer donna , peu de' temps après, la première analyse exacte du bleu de Prusse. Cette matière colorante n'est, suivant lui, qu'une combinaison du fer avec une substance que les alcalis enlèvent aux matières charbonneuses; et il le prouve en montrant que l'alcali dirigé sur le bleu de Prusse , se charge de cette substance, et ne laisse plus qu'une chaux de fer, tandis que ce même alcali, ainsi saturé et versé sur une dissolution de fer, précipite de nouveau bleu de Prusse. Les chimistes ont regardé cette substance extraite du charbon par l'alcali fixe , comme étant du phlogistique ; et l'alcali qui en est chargé a même porté le nom iV alcali phlogis tiqué,. Mais les progrès de la chimie, en l'enrichissant d'un grand nombre de faits, l'ont rendue en même temps bien plus pauvre en théories qu'elle ne croyait l'être, si pourtant avoir perdu des théories et des systèmes, ce n'est pas avoir beaucoup gagné. La plupart des dénominations et même des expositions que l'on faisait des phénomènes, portaient, sans presque qu'on s'en doutât, quelque teinte de ces systèmes, et il a fallu créer une nouvelle langue, que peut-être dans quelques années il faudra changer encore.

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M. Macquersoumit, conjointement avec M. Baume, une quantité assez considérable de platine à des expériences nouvelles, où ils se proposaient d'examiner surtout la fusibilité et la ductilité de ce métal, celles de ses propriétés dont les chimistes s'étaient jusqu'alors le moins occupés. Ils parvinrent à le fondre au miroir ardent d'une manière imparfaite. Quelques morceaux arrondis par la fusion, parurent avoir une véritable ductilité; et ce fait important, consigné dans nos Mémoires, a soutenu l'espérance des chimistes qui , depuis, ont trouvé des moyens de forger et de travailler cette substance singulière, également intéressante, et par les faits nouveaux qu'elle présente dans la chimie des métaux , et par l'utilité dont elle deviendra un jour dans les arts.

Un voile épais en couvre encore l'origine et l'histoire; et, malgré l'abondance de ce métal, le préjugé en refuse à ceux qui veulent l'étudier, et dont heureusement ces obstacles n'ont fait qu'exciter le zèle. On avait cru d'abord que le platine qui peut se mêler avec l'or, s'y unissait si intimement , qu'il était impossible de reconnaître le mélange et de le séparer d'avec l'or. Sans doute, cet inconvénient aurait encore été un motif bien faible pour condamner à une éternelle inutilité une substance que la nature a prodiguée, et qu'à bien des égards il serait difficile de remplacer; mais cet inconvénient n'existe même plus depuis quarante ans. Cependant , l'opinion de ceux qui possèdent le platine est restée la même; exemple moins rare qu'on ne croit, et de la lenteur avec laquelle les vérités s'établissent, et de cette fa-

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talité singulière qui fait regarder l'opinion la moins fondée comme suffisante pour donner le droit de ravir aux hommes quelque portion de leur liberté, taudis qu'on exige que l'inutilité d'une prohibition soit rigoureusement prouvée, et souvent le soit depuis longtemps, pour se croire autorisé à la faire cesser. Il semble que, chez tous les peuples et dans tous les temps, on ait regardé l'esclavage comme le véritable état de l'homme, et la liberté comme un état forcé, et pour ainsi dire contre nature.

Vers 1750, M. Macquer fut chargé par la cour d'une commission particulière. Il existait alors en Bretagne un homme, le comte de la Garaie, qui, entraîné par une véritable passion à Pexercice de la bienfaisance, s'était dévoué depuis quarante ans au service de l'humanité souffrante. Il avait bâti un hôpital à côté d'un laboratoire de chimie ; il soignait, il traitait lui-même les malades auxquels il administrait les remèdes préparés dans son laboratoire, remèdes qu'il avait ou que du moins il croyait avoir inventés. Son premier ouvrage était fondé sur l'idée chimérique d'extraire des mixtes, par le moyen de l'eau, toutes leurs parties actives; et on devait à cet ouvrage quelques préparations utiles , nouvelles ou peu connues.

D'autres idées du même genre avaient frappé depuis le comte de la Garaie; et il voulait vendre au gouvernement ses nouveaux remèdes, comme il lui avait vendu ses premiers secrets, c'est-à-dire, toujours au profit de son hôpital. Il est singulier, peutêtre, qu'un homme si bienfaisant fit un secret de III. 9

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ses découvertes, et qu'il ne s'empressât point de les consacrer gratuitement à l'utilité commune; mais puisque ceux qui sollicitent des grâces oublient si facilement que c'est aux dépens du sang du peuple qu'ils cherchent à satisfaire leur avarice ou leur ambition, pourrait-on ne point pardonner un pareil oubli à celui qui ne demande que pour les malheu reux?

M. Macquer fut chargé d'examiner ces remèdes. Le projet du comte de la Garaie était alors d'extraire les parties saiubres des minéraux par une longue macération avec des sels neutres. Il avait entre autres préparé une teinture mercurielle par des procédés qui duraient plusieurs mois; mais cette teinture n'était qu'une dissolution de sublimé corrosif dans l'esprit-de-vin. Telle est en général l'histoire de ces secrets si vantés, tantôt chimériques, tantôt connus de tout le monde, excepté de ceux qui les achètent.

M. Macquer se trouva placé à une époque où la chimie commençait à se délivrer des rêves des alchimistes, dont les ouvrages des restaurateurs de cette science sont encore infectés ; mais la clarté, la méthode étaient un mérite inconnu dans les livres qui en traitaient, et surtout en France : un reste de cartésianisme ajoutait à l'obscurité de la science, en la surchargeant de prétendues explications mécaniques.

M. Macquer est le premier qui ait donné des éléments de chimie où l'on trouve la même clarté, la même méthode qui régnaient déjà dans les autres branches de la physique. Avant lui, on regardait la chimie comme une science isolée, embarrassée,

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obscure, remplie d'opérations secrètes, de recettes énigmaùques , presque comme une occupation dangereuse où Ion risquait de compromettre sa sanlé , sa fortune, et même sa raison : elle parut, dans les ouvrages de M. Macquer, une science simple, fondée sur les faits, procédant par des opérations dont une sage méthode prescrivait tous les détails , utile à tous les besoins de la vie humaine, et liée au système général de nos connaissances. Ainsi, ses éléments contribuèrent à répandre le goût de la chimie, en montrant combien il était facile de rapprendre; tandis qu'un autre chimiste son contemporain, et autrefois son maître, en inspirait l'enthousiasme par une marche plus hardie et des idées plus vastes et plus imposantes.

M. Macquer fit, pendant plusieurs années, des cours , conjointement avec M. Baumé. 11 avait préféré, dans ses cours, l'ordre qui lui avait paru exiger, de ceux qui les suivaient, moins de connaissances préliminaires en chimie; il décrivait les expériences, exposait les faits avec clarté, avec précision, y ajoutait les explications les plus plausibles, les plus généralement adoptées, mais avec le ton d'un homme qui doute encore et qui veut seulement payer un léger tribut au besoin si naturel aux hommes , et surtout aux jeunes gens, de croire quelque chose. L'incertitude où une suite de simples faits aurait laissé ses disciples, leur eût paru trop pénible ; il les consolait donc par quelques explications, mais il ne les trompait point sur le prix qu'ils devaient y attacher. Il avait l'art de choisir les parties de la chimie

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où les faits étaient le plus certains , où les objets avaient été le plus discutés et le mieux éclaircis; enfin son but semblait être principalement d'inspirer quelque confiance dans les vérités chimiques, aux esprits d'une justesse sévère , et qui se piquent d'être difficiles en preuves. Il se conciliait ainsi l'estime et la confiance de ses disciples plus qu'il n'attirait leur admiration ; ils n'étaient point frappés de la fécondité de ses vues, mais ils sentaient qu'ils avaient en lui un guide sûr, qui ne les égarerait jamais. C'est avec un plaisir mêlé de douleur que je m'arrête sur ces détails. Je dois à M. Macquer mes premières connaissances en chimie ; et en parlant ici de ses talents comme démonstrateur , c'est un devoir de reconnaissance dont je m'acquitte envers sa mémoire.

M. Macquer jugea qu'un dictionnaire de chimie était nécessaire pour assurer les heureux effets que ses livres élémentaires et ses cours avaient déjà produits. Cette manière de traiter les sciences appartient presque à notre siècle, et c'est un des services qu'il aura reudus à l'esprit humain. Aucune espèce de livres n'est plus propre à montrer à chaque époque le point où les sciences sont parvenues, à en faire connaître tous les détails , à en perfectionner la langue. Le public attendait cet ouvrage de M. Macquer; son esprit naturellement juste et méthodique, son impartialité bien connue, son aversion pour les systèmes, la sagesse qu'il savait mettre dans ses vues et dans ses jugements, l'indiquaient comme le chimiste auquel on devait désirer que cet important

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travail fut confié. L'exécution et le succès répondirent à cette attente. Il avait pris la méthode la plus sûre pour faire un bon dictionnaire : celle de composer une espèce de cours de chimie complet et méthodique, dont les grands articles de son dictionnaire sont en quelque sorte les principaux chapitres, et peuvent être lus suivant leur ordre naturel qu'il a indiqué dans une table particulière.

M. Macquer donna la seconde édition de son dictionnaire dans un moment où de nouvelles difficultés auraient pu refroidir son zèle. C'était précisément celui où la connaissance d'un grand nombre de substances aériformes, jusqu'alors négligées dans les analyses, avait produit dans toutes les parties de la chimie une révolution, et presque un bouleversement général; où toutes les théories devenaient incertaines, et toutes les expériences incomplètes. M. Macquer sut éviter à la fois les deux inconvénients qui étaient le plus à craindre . celui de se refuser à des idées nouvelles qui l'obligeaient de revenir sur des opinions qu'il avait longtemps adoptées, et celui de trop sacrifier à ces nouvelles idées, et de négliger les autres parties de la science. II exposa les faits nouvellement découverts, en discuta les circonstances et les résultats, et garda un juste milieu entre un attachement servile aux opinions anciennes et l'enthousiasme des nouveautés.

Il est impossible d'être chimiste sans avoir la curiosité d'étudier les travaux des arts qui ne sout que des opérations chimiques faites eu grand, d'après les règles fondées sur une expérience en général

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grossière et peu précise, mais qui présentent beaucoup de phénomènes instructifs, et où, parmi un grand nombre de procédés inutiles et bizarres, il s'en trouve d'autres qu'on serait d'abord tenté de condamner, et dont un examen plus approfondi fait connaître les raisons et l'utilité.

M. Hellot, qui était commissaire du conseil pour les teintures , et chimiste de la manufacture de porcelaine, désira d'avoir M. Macquer pour adjoint ; et ce désir fait d'autant plus honneur à M. Hellot , qu'il savait très-bien que la réputation de M. Macquer, en chimie, surpassait la sienne, et qu'il est rare de se choisir, pour successeurs ou pour adjoints, des hommes par lesquels on puisse craindre d'être éclipsé; mais il ne l'est pas moins de mériter, comme M. Macquer, qu'une conduite si noble ne puisse être regardée comme imprudente.

L'art de la teinture dépend de la chimie, et d'une chimie très-délicate et très-compliquée. M. Macquer voulut d'abord traiter cette partie de la science comme il avait traité toutes les autres, c'est-à-dire, en donner les éléments, les principes, en dissiper les ténèbres. Il regardait ce préliminaire comme aussi essentiel aux véritables progrès des arts qu'à ceux des sciences , et une grande partie de son art de la teinture en soie, publié dans la collection de l'Académie, est consacrée à l'exposition de ces principes élémentaires. 11 y joignit, dans nos Mémoires, des procédés pour employer le bleu de Prusse comme teinture, et pour donner à la soie, teinte avec la cochenille, la même nuance et le même briU

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iaut que cette substance colorante fait prendre à la laine; ces procédés sont le fruit d'observations chimiques très-fines, et, ce qui est rare dans les opérations des arts, on y est guidé par une méthode sûre.

M. Macquer n'a rien publié sur l'art de la porcelaiue, et on doit Je regretter. Cette poterie, utile à la Chine et au Japon, pays dans lesquels elle est d'un usage commun, n'est encore, parmi nous, qu'un objet de luxe, et par conséquent une bagatelle inutile. L'art de la porcelaine était le secret de quelques manufactures au commencement de ce siècle; mais elles se sont répandues depuis chez presque toutes les nations; elles se sont multipliées, et pour nous procurer la jouissance d'un objet qui, sans être d'une nécessité réelle, pourrait devenir d'une véritable utilité, il ne faudrait aujourd'hui que rendre la liberté à ce genre d'industrie, et lever le voile, bien transparent à la vérité, sous lequel quelques parties de cet art sont encore cachées. Heureusement l'on commence à convenir presque généralement que les secrets dans les arts, ne peuvent que produire le double effet d'en restreindre l'usage et d'en arrêter les progrès.

L'esprit que l'ou remarque dans les ouvrages de M. Macquer est le même qui dirigea sa conduite. Tout eu lui était d'accord : cette justesse d'esprit , cette modération dans ses jugements, cette réserve dans ses assertions étaient la source de la modestie, de la tranquillité, de la douceur qu'il montra constamment dans toutes les circonstances de sa vie. Il était sensible aux critiques; mais il ne connaissait

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ni l'aigreur, ni l'emportement de l'amour-propre blessé. S'il ne faisait pas valoir avec enthousiasme ce qui lui paraissait utile et bon, du moins il approuvait toujours avec plaisir. C'était malgré lui, et lorsqu'il y était contraint par la justice, qu'il se déterminait à porter un jugement sévère. 11 voyait le bien , il l'aimait, mais quelquefois cédait trop facilement aux obstacles, croyait trop promptementà l'impossibilité du succès, et se consolait trop tôt par l'idée qu'il est impossible d'empêcher le bien s'il est une fois connu, et qu'il ne faut que savoir attendre.

Quoiqu'il eût peu pratiqué la médecine, la Société royale le choisit pour un de ses premiers membres; et son amour pour le bien public lui fit un devoir de s'intéresser à un établissement si utile. Les réclamations qui s'élevèrent contre cette institution n'ébranlèrent pas M. Macquer; il y reconnut les mêmes raisonnements et les mêmes principes que dans le siècle dernier on avait opposés à l'établissement des compagnies savantes. Son zèle éclairé pour les sciences et pour l'Académie, était encore un des motifs de son attachement à cette société nouvelle; il savait que c'est surtout des progrès de la théorie que doivent s'occuper les compagnies qui, par leur constitution, embrassent toute l'étendue des sciences. C'est dans ces académies seules que les recherches qui ne sont point d'une application immédiate, qui ne frappent point la curiosité publique, peuvent être appréciées , ou espérer de trouver une récompense. Si, séduites par des vues d'une utilité prochaine, les compagnies savantes suivraient exclusi

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vement à des recherches pratiques, la marche des sciences en serait retardée aux dépens de cette même utilité à laquelle on les aurait imprudemment sacrifiées.

L'institution d'un corps chargé spécialement de l'application des sciences physiques à l'utilité commune devait donc paraître, à un esprit aussi juste que celui de M. Macquer, non-seulement un moyen de perfectionner la médecine, mais un service rendu aux sciences, qui, s'enrichissant tous les jours de vérités et d'applications nouvelles, deviennent d'une immense étendue, et demandent à être partagées pour être mieux cultivées.

M. Macquer avait passé une grande partie de sa vie avec un frère qui aimait les lettres, et à qui l'on doit quelques abrégés chronologiques estimés; après la mort de ce frère, le seul chagrin violent qu'il ait jamais éprouvé , il ne vécut plus qu'avec sa femme et deux enfants, dont l'éducation était son unique délassement et son occupation la plus chérie.

11 aimait peu le monde, parce qu'il préférait à tout la tranquillité et l'indépendance; cependant, il était doux, facile même dans la société, et on n'eût jamais deviné qu'il ne s y livrât qu'à regret : l'espèce de crainte qu'il y éprouvait n'était pas l'embarras que donne l'humeur, c'était le besoin de ces sentiments doux auxquels il est si touchant de pouvoir s'abandonner en liberté, et qui rendent, pour ceux qui les connaissent, tout autre plaisir insipide. 11 n'était point malheureux dans le monde, mais il y portait toujours lo souvenir involontaire du bon-

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heur qui l'attendait au sein de sa famille. C'est le contraire de ce qu éprouve le commun des hommes, qui se trou veut mal où ils sont, sans pouvoir dire où ils seraient mieux.

La sérénité qui paraissait dans toute la personne de M. Macquer semblait indiquer une santé constante; mais cette sérénité n'annonçait que le calme de son âme. Il souffrait depuis longtemps, mais le cachait aux personnes qu'il aimait le plus, parce qu'il regardait ses maux comme incurables; il les sentit redoubler peu à peu dans ses dernières années, en observa le progrès, et conjectura très-juste le moment où la mort devait les finir. Peu de temps auparavant, il en avertit sa femme, lui parla de sa fin prochaine avec sensibilité , mais sans trouble , la remercia du bonheur qu elle avait répandu sur sa vie, et insista beaucoup sur le désir qu'il avait d'être ouvert après sa mort , afin que la cause en fût connue. Quelques jours après, ses maux augmentèrent, et il y succomba le 1 5 février 1 784» sans avoir perdu un instant ni sa présence d'esprit , ni sa sensibilité, ni sa douceur, ni sa tranquillité ordinaire. L'ossification de l'aorte et des concrétions pierreuses formées dans les cavités du cœur, avaient été la cause de cet état de souffrance auquel il était condammé depuis plusieurs années, et de l'impossibilité d'exister, dont il avait senti si longtemps les approches lentes et douloureuses.

KLOGE DE M. BFl'C.M AN.

ÉLOGE DE M. BERGMAN.

Torbern Bergman, professeur de chimie àUpsal, membre de l'Académie des sciences de la même ville ; de celles de Londres, de Berlin, de Stockholm; des Curieux de la nature, de Gottingue, de Turin; associé étranger de la Société de médecine de Paris el de l'Académie des sciences, naquit, le ao mars 1735, à Catharineberg , dans la province de Vestro- Gothie, de Barthold Bergman, receveur des finances , et de Sara Hœgg.

Chez presque toutes les nations de l'Europe, l'état de financier est une profession lucrative et paisible; il n'en était pas de même alors en Suède. Souvent les receveurs des deniers public, créatures d'un parti qui avait été dominant dans une diète, étaient exposés à la persécution de la diète suivante , où le parti contraire avait l'avantage. On croyait trouver, dans la recherche de leur fortune , des ressources pour le trésor public, et dans les poursuites exercées contre eux, un moyen presque sûr de capter la bienveillance du peuple. 11 en résultait que leurs profits devaient être d'autant plus grands, d'autant plus onéreux à la nation, qu'ils étaient plus incertains; mais en même temps ceux qui, comme M. Bergman, refusaient d'embrasser cette profession, annonçaient au moins autant de sagesse que de désintéressement.

Lorsqu'il eut fini ses premières études, son père lui permit de suivre la carrière des universités, et

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de se remire à Upsal. Un de ses parents fut chargé de veiller sur sa conduite. Bien loin d'avoir besoin de l'exhorter au travail, le surveillant se vit bientôt obligé de modérer son ardeur, et surtout de l'empêcher de cultiver les sciences physiques. L'université d'Upsal embrasse les connaissances humaines dans toute leur étendue; et ceux qui s'y appliquent à la théologie, au droit public, à la jurisprudence, peuvent espérer des places importantes et une grande fortune, tandis que les succès dans l'étude des mathématiques et de la physique ne sont récompensés que par un peu de gloire. M. Bergman préférait cependant ces dernières études, et cette préférence imprudente était l'objet des remontrances de son parent; remontrances auxquelles il ne put échapper qu'en imaginant un moyen de cacher subitement ses livres de physique, lorsqu'il était surpris, pour ne laisser voir que ceux qu'il lui était permis d'étudier. Cette nécessité d'acquérir dans des genres auxquels il ne se livrait qu'avec dégoût, assez de connaissances pour persuader qu'il en avait été uniquement occupé, et cacher les progrès plus grands qu'il faisait dans les sciences de son choix , altéra promptement sa santé; et au bout d'une année, il fut obligé de retourner dans sa famille et de joindre aux études sédentaires un exercice de corps habituel , qui seul pouvait rétablir et fortifier sa constitution. Mais il voulut que cet exercice servît encore à l'instruire; il avait étudié la botanique avant d'aller à Upsal ; il reprit cette étude dans sa retraite, et y joignit celle des insectes. Plusieurs de

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ceux qu'il observa ne se trouvaient point classés dans les ouvrages de Linné. M. Bergman en forma une petite collection, et la fit remettre à cet homme illustre, qui alors habitait Upsal. M. Bergman n'avait pas osé se présenter à lui pendant son premier séjour. Cette discrétion est un sentiment bien naturel dans un jeune homme qui, frappé d'un juste respect pour le génie, ne se croit pas digne encore de rapprocher, mais nourrit au fond de son cœur l'espérance de mériter un jour d'attirer ses regards. Cet hommage fut d'autant plus agréable à Linné, que le jeune naturaliste avait eu le bonheur de rencontrer des espèces curieuses et réellement inconnues.

Lorsque la santé de M. Bergman fut rétablie, il obtint la permission de retourner à Upsal, avec une liberté entière de cultiver les mathématiques, la physique, l'histoire naturelle. 11 s'y était ménagé l'avantage d'être connu du savant dont le nom célèbre y éclipsait alors les autres noms. Ainsi , cédant à cet empire que la gloire et le génie exercent sur tout ce qui les environne, M. Bergman ne parut d'abord aimer que l'histoire naturelle ; elle fut l'objet de ses premiers travaux , et son premier mémoire fut une découverte On ignorait la nature d'un corps qui se trouve dans quelques eaux , et qui porte le nom de coccuj aquadeus. M. Bergman s'aperçut que c'était l'œuf d'une sangsue, œuf qui renfermait dix à douze petits. Linné, auquel il fit part de cette observation, refusa de le croire; mais M. Bergman le rendit luimême témoin de ce fait. Alors Linné, après avoir écrit de sa main au bas du mémoire de son élève :

1 4 ^ ÉLOGE DE M. BERGMAN.

Vidi et obstupuiy je l'ai vu, et j'en ai été frappe (fétonnement, l'envoya , décoré de cette honorable apostille, à l'Académie de Stockholm.

Peu de temps après, Linné donna le nom de M. Bergman à une nouvelle espèce d'insectes. Cette manière d'attacher le nom d'un homme à une espèce qui doit être éternelle, semble annoncer qu'on croit, ou ses talents ou le sentiment qu'on éprouve pour lui dignes d'être consacrés à l'immortalité. C'est une sorte d'apothéose qui ne coûte rien à la raison; mais le succès de cet honneur dépend beaucoup du hasard. Ces dénominations disparaissent souvent de la langue des sciences, d'autres fois elles s'y conservent, mais elles cessent de rappeler un nom oublié dont on a voulu vainement prolonger la mémoire; et les savants ne doivent compter sur l'immortalité que lorsqu'ils l'ont méritée par leurs ouvrages.

Des mémoires couronnés par l'Académie de Stockholm, sur l'histoire des insectes qui attaquent les arbres à fruit , et sur les moyens de se mettre à l'abri de leurs ravages; une méthode de les classer d'après la forme qu'ils ont dans l'état de larve, époque où il serait le plus utile pour l'agriculture de pouvoir reconnaître et détruire ceux qui sont nuisibles; un grand nombre d'observations sur cette classe d'animaux si variés dans leurs formes et dans leur organisation , si importants pour l'homme qui a su en soumettre quelques-uns à ses besoins, tandis que les autres, défendus par leur petitesse, et puissants par leur multitude , osent lui disputer encore quelques parties de son empire, enfin si inté-

kl.UGfc DE M. BERGMAN. 1 ^3

ressants par cette foule d'observations qu'offre au philosophe qui sait voir et réfléchir, le spectacle de leur industrie, de leur prévoyance, de leurs travaux,

de leurs mœurs, de leur état de civilisation plus ou moins perfectionnée : tel a été le fruit du goût de M. Bergman pour une étude qui déjà n'était plus pour lui qu'un délassement; car les mathématiques et les parties de la physique qui y ont rapport étaient devenues sa véritable occupation. M. Bergman aimait à parler de ses premiers travaux dans un genre auquel il avait renoncé, mais pour lequel il avait conservé un goût tres-vif; et longtemps après il citait avec une sorte de complaisance, que dans un seul jardin, et pour une seule année, l'usage d'un moyen qu'il avait indiqué avait prévenu la naissance de plus de sept millions d'insectes destructeurs.

Il fut nommé, en 1761 7 professeur de mathématiques et de philosophie naturelle. Depuis plusieurs années il enseignait les différentes parties de ces sciences. Nous lui devons une savante histoire de l'arc-eu-ciel et des crépuscules , des recherches sur l'aurore boréale, sur les phénomènes électriques, sur l'électricité du cristal d'Islande , sur celle de la tourmaline. Enfin on trouve son nom dans la liste des astronomes qui ont observé le premier passage de Vénus sur le soleil, parmi ceux dont les résultats méritent le plus la confiance des savants.

Personne alors ne savait à Upsal qu'il eût cultivé la chimie; mais Wallerius s'étant démis, en (767, du titre de professeur dans cette science , M. Bergman fit inscrire son nom dans la liste des concur-

I |4 ÉLOGE DE M. BERGMAN.

rents. Wallerius avait espéré pouvoir faire passer sa chaire à un de ses élèves, et bientôt M. Bergman vit se réunir contre lui tous ceux qui formaient, à Upsal, le parti de l'ancien professeur : car tout homme célèbre a la triste facilité d'en avoir un , à moins qu'il n'ait la sagesse et la noble fierté de dédaigner un avantage si dangereux. Ce parti s'accrut bientôt de la foule de ces hommes condamnés à ne jamais reconnaître un mérite supérieur dans leurs contemporains, ainsi qu'à ne jamais croire une vérité si elle n'a point été une des opinions de leur jeunesse.

Deux dissertations sur l'alun , que M. Bergman avait données comme un essai de ses forces, furent critiquées avec amertume. Il devait succomber sous cette espèce de conjuration. Heureusement pour la chimie, le prince royal , aujourd'hui roi de Suède, était alors chancelier de l'université d'Upsal; il consulta des savants qui, étrangers à ce corps , ne pouvaient partager les préventions de ses membres, examina les titres de M. Bergman et les reproches élevés contre lui, se chargea lui-même de répondre à ces reproches et de le défendre auprès du sénat. C'est à la fois une anecdote bien honorable pour les sciences, et une preuve frappante des progrès de la raison humaine, que de voir l'héritier d'un trône employer ses talents , plutôt encore que son crédit , à soutenir devant les chefs de la nation la cause du génie persécuté, et à lui faire obtenir justice.

On aurait pu craindre que M. Bergman , livré pendant longtemps à des études étrangères à la chimie, ne manquât, dans la nouvelle carrière où

ELOGE Dt M. BERGMAN. 1^5

il s'était jeté , de cette étendue de connaissances , de cette facilité, de cette habitude des opérations, avantages sans lesquels, dans les sciences physiques,

le talent peut encore beaucoup pour la célébrité du savant, mais très-peu pour le progrès de la science et l'utilité réelle. On s'aperçut bientôt, au contraire, que ses études de géométrie, de physique, d'histoire naturelle, étaient bien loin de lui avoir été inutiles. Elles le préservèrent des préjugés et de l'esprit de routine dont chaque partie de nos connaissances semble avoir encore conservé quelques vestiges ; elles donnèrent à ses idées et à ses vues plus de pré» CÎsion et plus d étendue. Il vit que la chimie devait être, après les mathématiques, la base fondamentaie de la connaissance de la nature , qu'il fallait donc reculer les bornes du champ trop resserré où cette science avait été r enfermée ; mais qu'en lui ouvrant une carrière plus vaste, on courait risque de n'y multiplier que les erreurs, si on ne s'occupait en même temps d'en bannir toutes les explications vagues et systématiques, d'en réformer la langue, enfin d'y porter l'exactitude de quelques autres parties de la physique.

Sou premier soin fut de former auprès de son laboratoire, un cabinet dans lequel les substances du régne minéral étaient rangées par ordre, à côté des produits des expériences qui lui en avaient fait connaître la composition; une autre pièce renfermait les minéraux qui se trouvent en Suède , et ils y étaient rangés suivant leur ordre géographique; enfin, dans une troisième, les modèles des machines,

m. îo

1 4C> I IOGE DE M. BKRGMAN.

des instruments , des métiers employés à faire subir à ces substances les préparations, à leur donner les formes qui les rendent utiles à nos besoins, étaient placés à coté des produits que les arts en avaient formés. Par ce moyen , nu élève apprend d abord à connaître les substances d'après leur nature et la proportion des principes dont ils sont formés. Plus loin, il les aperçoit rangées dans l'ordre où elles ont été répandues sur le globe, et les lois qui ont présidé à cet ordre deviennent plus faciles à reconnaître ou à saisir. Enfin, il voit comment les arts ont su employer ces substances, comment leur pratique a prévenu les théories, ou a su en profiter, comment on y a résolu une foule de problèmes chimiques compliqués par une condition de plus, la nécessité de les résoudre avec profit , élément qui rend cette solution plus difficile, et les méthodes par lesquelles on Ta trouvée, souvent plus piquantes.

Cette manière d'instruire, si nouvelle, et pour laquelle M. Bergman fit des sacrifices considérables , est un des grands services qu'un esprit profond et philosophique pût rendre aux sciences. Bientôt après, il les enrichit par de nombreuses découvertes.

C'est lui qui le premier a fait bien connaître la substance à laquelle on donnait le nom d'air fixe , et qu'il a nommée acide aérien, après avoir prouvé qu'elle avait toutes les propriétés des acides.

Le nickel, le régule de manganèse, la terre de magnésie, la terre pesante, étaient des substances nouvellement découvertes, et sur lesquelles la chimie

KLOCE UE M. BERGMAN. I ^

n'offrait avant lui que des vues ingénieuses ou des expériences isolées.

L'acide qu'on retire du sucre et d'un graud nombre d'autres substances végétales, en distillant sur elles de l'acide nitreux; ceux qu'on retire de l'arsenic, du molybdène, du spath fluor, du tungstène, avaient été découverts dans son école, par lui ou par ses disciples. Mais il fallait une longue suite d'expériences et de recherches pour apprendre à connaître ces substances, ou nouvelles, ou peu familières aux chimistes, aussi parfaitement que celles qui ont été plus anciennement traitées; et pour que leur analyse, leurs propriétés, les phénomènes qu'elles présentent dans leurs combinaisons, formassent également un ensemble systématique àr. faits constants et précis.

M. Bergman osa entreprendre ce travail immense ; et tandis que ce terrain , jusque-là sans culture , lui offrait d'abondantes moissons, il savait en recueillir de nouvelles sur ceux qu'une culture assidue semblait avoir épuisés. Le fer, qui est depuis si long*temps le sujet des opérations de tant d'arts différents, et l'objet des recherches des savants et des artistes , n'a commencé à être vraiment connu que depuis les recherches de M. Bergman, qui a montré , dans ce qu'on prenait pour du fer, plusieurs substances étrangères , presque toutes métalliques , dont l'existence était inconnue. Mais ce n'est point par ces travaux particuliers qu'il faut juger de son génie; c'est dans ses nouvelles méthodes, dans ses théories générales, qu'il faut apprendre à le connaître et à l'apprécier.

l48 ÉLOGE DE M. BERGMAN.

Dans ses dissertations sur l'analyse des eaux , on le voit ajouter aux réactifs déjà employés, des réactifs nouveaux; faire sentir l'imperfection de cette méthode, en même temps qu'il enseigne à la porter à un degré d'exactitude encore inconnu ; ajouter à l'analyse directe de nouveaux moyens de ne laisser échapper aucun des produits, de les séparer avec plus d'exactitude et d'en déterminer les quantités respectives avec une très-grande précision. Au lieu de chercher à les obtenir seuls pour les peser ensuite, méthode souvent difficile et qui exposerait à en perdre une partie, il cherche au contraire le poids d'une des combinaisons de chacun de ces principes avec une substance bien connue qu'il a employée, pour enlever ce principe à ceux auxquels il était uni. Des expériences faites à part et plus en grand lui apprennent ensuite à connaître la proportion des substances qui constituent cette combinaison nouvelle ; cette méthode ingénieuse et féconde, dont il est l'auteur, rend les résultats plus précis et souvent même plus assurés.

Les pierres précieuses, connues sous le nom de gemmes, avaient presque entièrement échappé à tous les efforts de l'analyse. M. Bergman parvint à les y soumettre , brisa l'union qui règne entre leurs parties, et sépara les terres de différente nature dont elles sont composées. La terre alumineuse en forme plus de la moitié; la terre quartzeuse et la terre calcaire , un peu de chaux et de fer en sont les autres principes; et c'est avec ces substances communes et viles en apparence que la nature, avec l'aide du temps,

KLOGF. DK "M. BKRCMAW. I ^9

et par des moyens qui sont encore un secret pour nous, parvient à former ces pierres que leur éclat, leur rareté, leur éternelle durée, ont rendues dignes de servir d'ornement à la beauté, et de parer la téte des rois ou les statues des dieux.

Le diamant, qui diffère de toutes les autres pierres par la propriété qu'il a de brûler, n'a pu même se dérober totalement à la sagacité de M. Bergman, qui en a fait assez pour prouver que si, dans ses recherches sur le diamant, il n'a pu obtenir un succès également complet, c'est sa fortune et non son génie qu'il en faut accuser.

M. Bergman a prouvé la nécessité de procéder dans les opérations docimastiques par la voie humide, c'est-à-dire, par J'analyse où l'on emploie des menstrues, seule méthode qui puisse être rigoureuse; mais il enseignait en même temps à perfectionner les procédés ordinaires, à les simplifier; il montrait quelle pouvait en être la véritable utilité : il apprenait à exécuter avec un chalumeau, un charbon, une simple cuiller et quelques substances d'épreuve , de premières analyses assez exactes pour reconnaître les substances minérales avec certitude, et se guider dans une analyse plus complète. M. Bergman entreprit alors de classer toutes ces substances d'après leur composition chimique. Cette méthode est la seule vraiment scientifique, puisque c'est la seule qui ait pour objet les qualités essentielles aux substances, celles dont dépendent toutes leurs propriétés secondaires ; mais une difficulté jusqu'alors insoluble avait empêché les naturalistes d'adopter

l5o ELOGE DK M. BERGMAN.

cette méthode, l'impossibilité d'en faire usage ailleurs que dans un laboratoire, par des moyens lents, coûteux et pénibles. M. Bergman avait su vaincre cette difficulté en inventant cette analyse au chalumeau ; et aujourd'hui le minéralogiste, armé de cet appareil portatif, peut, au sein des mines, sur le sommet des montagnes, au fond des souterrains creusés par la nature , tout analyser et tout reconnaître.

Dans un mémoire sur la cristallisation, publié en 1773, M. Bergman montra comment d'une forme primitive très-simple peuvent naître des formes de cristaux qui, au premier coup d'oeil, n'ont aucun rapport avec la forme génératrice, et comment la dissection de ces cristaux, l'examen des coupes qu'on peut y faire avec plus ou moins de facilité, apprennent à reconnaître cette figure primitive et les lois plus ou moins simples d'après lesquelles elle a déterminé la production des cristaux différents. Ce mémoire n'est qu'un simple essai, c'est la première esquisse d'une théorie nouvelle ; mais cette esquisse est l'ouvrage d'un grand maître. M. l'abbé Haùy s'occupait , de son côté , des mêmes objets à peu près dans le même temps, mais avec plus de suite, et c'est à lui que doit appartenir la gloire d'avoir établi cette théorie qui manquait aux sciences naturelles.

Un des derniers ouvrages de M. Bergman est un savant traité sur les attractions électives. Nous entre* rons dans un détail plus long sur Cette théorie, qui est à la fois le fondement de la chimie et le point

ÉLOGE DE M. BERGMAN. I 5 1

par lequel elle se lie le plus à In physique, et doit un jour s'unir aux sciences mathématiques; union dont les recherches sur les phénomènes de la cristallisation peuvent nous faire espérer que l'époque n'est pas aujourd'hui très -éloignée.

M. Geoffroy, de cette Académie, paraît être le premier qui ait imaginé de réduire à quelques règles générales les phénomènes observés constamment dans les opérations chimiques. On appelait alors affinité la force inconnue, en vertu de laquelle deux substances s'unissent et forment une combinaison. Si une troisième substance détruit cette première combinaison pour en former une nouvelle avec un de ses principes, on disait qu'elle avait avec ce principe une affinité plus grande que Je second principe qui en avait été séparé par elle. M. Geoffroy imagina de donner une table qui contenait, pour les substances les plus importantes ou les plus connues , l'ordre de la force d'affinité, suivant laquelle les autres y adhèrent. C'était d'après les observations que cette table avait été formée ; elle était comme le précis des résultats que l'on en pouvait tirer; elle réduisait à un petit nombre de faits simples et généraux la masse déjà très-grande des faits chimiques : elle pouvait servir à donner l'explication de plusieurs phénomèues nouveaux, c'est-à-dire, à montrer leur accord avec les faits déjà connus. Cette table eut le succès que méritait une idée si ingénieuse, et depuis ce temps il n'est presque pas de chimiste célèbre qui , dans ses leçons ou dans ses ouvrages, n'ait donné la table des affinités de

! >2 ÉLOGK DB M. BKRGMAN.

M. Geoffroy, corrigée, augmentée, perfectionnée. M. Bergman avait porté, dans l'étude de la chimie, des vues trop philosophiques pour ne pas sentir l'importance de cette table et ne pas s'occuper de la rendre plus utile. Mais il regardait ce travail comme devant former le résultat et le complément de tous les autres, et il avait calculé le nombre effrayant de trente mille expériences nécessaires encore pour la rendre aussi complète que nos connaissances le permettent. Aussi aurait-il retardé encore longtemps la publication de cet ouvrage, si le dépérissement de sa santé ne lui eut fait envisager une mort prochaine. Alors il se crut permis de mettre au jour les matériaux qu'il avait rassemblés, les idées qu'il aurait voulu éclaircir, les vues qu'il se proposait de vérifier ; il ne craignait plus le reproche d'avoir publié un ouvrage trop imparfait, de n'avoir fait que deviner ce qu'il aurait fallu prouver. // me suffit , disait-il, que mes essais puissent mettre les autres en état de porter plus loin leurs recherches. Qu'importe que la vérité soit trouvée par moi ou par un autre, pourvu quelle te soit.

Cependant cet ouvrage, si imparfait à ses yeux , ne l'a pas été aux yeux des autres chimistes. Sa table, incomparablement plus étendue que celle de M. Geoffroy, est la première qui contienne les lois des affinités, telles qu'on les observe en opérant par la vpie sèche, tl a eu de plus l'idée absolument nouvelle d'exprimer, par des espèces de formules, tontes les opérations chimiques dont les résultats servent de hase à sa table. Un seul coup d'œil fait voir les

ÉLOGE DE M. BERGMAN. 1 53

substances sur lesquelles on a opéré, la méthode employée et le résultat de l'opération.

Cette espèce de langue nouvelle mérite l'attention des philosophes ; le moment approche où la langue . Alphabétique ne sera plus ni assez rapide, ni assez riche, ni assez précise, pour répondre aux besoins des sciences et suivre leurs progrès; elles seront forcées de s'arrêter, ou il faudra créer pour chacune une langue dans laquelle des signes, invariablement déterminés , expriment les objets de nos connaissances, les diverses combinaisons de nos idées, les opérations auxquelles nous soumettons les productions de la nature, et celles que nous exécutons sur nos propres idées, qui soient enfin pour tous les genres de sciences, mais avec plus de perfection encore, ce que la langue de l'algèbre est pour l'analyse mathématique.

Personne, avant M.Bergman, n'avait mieux prouvé combien les lois des affinités sont constantes, et comment on peut, par un examen plus approfondi des phénomènes , rappeler à ces lois les faits qui paraissent le plus les combattre. Il montre en effet que la même substance agit tantôt comme n'étant qu'un seul principe, et tantôt comme étant elle-même décomposante, et par l'action séparée des différents principes dont elle est formée. Ici les principes, au lieu de se combiner deux à deux, se combinent trois à trois; là, une substance formée de deux principes est capable de conserver, avec une certaine quantité surabondante d'un de ses principes, une affinité assez forte pour enlever ce principe à une autre stibs-

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tance, et la décomposer. M. Bergman s'est borné à la table des affinités simples ou regardées comme telles : car peut-être n'en existe-t-il pas réellement dans la nature. La table des affinités doubles eût exigé un travail immense, que la durée trop courte de sa v2l ne lui a point permis de terminer.

Au mot d'affinité il substituait celui d'attraction élective; il employait le mot attraction, parce que cette force, comme l'attraction newtonienne , peut s'observer dans tous les corps de la nature , et tend à rapprocher, à unir les molécules entre elles; et il y ajoutait l'épithète élective, parce qu'elle n'est pas la même dans les molécules égales en masse , mais qu'elle varie suivant la nature des substances qui tendent à se combiner.

Dans cet ouvrage, rempli de tant de vérités, ou neuves , on éclaircies et mieux prouvées ; dans celui où , par la comparaison des masses de métaux qui se précipitent mutuellement, M. Bergman cherche le rapport des quantités de phlogistique qu'ils contiennent, on voit qu'il admettait une théorie différente de celle qui paraît presque généralement adoptée par les chimistes français. Dans M. Bergman, le soufre n'est pas une substance qui, s'unissant avec un des principes de l'air vital , forme de l'acide vitriolique; c'est une combinaison de l'acide vitriolique et du phlogistique. Elle- se change en acide lorsqu'elle perd ce phlogistique et qu'elle s'unit à la matière de la chaleur, qui est elle-même une combinaison du phlogistique et de l'air vital. Une terre métallique est , suivant M. Lavoisier, le métal uni à l'air vital : sui-

ÉLOGP PB M. BI-HGMAN. f 55

vant M. Bergman et M. Schéelle, c'est une terre unie à la matière de la chaleur, et le métal était la même terre unie avec le p h logistique. On voit combien les deux explications, qui peuvent paraître opposées au premier coup d'oeil, se rapprochent lorsqu'on vient à les considérer de plus près. Aussi rendent-elles raison des phénomènes avec un succès presque égal ; et jusqu'ici il paraît qu'aucune expérience vraiment décisive n'a ni confirmé ni détruit aucun des deux systèmes. Mais quand M. Bergman se serait trompé, la sincérité avec laquelle il n'a donné son opinion que comme la plus vraisemblable à ses yeux, la modestie avec laquelle il emploie le système d'explications proposé par M. Schéelle , lorsqu'il lui eût été si facile d'en imaginer un autre , devraient lui faire pardonner cette erreur. D'ailleurs on ne pourrait lui mire , sans injustice , le reproche de n'avoir pas assez étudié la nouvelle théorie des gaz, reproche qu'ont mérité peut-être quelques partisans du phlogistique , puisque, indépendamment de ses travaux sur le gaz aérien, sur le gaz hépatique des eaux sulfureuses, on lui doit la première explication solide de la détonation de l'or fulminant , détonation due à la production d'un air alcalin.

Une théorie de la terre fait partie des ouvrages de M. Bergman. Mais dans un discours sur la manière de chercher la vérité, ouvrage digne d'un homme qui avait commencé par donner de grands exemples, il nous apprend lui-même ce que nous devons penser de ces hypothèses philosophiques. Il croyait, comme M. Franklin, qu'il ne. peut y

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avoir dans ces systèmes d'autre mérite que la facilité de les faire , jointe à celle de les abandonner. Il croyait en même temps qu'en les envisageant comme de simples plans d'expériences ou d'observations, ils peuvent avoir quelque utilité : d'ailleurs, ils servent de cadre pour arranger les faits sous un ordre plus frappant ; en parlant à l'imagination, ils soutiennent une attention faible, que lasserait une suite non interrompue de discussions et de faits; et à cet égard ils sont en quelque sorte, dans les sciences, ce que sont dans la littérature ces romans de morale ou de politique, destinés à rendre l'instruction plus agréable et plus facile.

Les événements de la vie de M. Bergman sont peu variés. Placé comme professeur de chimie à Upsal, il n'en sortit plus que pour faire quelques courses scientifiques dans les mines , et pour aller prendre les eaux lorsque sa santé lui en avait rendu le secours nécessaire.

Il eut l'honneur d'être élu recteur de l'université. Cette compagnie n'est pas seulement un corps littéraire : propriétaire de grandes terres sur lesquelles elle exerce une autorité très-étendue, jouissant d'une juridiction sur ses membres et sur les écoliers; possédant un grand nombre de ces immunités, de ces privilèges, que dans les siècles qui nous ont précédés on regardait comme des encouragements, et qui ne servent qu'à décourager le talent, à ralentir l'activité en détruisant la concurrence, l'université d'Upsal est, au milieu de la Suède, une sorte de république. Les professeurs en sont les chefs; et tandis

ÉLOGE DE M. BERGMAN. I J'J

que dans les établissements littéraires, toutes les institutions devraient avoir pour but d'y maintenir la paix , et de dispenser leurs membres de toute occupation étrangère aux sciences, la constitution de cette université oblige les professeurs à des soius qui peuvent les écarter ou les dégoûter de leurs fonctions, et inspire aux autres corps de l'État, aux personnes puissantes, le désir de s'y faire des créatures, d'y avoir de l'influence. Ses membres pourraient être tentés quelquefois d'oublier que ce n'est pas leur intérêt, mais l'intérêt commun des citoyens, qui a été l'objet de leur établissement ; et de sacrifier leur véritable devoir, le zèle pour le progrès des sciences, à cet esprit de corps aussi méprisable dans son principe, moins raisonnable dans ses motifs que l'intérêt personnel , mais plus audacieux dans ses excès, et moins susceptible d'être contenu par l'honneur ou parla crainte. Chef de cette université, alors partagée en deux grands partis, celui des théologiens unis aux jurisconsultes, et celui des physiciens , tyL Bergman ne s'occupa que de maintenir entre eux l'union, l'égalité même, quoiqu'il eut contribué plus que personne à faire pencher la balance du côté du parti trop longtemps le plus faible ; et l'époque de sa magistrature est remarquable dans les fastes de ce corps, par le petit nombre d'affaires et de délibérations que présentent les registres. Elle le fut aussi par la sagesse de la conduite des écoliers ; ils sont en grand nombre , presque tous audessus de l'enfance et dans le premier âge des passions : souvent ils avaient éludé ou bravé la sévérité

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des règlements, et ils furent subjugués par leur respect pour la gloire de leur chef et leur admiration pour son génie. M. Bergman savait que le premier dans une société savante, u'est ni le chef de cette société , ni l'homme dont la voix y a le plus d'influence, mais celui qui s'est illustré par un plus grand nombre de découvertes , ou qui en a fait de plus importantes.

Le roi de Prusse désira d'attacher M. Bergman à son académie. Le savant suédois hésita un moment : sa santé, altérée par le double travail de l'enseignement et des recherches chimiques , pouvait se rétablir dans un climat plus doux; il aurait pu s'y livrer sans partage à des travaux académiques. Mais le roi de Suéde avait été son bienfaiteur particulier ; il sut que sa retraite affligerait ce monarque, et il n y songea plus : seulement il demanda au roi de ne pas lui faire perdre le mérite de ce sacrifice en augmentant ses appointements; .mais sa demande ne fut point écoutée.

La réputation d'un savant illustre s'accroît par celle de ses disciples. Son nom se présente à la postérité entouré des noms célèbres qui ont dû à ses soins une partie de leur éclat; il conserve enfin sur les découvertes faites dans son école, une espèce de droit de suzeraineté. Parmi les chimistes formés par M. Bergman, nous citerons surtout M. Schéelle, parce qu'il est plus particulièrement son ouvrage. Un des auditeurs de M. Bergman découvrit par hasard, chez un apothicaire d'Upsal , un jeune élève à qui Ton reprochait de négliger les travaux de son

ÉLOGE DE M. BEAGMA.IT. I 5ç)

état en s'abandonnant à son goût pour la chimie. Il vit ce jeune homme , fut surpris des recherches ingénieuses auxquelles il avait pu se livrer dans un laboratoire particulier, que, malgré la médiocrité de sa fortune et la géne à laquelle il était soumis , il avait su se former: cet élève était M. Schéelle. M. Bergman, instruit de cet événement , voulut voir ce jeune homme, fut étonné de ses connaissances , de ses dispositions heureuses : ce génie naissant ne put échapper à la sagacité d'un maître habile ; dès ce moment M. Schéelle fut son disciple chéri , bientôt son cligne émule, et toujours son ami. Au lieu d'affecter sur lui cette supériorité à laquelle un maître renonce avec tant de peine, M. Bergman se trouvait assez grand pour ne vouloir que l'égalité; et loin de chercher à s arroger quelque droit sur les travaux de M. Schéelle , on lit dans ses lettres à des chimistes étrangers, qu'il voyait avec une véritable douleur que l'erreur les lui attribuât quelquefois. Sa conduite à cet égard fut la même pour tous ses disciples; exact à les citer, ardent et habile à faire valoir leurs travaux, il allait au delà même de la justice rigoureuse, qui malheureusement aurait encore été un mérite.

La célébrité de M. Bergman lui avait fait des disciples dans toutes les contrées de l'Europe. En France, nous citerons en particulier deux magistrats qui honorent la magistrature par leurs lumières, par leur zèle ardent et éclairé pour le progrès des sciences , par le courage avec lequel ils se sont élevés au-dessus des préjugés, et qui en même temps ont fait bon-

ÉLOGE 1>E M. liEKGMAN.

neur aux sciences par l'esprit d'humanité, de raison, de patriotisme éclairé qu'ils ont porté dans leurs fonctions. On reconnaîtra ici MM. de Morveau et de Virli. L'un d'eux, M. de Virli, voulut même aller entendre M. Bergman en Suède , et profiter de ses leçons; et nous devons à M. de Morveau la traduction . de l'ouvrage où , sous le titre modeste d'Opuscules, M. Bergman a rassemblé les plus importantes de ses recherches.

L'usage de l'Académie de Stockholm est de partager entre ses membres le travail des éloges décernés à ceux qu'elle a perdus. M. Bergman se chargea de celui de Wallerius qui avait été constamment injuste envers lui, et même envers la chimie, sur laquelle son aversion s'était étendue. Nous ne le louerons point d'avoir oublié en ce moment son ancienne injure; mais il était utile que le mérite réel de Wallerius fût apprécié par un homme fait pour le bien connaître, dont le suffrage ne serait pas suspect, et M. Bergman fut assez sùr de lui-même pour ne pas craindre de confondre les limites étroites qui séparent la justice de la sévérité , et l'indulgence qu'on doit à un ennemi , d'une générosité qui serait un outrage.

La passion de M. Bergman pour les sciences avait épuisé sa constitution naturellement ardente et délicate. Il prodiguait sa santé , non-seulement pour les travaux qui pouvaient lui procurer des connaissances nouvelles ou lui mériter de la gloire , mais encore pour ceux qui, n'étant utiles qu'à l'instruction de ses disciples , ne lui offraient d'autre récompense

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que le plaisir d'avoir rempli son devoir. Fendant quelque temps les eaux minérales artificielles suspendirent ses maux, et ce fruit de ses travaux répara une partie du mal qu'ils lui avaient fait. Les eaux de Medewi, en Suède, lui sauvèrent une fois la vie; mais en 1784 il eut encore besoin de ce secours, elles ne lui firent plus aucun effet, et, le 8 juillet de la même année, il succomba sous le poids de ses maux, victime de son zèle pour ses devoirs et pour la chimie. Il n'avait pas encore cinquante ans, et depuis longtemps son nom était , dans les sciences , un des premiers de l'Europe.

Jean-François-Clément Morand, docteur -régent de la faculté de médecine de Paris , premier médecin du cardinal de Bavière électeur de Cologne ; des Académies des sciences de Stockholm, de Harlem et de Bruxelles; de la Société royale de Londres; de l'Académie de médecine de Madrid ; de la Société botanique de Florence; de la Société économique de Berne, et de la Société d'émulation de Liège; pensionnaire anatomiste de l'Académie des sciences , naquit à Paris le 29 avril 1726, de Sauveur-François Morand, de cette Académie, et de Marie-Clémence Guérin.

Le père de M. Morand comptait parmi ses parents plusieurs chirurgiens célèbres; lui-même s'était illus- III. 11

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tré dans cette profession, et avait contribué à lui faire obtenir la juste considération dont elle jouit de nos jours. Il était naturel qu'il désirât d'avoir dans son fils un successeur, qui soutint le nom que sa famille avait acquis dans la chirurgie. Mais quoique le jeune Morand eût pris pour Fan a to mie le goût qu'il serait difficile qu'un si bon maître et un exemple si glorieux n'eussent pas réussi à lui donner, il préféra l'état de médecin.

Le goût uaturel de M. Morand le portait à cultiver les sciences, mais beaucoup moins à en approfondir une en particulier, qu'à les effleurer toutes, et à rassembler sur chacune les faits singuliers ou importants, les observations neuves ou utiles qui s'offraient à sa curiosité, et qu'il cherchait avec une activité infatigable. En parcourant ses observations répandues dans une foule de recueils différents , on est également surpris de leur nombre et de leur variété. Des analyses d'eaux minérales , des observations sur la composition ou les effets de remèdes nouveaux , et sur l'utilité de divers instruments de chirurgie; l'exposition de plusieurs maladies extraordinaires observées, soit dans l'homme, soit dans les animaux, et propres à éclairer sur les secrets de l'économie animale ; des remarques sur quelques phénomènes de botanique ou de météorologie; l'histoire d'un insecte, la description d'une mine ou d'une montagne, des observations sur l'altération que différentes substances ont éprouvée ou dans la terre, ou dans la mer ; des dissertations sur des antiquités , et enfin jusqu'à des recherches sur le Heu de la sépul-

ture de cet Hermite Pierre, le premier auteur des croisades , qui doit son immortalité à l'honneur funeste, mais rare pour un particulier, d'avoir été la première cause de la mort de plusieurs millions d'hommes : tel est le tableau très-abrégé et très-incomplet de ce qu'offrent les ouvrages épars de M. Morand.

En 1759 , il entra dans l'Académie comme adjointanatomiste , et on trouve dans les Mémoires de la même année, sa dissertation sur la construction intérieure et l'usage du thymus. Cet organe singulier existe dans la poitrine du fœtus des animaux vivipares , croît avec eux , et continue même de croître encore dans les premiers temps qui suivent la naissance; bientôt après il diminue, s'oblitère et disparaît presque en entier. Il exerce donc, dans les premiers temps de la vie, des fonctions qui deviennent ensuite inutiles à la conservation de l'individu , et n'entrent plus dans Tordre des lois d'après lesquelles il doit exister. Comme les conjectures des anatomistessur ces fonctions étaient peu satisfaisantes, M. Morand a cru devoir en former de nouvelles; et il suppose que, pendant le temps de la gestation* le thymus sépare du sang la partie laiteuse que lui fournit Je placenta. Elle passe du thymus dans le canal thorachique, pour prendre enfin la route que suit le chyle dans les animaux adultes. Lorsque l'animal est né et qu'il respire , ce même organe peut encore servir à la sécrétion d'une partie du sang , tant que la nouvelle route que prend alors la circulation n'est pas assez établie, et que le poumon n'exerce pas ses

fonctions d'une manière complète. La position du thymus , sa construction intérieure , la nature des vaisseaux qui le parcourent, tout semble concourir à rendre vraisemblable cette opinion de M. Morand ; et c'est beaucoup en ce genre, où l'ignorance , peutêtre à jamais invincible, du premier principe de la vie, ne permet guère de s'élever au-dessus de la vraisemblance.

M. Morand s'occupa bientôt après d'un travail d'un autre genre. Il se chargea de donner à l'Académie la description de l'art d'exploiter les mines de charbon de terre ; minéral dont la nature semble avoir tenu en réserve des masses immenses pour le temps où l'industrie des hommes aurait perfectionné tous les arts , sans lesquels ce minéral serait resté ou inutile ou même inconnu. Cette précaution est d'autant plus bienfaisante, que les progrès des arts accompagnent nécessairement ceux de l'agriculture, qui ne peut elle-même se perfectionner sans faire disparaître de la surface de la terre les forêts immenses qui la couvraient. En effet, la disette de bois, dont on se plaint déjà depuis longtemps, n'est que la suite infaillible des progrès de l'agriculture et du commerce. Les forêts doivent diminuer jusqu'à ce que le bois ait acquis le prix naturel qu'il doit avoir relativement aux autres productions, et que ce prix soit assez fort pour en rendre la culture avantageuse. Ainsi, les moyens de multiplier les usages du charbon de terre et de les répandre, sont devenus un objet important , non pour ménager le bois , mais pour le rendre moins nécessaire, laisser plus de ter-

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rains à d'autres productions , et le réserver pour des usages dans lesquels il peut être plus difficilement remplacé.

Les travaux de M. Morand, sur le charbon de terre, renferment à la fois tout ce que les sciences peuvent apprendre sur son origine ou sur sa nature, et les plus petits détails des travaux nécessaires pour le tirer de la mine, ou des usages économiques auxquels il peut être utilement employé. M. Morand prenait au charbon de terre, aux ouvrages qui en ont traité, aux manufactures qui le consomment, à tout ce qui a quelque rapport, même éloigné , aveccette substance , cet intérêt vif, cette espèce d'enthousiasme que l'objet d'une longue occupation ne manque guère d'inspirer, dont ceux qui ne le partagent pas ne peuvent s'empêcher de s'étonner, que dans le premier mouvement on serait tenté de trouver ridicule, mais qu'on respecte, par réflexion, comme la 'source de presque tout ce qui se fait d'utile.

M. Morand entreprit un grand travail relativement aux états de population , objet important en politique comme en médecine. Il rassemblait avec soin , tous les ans , ce qu'il lui était possible de recueillir, et il se proposait de donner chaque dixième année, le résultat de ses observations dans les Mémoires de l'Académie des sciences; mais il n'a pu exécuter ce projet que pour deux époques, celle de 1770 et celle de 1780. Les recherches de ce genre n'ont encore , parmi nous, ni obtenu toute l'estime, ni excité tout l'intérêt qu'elles méritent , soit parce que

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l'art d'en tirer des résultats est encore et peu connu et peu avancé, soit parce quelles assujettissent l'esprit à une marche trop simple et trop régulière, qui conduit à quelques vérités utiles, mais avec beaucoup de travail et très-peu de gloire; au Heu qu'on peut obtenir à peu de frais une renommée plus brillante, en renfermant des demi-vérités ou même des erreurs dans des maximes vagues, mais imposantes, et en les embellissant des formes de l'éloquence.

Quoique M. Morand n'eût presque jamais pratitiqué la médecine , il n'en était pas un membre moins zélé de la faculté. 11 y a souvent présidé à des thèses, dont quelques-unes avaient pour objet des questions curieuses : telle est celle où il demande si les héros produisent des héros.

Cette question de la ressemblance des pères aux enfants, dans les qualités morales, est sûrement une des plus dignes d'occuper les physiciens et les philosophes; mais il faudrait, pour la résoudre, avoir rassemblé un nombre d'observations d'autant plus grand, qu'il s'y trouve une source particulière d'incertitude à laquelle on ne doit pas sans doute attacher une importance trop grande, mais qu'il serait imprudent de négliger.

L'humanité, le zèle de M. Morand pour le bien public, ne lui permettaient pas de refuser ses secours toutes les fois qu'une maladie épidémique ou extraordinaire réclamait son assistance. Il donnait ses soins aux malheureux et à quelques amis; il était même le médecin de trois communautés religieuses.

qui , par la confiance qu'elles lui avaient montrée , avaient vaincu sa répugnance pour la pratique. Cette confiance n'a pas été trompée, si on en juge par leurs regrets et par le désir qu'elles m'ont témoigné de rendre ici en leur nom, à M. Morand, un témoignage public de leur reconnaissance.

M. Morand, fils d'un ancien académicien, était né, pour ainsi dire, dans le sein de cette compagnie ; il en avait connu dès l'enfance le régime intérieur, et il l'aima toujours comme sa patrie. Sévèrement attaché à la règle , même dans les petites choses ; ennemi des innovations, mais sans avoir l'humeur qui accompagne presque toujours cette disposition , et qui en trahit alors le motif; ceux même dont il combattait les opinions , respectaient la sincérité de son zèle et la pureté de ses intentions. Nous l'avons vu remplir, il y a peu d'années , les fonctions de directeur, avec ce mélange d'amour pour la règle et de condescendance pour ses confrères , que doit réunir le chef annuel d'une compagnie où il ne peut voir que des égaux; tandis qn'il savait soutenir les intérêts de son corps avec cette dignité modeste si con venable au représentant d'une académie qui doit toute sa considération à son utilité réelle , et au mérite personnel de ceux qui la composent.

La santé de M. Morand paraissait nous promettre de conserver encore longtemps un confrère qui nous était cher ; mais il fut attaqué d'une péripneumonie maligne, le 9 août 1784* et il y succomba le 1 3 du même mois, laissant une femme à laquelle il était uni par une amitié très-tendre, et dont il ne lui res-

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tait pas d'enfants, et un frère, chanoine de la Sainte* Chapelle.

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