ÉLOGE DE CASSINI
César-François Cassini de Thury, noble siennais, maître des comptes; directeur de l'Observatoire; de la Société royale de Londres, de l'Institut de Bologne; des Académies de Berlin et de Munich; pensionnaire astronome de l'Académie des sciences, naquit à Paris, le 17 juin 17 14, de Jacques Cassini et de Suzanne-Françoise Charpentier de Char moi.
Quoique la famille de M. Cassini , connue depuis plusieurs siècles en Italie, fût comptée parmi les familles sénatoriales de Sienne, dès le temps du cardinal Cassini, archevêque de cette ville en i4*6, et qu'il y ait eu un second cardinal de ce nom dans la promotion de 1 712, c'est aux sciences qu'elle doit sa principale illustration. Le nom de Dominique Cassini sera longtemps cité parmi ceux dont s'honore un siècle fécond en hommes de génie; et, ce qui est sans exemple dans notre histoire, M. le comte de Cassini notre confrère, fils de M. de Thury, est le quatrième académicien en ligne directe de cette famille qui , depuis 1669, a constamment et sans interruption donné des astronomes à l'Académie.
Le nom de Cassini imposait, pour ainsi dire, au jeune Thury, l'obligation d'étudier l'astronomie, et do se rendre digne de succéder à son père à FObser-
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vatoire comme parmi nous. M. Ma raidi voulut se charger de diriger les premières études du petit-fils de Dominique Cassini , dont il était l'élève et le neveu ; ses soins, aidés des heureuses dispositions de M. deThury, eurent un si heureux succès, qu'ayant à peine dix ans, le jeune astronome calcula les phases de l'éclipsé totale de soleil qu'on attendait pour l'année 1727. En 1735, il fut reçu à l'Académie, comme adjoint surnuméraire , à l'âge de vingt et un ans ; son père y avait été admis beaucoup plus jeune, à dix-sept ans seulement. On peut croire que dans ces adoptions, en quelque sorte prématurées, l'Académie avait compté pour quelque chose le nom de Cassini, et que dans l'empire des sciences, comme ailleurs, une naissance illustre peut aplanir tous les chemins; mais si, dans cette carrière, ce mérite étranger aide quelquefois au talent, du moins il ne peut dispenser d'en avoir; et il serait à désirer qu'on pût en dire autant des avantages que la naissance procure dans d'autres états.
Les premiers travaux de M. Cassini eurent pour objet la vérification de la méridienne qui passe par l'Observatoire. Il y travailla d'abord avec son père , et ensuite avec M. l'abbé de la Caille. Cette méridienne avait été tracée par Dominique Cassini ; sou fils et Picard avaient eu part à ce travail ; mais les valeurs qu'ils avaient trouvées pour les degrés du méridien en France et pour le degré de longitude pris à Paris, tendaient à faire regarder la terre comme allongée, tandis que les expériences du pendule, la mesure d'un degré de latitude, faite près du pôle,
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conduisaient à supposer à notre globe une forme aplatie, la seule qui pût s'accorder avec la théorie neutonieune. Il paraissait donc nécessaire de vérifier
de nouveau les anciennes mesures, et surtout celle de la base, quoique exécutée par Picard, puisque toutes les autres en dépendaient. MM. Cassini s'en chargèrent, y découvrirent une erreur de quelques toises ; et Jacques Cassini , après avoir longtemps combattu contre l'aplatissement de la terre, eut le mérite d'avoir contribué à détruire la seule objection raisonnable qu'on put opposer à cette opinion.
En même temps que les astronomes vérifiaient, corrigeaient tontes ces mesures, ils prolongeaient à l'orient et à l'occident de Paris la perpendiculaire à la méridienne. On avait aussi formé le projet de faire une description géométrique de la France. Le jeune Cassini s'occupa de ces travaux avec toute l'activité de son âge. Il conçut le plan plus étendu de ne pas borner cette description à la détermination des points des grands triangles qui devaient embrasser toute la surface du royaume, mais de lever le plan topographique de la France entière, de déterminer, par ce moyen, la distance de tous les lieux à la méridienne de Paris et à la perpendiculaire à celte méridienne. Jamais on n'avait formé en géographie une entreprise plus vaste et d'une utilité plus générale. C'était, en effet, un préliminaire absolument nécessaire pour parvenir à une connaissance approfondie et détaillée de la France. On ne se bornait pas à marquer sur la carte tous les objets, même jusqu'à des chaumières isolées; on devait y figurer les ter-
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rains , autant qu'il était possible de le faire, par de simples hachures. Ces cartes, ainsi exécutées, devenaient une espèce de cadre, dans lequel toutes les connaissances particulières, tous les détails sur l'élévation des terrains, la pente et la direction des eaux, sur l'histoire naturelle, sur les productions de chaque pays , sur l'étendue des phénomènes de l'atmosphère , sur la population et l'histoire naturelle de l'homme, les limites même des coutumes, des différentes administrations, des lois de finance ou de commerce, venaient se ranger dans un ordre méthodique qui permettait d'en mieux saisir l'ensemble , d'en tirer des conclusions plus exactes. Cette base une fois donnée , si on se proposait d'acquérir une idée générale et exacte de la France, ou d'une de ses provinces, la partie du travail la plus pénible, la plus dispendieuse devait se trouver toute préparée.
Une entreprise si utile, mais en même temps si difficile, exigeait, de la part du gouvernement, des secours extraordinaires, et M. Cassini en obtint sans peine.
Le feu roi, qui avait appris la géographie dans son enfance du célèbre Guillaume de l'Isle, avait conservé pour cette science un goût assez vif : d'ailleurs, il n'en est point d'une utilité plus immédiate dans la plupart des opérations du gouvernement, et dont le besoin se fasse plus sentir à presque tous les instants. Elle a même encore l'avantage, non moins grand , de rendre plus facile l'acquisition de toutes les connaissances qui peuvent être nécessaires aux
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princes. Mais, malgré l'intérêt constant que le roi prenait à cette entreprise, M. de Sechelles supprima les fonds que ses prédécesseurs avaient accordés. Le roi, qui aimait M. Cassini, voulut se charger de lui annoncer lui-même cette fâcheuse nouvelle. Sire y lui dit M. Cassini, que Votre Majesté daigne dire seulement qu'elle voit avec peine la suspension de cette entreprise, et qu'elle en désire la continuation, je me charge du reste. Le roi y consentit, mais en plaisantant M. Cassini sur l'inutilité de cette marque d'intérêt; car ce prince, après plus de trente ans de règne, ue connaissait pas encore toute l'influence que l'opinion du monarque a sur les courtisans.
Cependant, M. Cassini forma le plan d'une compagnie qui se chargerait de faire les avances, et qui , devenue propriétaire de l'entreprise, retirerait ses fonds sur la vente des cartes. Le mérite de rendre l'activité à un travail dont le roi regrettait la suspension, et l'avantage d'acquérir le droit de lui parler d'un objet qui lui était agréable, déterminèrent plusieurs courtisans à entrer dans cette compagnie ; quelques citoyens se joignirent à eux dans la vue de contribuer au succès d'un ouvrage utile.
L'entreprise se continua sous cette nouvelle forme, avec plus de rapidité et de méthode. Bientôt le gouvernement accorda quelques encouragements; différentes provinces contribuèrent à la dépense,. et M. Cassini a eu la consolation de voir terminer presque entièrement un travail si étendu, et d'en devoir à lui-même presque tout le succès.
Les points des triangles avaient été déterminé»