ATTRIBUÉS A COQUILLART
alîot du Pré ( 1 5 5 1 ) est le premier qui donne les deux pièces qui suivent.
II n'en est fait aucune mention danslës'quatFe éditions antérieures (veuve Tropperel , Jehan Janot , Alain Lotrian, Jehan Trepperel , etc.). Faut-il conclure de ce silence que le Monologue du Puys et le Monologue des Perrucques ne sont pas de Coquillart ? M. Tarbé repousse nettement cette conclusion. Il y a là , cependant , matière à discussion.
Les premiers éditeurs connoissoient-ils ces deuxpièces? M.Tarbé en est persuadé. Avoientils quelque raison pour en négliger, pour en redouter la publication? M. Tarbé n'en trouve aucune quant au Monologue du Puys, qui se-
roit, en effet, la plus innocente des pièces de Coquillart. Mais, selon lui, la publication de l'autre pièce étoit délicate et dangereuse, i® parce qu'il y avoit des allusions à Reims, 2» parce qu'une famille rémoise y est nommée, 30 parce qu'il y a une allusion au cumul des évêchés , allusion peut-être applicable à l'archevêque Pierre de Laval, 4° parce que cette pièce est plus hardie que les autres. Il en conclut que Coquillart eut tout intérêt à ne pas la laisser publier dans l'édition de 1491 ; mais Alain Lotrian, successeur de l'éditeur de 1 49 1 , c'est-à-dire possédant probablement les manuscrits de Coquillart, voyant que «le temps avoit marché et que les hardiisssèS né pourvoient plus blesser personne» > les imprima cri 1 5 2 5 , et fit sagement.
Cette argumentation est malheureuse de tous points. L'édition de 1491 est une fantaisie de M. Tarbé; celle qu'il met à cette date parut après 1 5 20 , et la première édition connue des œuvres complètes de Coquillart fut publiée après la mort du poète. Alain Lotrian constata sans doute que le temps avoit marché entre l'an 1 49 1 et l'année 1 5 2 5 , du moins je veux bien le croire ; mais cette sagacité d'invention ne le conduisit pas à la découverte du Monologue des Perrucques, qui, pas plus que le Monologue du Puys, ne se trouve dans son
Poésies att. a Coquillart. 2J9
édition. Les allusions ne sont pas plus clsûres dans ces monologues que dans les autres pièces. On y parle de Reims une fois , par hasard,, pour la rime , sans aucun intérêt pour l'ouvrage , qui est au contraire rempli de souvenirs parisiens. L'allusion à la famille Rémoise me paroit avoir la même origine que l'édition de 1491 . L'allusion à Pierre de Laval est vague, sinon imaginaire, et, d'ailleurs, cet archevêque étoit mort depuis vingt ans au moins lors de la première apparition des œuvres complet tes du poète Rémois. Enfin, le Monologuedes Perrucques est brutal , sans doute , mais non plus hardi que le reste des écrits de CoquUlartv
Il faut donc le reconnoltre , rien ne prouvé que le premier éditeur ait connu ces deux Mo^ nologues, et que ce soit unî(||uement par prudence qu'il les ait laissés de côté. Mais le hasard est toujours là : il a pu révéler à GaHot du Pré ce qui avoit échappé à ses prédécesseurs. Cela est évident. Nos observations portent sur la théorie de M. Tarbé, non sur là théorie. des cas fortuits, et nous ne prétendons pas. circonscrire la puissance du hasard. Nous-méme nous avons espéré trouver quelques nouveaux vers de Coquillart; Galiot du Pré a pu avoir la même espérance et mieux réussir.
En étudiant à fond les deux Monologues en question, les mêmes doutes se présentent. Le
premier a une extrême ressemblance , comme style et comme méthode , avec le Monologue Coquillart ; mais nous avons trouvé cette même ressemblance, aussi parfaite à coup sûr, dans le Monologue du Résolu de Roger de Gollerye, et il faut avouer que cette ressemblance est plutôt celle d'un pastiche bien réussi que celle qu'ont entre elles deux œuvres analogues écrites par le même poète. Certains passages du Puys paroissent faits avec des phrases, des locutions, des vers entiers découpés dans le Monologue Coquillart. Dans ces endroits il y a imitation incontestable. A côté de cela, d'autres parties sont vives, hardies, délibérées, bien venues, indiquant un esprit original et un esprit semblable à celui de notre poète. Il est évident, d'ailleurs, que ce pastiche peut être son fait, et que nul autant que Coquillart n'avoit le droit et la possibilité d'imiter et de voler Coquillart.
Mêmes difficultés dans l'appréciation du Monologue des Perrucques. Il y a là , sans doute, quelque chose de particulièrement grossier, d'amer et de brutal ; mais il est évident, d'autre part, que là encore certains passages sont tout à fait selon l'esprit , le style et la méthode de Coquillart , et cette fois sans aucune apparence de pastiche.
La conclusion à tirer de tout ceci est assez
Poésies attribuées. 241
difficile. On a vu cependant dans notre préface que , malgré toute objection , nous regardons <:es Monologues comme ayant été faits par Cchijuillarî. C'est avec cette formule , en effet , que Galiot du Pré les annonce, et tous les éditeurs répètent après lui que ces pièces sont bien du poète Rémois. Il nous a paru qu'il y avoit là présomption assez forte pour faire disparoîtfe toute incertitude. Galiot du Pré don^noit son édition vingt ans après la mort de Coquillart, au moment où les neveux de ce dernier avoient à Reims des positions élevées, honorables, respectées, qu'ils dévoient surtout à la gloire jetée sur leur nom par Ip vieux poète. A ce moment-là même les premiers éditeurs, ou du moins leurs associés, leurs succès^ seurs immédiats, vivoient et imprimoient en-r core. Il nous a semblé difficile de supposer que Galiot du Pré eût osé faussement attribuer à Coquillart une pièce sans jgrande valeur comme le Monologue du Puys ; une pièce particulièrement grossière , comme le Monologue des Perrucques. Alain Lotrian, Jehan Trepperel II, ' n'avoient-ils pas tout intérêt à le démentir ? Guillaume Coquiilart, le Jeune, alors chanoine , n'avpit-il pas toute raison de ne pas laisser mettre à tort son nom en tête de telles œuvres? Cependant ces deux pièces furent réimprimées plusieurs fois , toujours avec cette
Coquiilart. — II. i5 .
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même annonce : faicîespar Coquillart, Un nouveau Guillaume Coquillart s'acheminoit vers le canonicat, Jehan Coquillart étoit nommé député du tiers état, Pierre Coquillart étoit procureur des habitants de Reims ; jusqu'à la fin du XVIe siècle il y eut là un membre de cette famille honoré et puissant, et les Juste , les Bonnemère, les Denys Jannot , les Mamef, les Bonfons et les Rigault , venoient l'un après l'autre affirmer que ces œuvres étoient bien de Coquillart. Il nous eût fallu supposer qu'un membre de la famille du poète Rémois se fût, après la mort de celui-ci , amusé à continuer une telle poésie , à la continuer comme s'il eût été lui-même un homme du XVe siècle, avec un redoublement de cynisme , avec une grossièreté cette fois sans excuse, approuvée, encouragée, néanmoins, partant d'illustres représentants de la cité de Reims!
Nous avons préféré admettre les présomptions qui conseillent d'attribuée à notre poète les deux morceaux que nous allons mettre d'ailleurs sous les yeux des lecteurs.
Monologue du Puits. 24;
Cy commance le Monologue du Puys faict par coquillart.
'orriersmignons,hantansbanquetz^ [Gentilz, fringans, dorelos, Portés vous plus les affiguetz ,
Ne ies^rôbbes de camelos,
Mûtes argenteuzes, petis œullades ',
Entretenés voz plus voz tours
De faire donner les aubades
Que souUiés faire tous les jours » ?
Où estes vous, chans de linotes.
De chardonnelés ou serins,
Qui chantés de cy 5 plaisans notes
Soubz les treilles de ses jardins P
Où estes vous les tabourins,
Les doucines4 et les rebectz ,
1 . La construction de la phrase semble demander pouf les mots mottes et œillades la signification de bijoux ; il est difficile de lés comprendre autrement que comme quelques-uns de ces affiquets dont on vient de parler. Les premiers seroient donc quelques bijoux ronds en argent , les seconds quelques bijoux ovales ornés de pierre» précieuses, de diamants fort brillants lançant des œillades^