‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 4 sur 157 · IKE · texte numérisé non relu

IKE

Votre majesté vient de me faire une grâce si peu méritée, que j'ose à peine lui offrir l'hommage de ses propres bienfaits : témoin des merveilles de votre règne, je devrois rougir de les avoir si mal célébrées, tandis que votre majesté daigne immortaliser mes ouvrages? Quel Bonheur fut égal au mien ? j'ai commencé de voir le jour sous l'empire

XTI ÉPITRE Atr ROL'

(d'un roi si grand, que, sans son successeur, il n'attroit jamais eu de rival *, j'ai vieilli sous les lois du ^lus aimable et du meilleur de tous les rois ; j'ai vu naître, pour|^insi dire, sa gloire, je l'ai vue chaque jour prendre un nouvel éclat, et je la vois 'enfin consommée par le don d'une paix qui ne peut être envisagée sans admiration , ni oubliée sans ingratitude. •

Je suis , avec le plus profond respect et la pbs parfaite soumission ,

Sire,

de votre majesté

le très humble ^ très obéissiint et très ddèle sujet et serviteur;

Prosp£r Joltot de^Grébillov.:

P R ÉFAC E.

J'atois résolu de donner une dissertation sur là tragédie; mais depuis quelque temps il a paru un si grand nombre de discours sur cette matière déjà tant rebattue , et presque toujoun sans Aiiit, que j'ai craint de tomber dans des redites. Jamais les auteurs ne furent mieux instruits des règles et des finesses de l'art, on en peut juger par leurs préfaces; il seroit seulement à souhaiter que les ouvrages qui les occasionnent se ressentissent un peu plus de ces préliminaires si brillants : d'ailleurs que dirois-je à mes contemporains , qu'ils ne sussent aussi bien que moi ? Ceux qui sont doués d'un génie heureux puisent des leçons dans leurs propres 'talents; ceux qui en sont dénués n'ont besoin que d'un 'seul précepte, c'est de ne point écrire. On serapeut>étre surpris que dans le cours d'une assez longue yie }e ne me sois point occupé à retoucher mes ouvrages, surtout depuis que le roi a daigné en ordonner l'impression à son imprimerie royale ; bienfait qui , en me comblant de gloire , seroit seul capable de confirmer le public dans la bienveillance dont il ma toujours honoré, et dont il m'a donné des marques si particulières : mais je n'ai jamais eu grande foi aux corrections , la plupart ne sont que des fautes» nouvelles. Lorsqu'on n'est plus dans la chaleur des premières idées , on ne peut trop se

xyni P R*É FACE.

défier des secondes. Un autre motif m'a engagé à me laisser tel que j'étois quand le public m'a pris sous sa protection ; comme je ne me flatte pas de pouvoir devenir un modèle , mes défauts pourroat servir d'instruction : peut-être qu'en m'examinaat de près me» successeurs seront à leur tour tentés de faire Texamen de leur conscience; ils en sentiront mieux K4 dangett d'une carrière aussi ^ineuse que celle du tkéâtre , quand ils verront qu'un homme né avec une sorte de talent pour la tragédie, et éclairé par les pièces de Corneille et de Racine , n'a pu éviter des écueils que vraisemblablement il devoit avoir aperçus. Je suis d'autant moins ex* cusable que j'ai connu parfait«ment les beautés de la tragédie , et que j'ai mieux que qui que ce soit senti mes défauts. Ai- je atteint ce que )'ai si parfaitement connu? me suis- je corrigé de ce que j'ai si bien senti ? Je n'ai pu me garantir d'un vice qui nous est commun à tous^et qui est la véritable source de nos dérèglements poétiques , je veux dire l'impatience f quelquefois l'entêtement , et encore plus souvent l'orgueil. L'impatience n'est pas tout-à-fait sans fondement ; un auteur qui a fuit cboix d'un sujet, et qui s'est cru obligé de le communiquer, ainsi que ses idées , craint qu'on ne le lui vole ; et , à la honte des lettres , ces sortes de larcins ne sont que trop familiers , du moins si Fon s'en rapporte k ceux qui revendiquent ce qu'on leur a pris. Mais ces craintes doivent • elles l'emporter sur ce que nous devons au public , et sur ce que

l^RÉFAGB. XIX

nous nous devons à nous-mémM; et nous engager à précipiter nos compositions ? il vaut encore mieux être pillés que sifilés. Il n'y a pas un défaut dans nos plans dont nou5 ne so^rons frappés les premiers ; mais après les avoir bien discutés nous ne songeons souvent cpi'à nous les justifier, flattés du fol espoir de pouvoir les couviir si bien qu'on ne s'en doutera seulement pas : si des amis clairvoyants nous en font apercevoir, nous répondons avec vivacité que , pour éter ce défaut prétendu , il faudroit refendre toute la pièce ; que Corneille et Racioe sont pleins de ces fautes. Mais si à la fin on parvient à nous faire ouvrir les yeux, alors, pour concilier le sentipient de nos amis nvee notre amour-propre, nous employons plus d'esprit, d'art et de tempis pour pallier ce défaut, qu'il ne nous en auroit fallu pour faire deux nouveaux actes. Une autre erreur aussi dangereuse pour le moins , c'est de prétendre qu'un défaut qui produit de grandes beautés ne doit pas être compté pour undéfaiiFt : je ne l'en trouve, moi, que^lus énoi*me , dès qn^on est capable d'enfanter de grandes beautés, on ne peut leur donner une sourœ trop pure. Qu'arrive-t-il enfin? les défauts percent, et sont saisis par le public, à qui rien n'échappe; et on ne manque pas de se récrier contre sa dureté. Non» avons tort : l'indulgence du public va jusqu'à l'extrême patience ; son amour pour les spectacles lui fait passer bien des choses que nos plus zélés partisans ne nous pardonneroient pas. . Si on

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