XX PRÉFACE
xetranchoit de nos pièces tout ce qu'il^ a'd'inimle, BOUS mourrions de frajeur k l'aspect du squelette. Que de dissertations, que de métaphysique sur les effets des passions, que leurs mouvements déyelopperoient de reàte, si nous nous attachions purement et simplement à l'action, que nous interrompons sans ucsse par des réflexions qui refroidissent également la pièce, le spectateur et l'acteur ! A propos de passion *, me scra-t-il permis de dire ici deux mots en fayenr de l'amour, qu'une morale renouvelée, car elle n'a poi&t le mérite de la non-! yeanté, veut bannir de la tragédie ? Je ne crains pas qu'on soupçonne de partialité sur cet article un homme que l'on n'a point accusé jusqu'ici d'être fort doucereux. Le poëme tragique, supposé que je le connoiwe bien, est, pour ainsi dire, le rendez'^ vous de toutes les pftssions ; pourquoi en chasserions-nous l'amour, qui est souvent le mobile de toutes les passions ensemble ? les cœurs nés sans ajnour sont des êtres de raison ; et je né vois pas en quoi i'amour, nommément dit, peut dégrader la héros et l'honnête homme. Sophocle et Euripide ,'• dit-on ; se sent bien passés de l'amour : c'est un agrément de moinB dans leurs ouvrages ; ces deux grands hommes ont travaillé selon le goût de lew: siècle , nous nous conformerons au goût du nôtre.' Voudroit-on nous perstiader que Coraeille et Racine doivent être moins grands pour nous que Sophocle et Euripide ne lefurent pour les Cîfecs? Qui d'entre eux doit nous donner le ton ? Que l'on blâme les
PREFACE. :>L^i
analyses perpétuelles que nous faisons des sentiments amoureux, ces délicatesses, ces recherches puériles qui affadissent le cœur au lieu de rémouvoir, et qui enlaidissent Tamonr loin'de l'embellir^ je passe condamnation. Un homme d'esprit a dit :
Ce n'est point l'amoar qui nous perd , C est la manière de le faire.
Parmi nous c'est la manière de l'employer f ce n'est pas la faute de l'amour si nous le mettons toujours à sa toilette : mais que nous le représentions impé-! tueux, violent, injuste, malheureux,' capable de nous porter aux plus grands crimes ou aux actions les plus vertueu&es, l'amour alors deviendra la plus grande ressource du théâtre ^j'oserai même soutenir qu'il est dangereux de s'en passer, et' que si on venoit à le supprimer, ce seroit priver la tragédie de l'objet le plus intéressant et le plus capable de bien exercer sa morale.
Quant aux brochures que Ton fait courir contre moi, je ne me pique pas d'y répondre; les critiques les plus envenimées me font encore beaucoup d'honneur ; j'en aurois mcme remercié leurs auteurs , si j'y avois trouvé des instructions qui pussent m'étre de quelque utilité : mais franchement je n'y ai entrevu qu'un dessein formé de m'humilier ou de me fâcher. Mes censeurs ont manqué leur coup; la critique n'humilie que les orgueilleux , et ne fâche que les sots : j 'aurois presque osé me flatter de n'être ni l'un ni l'autre..
IDO MENÉE,
TRAGÉDIE
RspaésEETTÉE pour là premi^e fois le 29 décembre 1703.
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A S. A. S. MONSEIGNEUB