‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 47 sur 157 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

Gai, ttlalgre mon devoir, je ressens tos malheurs. Et ne puis les causer sans y donner des pleurs : Je ne pois, sans frémir, voir le coup qui s'apprête. Je ne le verrai point tomber sur votre tête : Je vais quitter des lieux si ten€bles pour moL Mais je n'y crains pour vous ni les dieux, ni le roi : Non, je ne puis penser qu'avec tant d'innocence On ne puisse du ciel suspendre la vengeance.

XDAMANTK,

Ah. ! plntét, s'il se peut, demeurez en ces lieirz, Où }e vais appaiser la colère deS dieux.

Madame» s'il est vrai qu'Érixène sensible Ait laissé dësavmer son courroux inflexible, Au nom d'un tendre amour, conservez pour le roi Cette même pitié que. vous marquez pour moi Le coup cruel qui va trancher ma destinée Tombera moins sur moi que sur Idoménée ?

Il n'a que trop souffert d'un devoir rigoureux ; N'accablez plus , madame , un roi si malieureux. 4 . ; Laissez- vous attendrir à ma juste prière ; J'ose enfin implorer vos bontés pour mon père.

Ciel ! qu'est-fcë que f entends? et que me ditetf-vonr?* Je sens, k ce nom seul, rallumer mon courroux. Lui ? votre père ? O ciel ! après son vtPu fnneste, Gardez de proposer des nœuds qiie je déteste. Que jusque-là mon cœur portât rc-gareinent !

Qui ? lui ! ... le meurtrijcr d'un père, d'un ami|jy l

Ma Iiaine contre lui sera toujours la même :

Je l'aLhorre. ... ou plutôt je sens que je vous aime. . . •

Où s'ëgare mon cœur? ... De ce que je me dois

Quel oubli I Mes remords ont étouffé ma voix . . .

Quand je crois rejeter des nœuds illégitimes ,

Mon cœur, au même instant, respire d*autres crimes.

Qu'ai-je dit ? quel secret osé-je révéler ?

Me rcstc-t-kl encor la force de parler ?

Ah ! seigneur, puisqu'cnfîn je n'ai pu m*en défendre,

A d'éternels adieux vous devez vous attendre.

lOAMAlïTE.

Que dites-vous ? ô ciel ! Ainsi donc votre cœnr Garde, même en aimant, sa première rigucui- ! Calmez de ce transport l'injuste violence.

Votre amour est-il donc un reste de vengeance ? Faut-il en voir, hélas I tous mes maux redoubler ? Ne le déclarer- vous que pour m'en accabler?

Ah I CTueUe , du moins au moment qu'il éclate , Cessez de m'envier le bonheur qui me flattei

ÉRIXÈNE.

Si ce foible bonheur vous flatte , il vous séduit : Seigneur, de cet aveu ma mort sera le fruit.

Si je cède au transport où mon amour me livre , A ma gloire du moins je ne sais pas survivre. Mon malheureux amour passe tous mes forfaits ; Je ne survivrai j5as 2i l'aveu que j'en fais. Faut-il jusqu'à ce point que ma gloire s*oublîe ! Ali seigneur I cet aveu me coûtera la vie.

Que le destin épargne ou termine vos jours , Oui, cet aveu des miens doit terminer le cours;

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