‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 91 sur 157 · ATRÉE ET THYESTE · texte numérisé non relu

ATRÉE ET THYESTE

Et, pour mieux rengager à t'arracbcr la vie , J'en devois,, au' refus, priver Thëodamie.

De ce récit afireux ne prends aucun eflit>i : Tu dois te rassurer en le tenant de niot.

( à Plltthine. } Et toi, dont la vertu xn*a garanti d'un crime , Ife crains rien d'un «ourroux prut-ètre légitime. Si c'est un crime & toi de ne le point servir , Quelle eût été l'horreur d avoir pu Vassoftvir ! Enfin, c'eût été peu que d'immoler mon frère; Le oialheureiix aurûit assassiné son père.

THYESTE

M.oi, «on père !

ATRÉE.'

Ces mots vont 't'en instruire. Lis.'

( Il lai donne la lettre d'JErope. )

thtEstë; Dieux ! qu'est-ce que je vois ? c'est d'iErope. Ak mon Bt\ La nature en mon cœur édaircit ce mystère :

Tbyeste t'aimoit trop pour n'être point ton père. Cher Plisthène, mes vœux sont enfin accomplis.

plisthène.

Ciel ! qu'est-ce que f entends ? Moi , seigneur , votre fils I Tout sembloit réserver, dans un jour si funeste , Ma main au parricide , et mon cceur à l'inceste. Grands dieux , qui m'épargnez tant d'horreurs en ce jour, Dois-)e bénir vos soins, ou plaindre mon amour?.

( a. Atrée. )

Vous qui, trompé long-temps dans une injuste haine, Du nom de votre fils honorâtes Plisthène ;

ACTE IV, SCÈNE V. . 1J7 Quand je ne le suis plus, seigneur, il m'est bien doux D'être du moins sorti d'un même sang que yoos. Je ne suis console de perdre en vous un père , Que lorsque je deviens le fils de votre frère. Mais ce fils , près de vous privé d'un si haut rang , L'est toujours par le cœur, s'il ne l'est par le sang.

ATRÉE

C'eût été pour Âtrée une perte funeste , S'il eût fallu te rendre à d'autres qu'à Thyeste. Le destin ne pouvoit qu'en te donnant à lui Me consoler d'un bien qu'il m'enlève aujourd'hui. Euristhène , sensible aux larmes de ta mère , Est celui qiii me fit , de son bourreau , ton père : Instruit de mes fureurs , c'est lui dont la pitié Vient de vous sauver tous de mon inimitié.

( à Thjeste. )

Th jeste , après ce fils que je viens de te rendre , Tu vois si désormais je cherche à te surprendre. Reçois-le de ma main pour garant d'une paix Que mes soupçons jaloux ne troubleront jamais. Enfin , pour t'«i dormir tuie entière assurance , C'est par u'i fils si cher que ton frère commence. En faveur de ce fi]s,qui fut long-temps le mien , De mon sceptre aujourd'hui je détache le tien. Rentre dans tes états sous de si doux auspices , Qui de notre union ne sont que les prémices.

Je prétends que ce jour, que souiUoit ma fureur, Achève de bannir les soujiçons de ton cœur.

Thyeste , en croiras-tu la coupe de nos pères ? Est-ce oÛVir de la paix des garants peu sincères?

i38 ATJRÉE ET THYESTC.

Tu sais qu «ucuD de nous , sans un malheQr iondiin ,

Sur ce gage sacre n'ose )arer en vain ;

C'est sa perte, en un mot : cette coupe latalè

Est le senncnt du Styx pour les fils de Tantale:

Je vçnx bien aujourd'hui, pour loi prouver ma €û.

En mettre le përil entre Tlijeste et moi :

Veut-il bien , à son tour , que la coupe sacrés

Achève l'union de Thyesta et d'Atree?

TBTESTE.

Pourriez- vous m'en ofirir un gage plus sacre

Que de me rendre un fils ? Mon oœur est rassura \

Et je ne pense pas que le don de Plisthène /

Soit un présent, seigneur, que m'ait fait votre haine.

J'accepte cependant ces garants d'une paix

Qui fuit depuis longtemps mes plus tendres souhaits.

Non (]ue d'aucun détour un firère vous soupçonne ;

A la foi d'tiD( grand roi Thye&te s'abandonne :

S'il en reçoit âifin des g^^es en ce jour,

C^est pour vous rassurer stir la sienne à son tour.

ATHÉE

Pour cet heureux moment qu'en ces lieux tout s'i^prêir, Qu'un pompeux sacri^ce en précède la fête; Trop heureux si Thjeste, assuré de la paix, Daigne la regarder comme un dermes bienfaits ! Vous qui de mon courroux ayez sauve Plisthène, C'est vous de ce grand jour que je charge, EuristhènCi J'en remets à vos soins la fête et les apprêts : Courez tout préparer au jgte' de mes souhaits. Mon frère n'attend plus que la coupe sacrée ; Offrons-lui ce garant dé ranritié d'Atree.

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