SCENE y
ATRÉE, seul.
Va périr , malheureux , mais , dans ton sort funeste ,
i5o ATREE ET THYESTE.
Cent fois moins malheureux que le lâche Thyeste. Que je suis satisfait ! que de pleurs vont couler Pour ce Hls qu'à ma rage on est près d'immoler ! Quel que soit en ces lieux son supplice barbare, C'est le moindre tourment qu'à 1 hyeste il prépare. Ce fils infortuné , cet objet de ses vœux. Va devenir pour lui l'objet le plus affreux. Je ne te l'ai rendu que pour te le reprendre. Et ne te le ravis que pour mieux te le rendre. Oui, je voudrois pouvoir, au gré de ma fureur. Le porter tout sanglant jusqu'au fond de ton cœur. Quel qu'en soit le forfait, un dessein si funeste, S'il n'est digne d'Atrée, est digue de Thyeste. De son fils tout sanglant, de son malheureux fils, •le veux que dans son sein il entende les cris. C'est en toi-même, ingrat, qu'il faut que ma victime, Ce fruit de tes amours, aille expier ton crime. Je frissonne, et je sens mon ame se troubler ; C'est à mon ennemi qu'il convient de trembler. Qui cède à la pitié mérite qu'on l'offense ; Il faut un terme au crime , et non à la vengeance. Tout est prêt ; et déjà , dans mon cœur furieux , Je goûte le plaisir le plus parfait des dieux. Je vais èire vengé ; Thyeste , quelle joie ! Je vais jouir des maux ou tu vas être en proie. Ce n'est de ses forfaits se venger qu'à demi , Que d'accabler de loin un perfide ennemi : Il faut, pour bien jouir de son sort déplorable, Le voir dans le moment qu'il devient misérable, D? ses premiers transports irriter la douleur, Et lui faire à longs traits sentir tout son malheur.