ACTE III, SCENE II
Ah! juste ciel! quel nom avez-vous prononcé ! A vos pleurs , à ce nom , que mon coeur est pressé ! Qu'il perte à ma pitié de sensibles atteintes I Ah ! je vous reconnois à de si tendres plaintes. Malheureuse princesse, est-ce vous que je voi? Electre, ea quel état vous offrez-vous à moi !
ELECTRE
Et qui donc s'attendrit pour une infortunée , A la fureur d'Egisthe, aux fers abandonnée? Mais Oreste, seigneur, vous étoit-il connu? A mes pleurs, à son nom, votre cœur s'est ému.
Dieux! s'il m'étolt connu; mais dois-je vous l'apprendre.
Après avoir trahi l'amitié la plus tendre? Dieux! s'il m'etoit connu , ce prince généreux! Ah! madame, c'est moi qui de son sort affreux Viens de répandre ici la funeste nouvelle.
ELECTRE
Il est donc vrai, seigneur? et la Parque cruelle IM'a ravi de mes vœux et l'espoir et le prix? Mais quel étonnement vient frapper mes esprits î Vous , qui montrez un cœur à mes pleurs si sensible, N'ctes-vous pas, seigneur, ce guerrier invincible, D'un tyran odieux trop zélé défenseur?
Qui peut donc pour Electre attendrir votre cœur.* Pouvez-vous bien encor plaindre ma destinée. Tout rempli de l'espoir d un fatal hyménée?
Eh! que diriez-vous donc , si mon indigne cœur De ses coupables feux vous découvroit Ihorreur? De quel œil verriez-vous l'ardeur qui me possède. Si vous voyiez en moi le iîls de Palaïuede.?
ELECTRE
De Falamede ? vous ? quai-je entendu, grands dieux ! caÉEiLLo:?, I. 17
194 ELECTRE
Mais vous ne l'êtes point ; Tydée est vertueux ;
Il n'eût point fait rougir les màucs de son père;
Il n'auroit point trahi l'aniiiié de mou frère,
Ma vengeance, mes pleurs, ni le sang dont il «ort.
Si vous étiez Tydée, Égisthe seroit mort !
Bien loin de consentir à ThymeD de sa fille.
Il eût de ce tyran immolé la famille.
De Tydée, il est vrai , vous avez la valeur;
Mais vous n'en avez pas la vertu ni le cœur.
TYDÉE
A mes remords du moins faites grâce, madame.
Il est vrai, jai brûlé dune coupable flamme;
Il n'est point de devoirs plus sacrés que les miens:
Mais lamour connoît-il d'autres droits que les siens.*
Ne me rcprochtz point le feu qui me dévore ,
Ni tout ce que mon bras a fait dans F.pidaure :
J'ai dû tout immoler à votre inimitié ;
Mais que ne peut l'amour? que ne peut l'amitié?
Itys alloit périr ; je lui devois la vie ;
Sa mort bientôt d'une autre auroit été suivie;
L'amour et la pitié confondirent mes coups;
Tydée en ce moment crut combattre pour vous.
D'ailleurs, à la fureur de Corinthe et d'Athènes
Pouvois-je abandonner le trône de Mycenes."*
ELECTRE
Juste ciel! et pour qui lavez-vous conservé?
Cruel! si c'est pour moi que vous l'avez sauvé,
Venez donc de ce pas immoler un barbare;
Il n'est point de forfaits que ce coup ne répare.
Oreste ne vit plus; achevez aujourd'hui
Tout ce qu'il auroit fait pour sa sœur et pour lui.
A l'aspect de nus fers ètes-vous sans colère?
Est-ce ainsi qne vos soins me rappellent mon frère?
INe m'offrirez-vons plus pour essuyer mes pleurs
Que la main qui combat pour mes persécuteurs?
Cessez de m' opposer une funeste flamme :