ACTE III, SCENE VI
Crovez, mon Hls, croyez qu'elle est touj ours la iném» : Gardons-uous de vouloir, foibles et curieux. Pénétrer des secrets qu'ils voilent â nos veu.v : Ils ont du moins parle sans détour sur t )reste ; Ln triste souvenir est tout ce qui m'en reste, .l'ai vu ses yeux couverts des horreurs du trépas; Je l'ai tenu long-temps mourant entre mes bras. Sa perte de la mienne alloit être suivie. Si l'intérêt dun lils n'eût conservé ma vie. Si j'eusse, dans lliorrcur d'un transport furieux, Soupçonné, comme vous, la sagesse des dieux. Conduit par elle seule au sein de la Phocide, Cette même sagesse auprès de vous me guide ; Trop heureux désormais si le sort moins jaloux M'eût rendu tout entier mon espoir le plus doux ! Mais, hélas! que le ciel, qui vers vous me renvoie, Mêle dans ce moment d'amertume à ma joie ! D'un fils que j'admirois que mon fils est changé! Tydée, Oreste est mort; Oreste est-il vengé? Depuis quel temps, si près de l'objet de ma haine, Arrêtez-vous vos pas à la cour de Mvcene.'* A-Tcas ne m'a point dit que vous fussiez ici ; Mon fils , d'où vient qu" Arcas n'en est point éclairci ? Pourquoi ne le point voir ^ vous connoissez son zèle ; Deviez-vous vous cacher à cet ami fidèle? Parlez enfin , quel soin vous retient en des lieux Où vous n'osez punir un tyran odieux?
TYDÉE
Prévenu des malheurs d'une tête si chère. Ma première vengeance étoit due à mou père. Mais , seigneur, n'est-ce point dansces funestes lieux Trop exposer des jours qu'ont respectés les dieux? ^'est-ce point trop compter sur une longue absenc* Que d'oser s'y montrer avec tant d'assurance?
PALA.MEDE.
Mon fîl«, j'ai tout prévu; calmez ce vain effroi ;
»oo ELECTRE.
C'est à mes ennemis à trembler, non à mol. Eh ! comment en ces lieux craiudrois-je de paroître, Moi que d'abord Arcas a paru méconnoitre, Moi que devance ici le bruit de mon trépas , Moi dont enfln le ciel semble guider Us pas? D'ailleurs , un sang si cher m'appelle à sa défense , Que tout cède en mon cœur au soin de sa vengeance, La sœur d'Oreste, en proie à ses persécuteurs, Doit ce jour éprouver le comble des horreurs. Je viens contre un tyran prêt à tout entreprendre Reconnoître les lieux où je veux le surprendre. Puisqu'il faut l'immoler, ou périr cette nuit, Qu'importe à mes desseins le péril qui me suit.' Mon iîls, si même ardeur eût guidé votre audace, Vous n'auriez pas pour moi ce souci qui vous glace. Comment dois-je expliquer vos regards interdits? Je ne trouve par-tout que des cœurs attiédis, Que des amis troublés, sans force et sans courage^ Accoutumés au joug d'un honteux esclavage. Par ma présence en vain j'ai cru les rassembler; Vu guerrier les retient et les fait tous trembler: ^lais moi, seul au-dessus d'une crainte si vaine, Je prétends immoler ce guerrier à ma haine; C'est par là que je veux signaler mon retour. Vu. défenseur d'Egisthe est indigne du jour. Parlez, connoissez-vous ce guerrier redoutable. Pour le tyran d'Argos rempart impénétrable? Pourquoi sous vos ef/orts n'a-t-il pas succombé? Parlez, mon fils ; qui peut vous l'avoir dérobé? Voire haute valeur, désormais ralentie.
Pour lui seul aujourd'hui s'est-elle démentie? Vous rougissez, Tydée ! Ah! quel est mon effroi! Je vous l'ordonne enfin, parlez, répondez-moi. D'un désordre si grand que faut-il que je pense?
TYDEE.
Ne pénétrez- vous point un si triste silence?