ACTE IV, SCENE IV
Maïs c'est là que, du sort lassant la barbarie^ Il fiait dans mes bras ses lualhcurs et sa vie. C'est là que je reçus , impitoyables dieux. ! Et ses derniers soupirs et ses derniers adieux. « A mon triste destin puisqu'il faut que je cède,
■ Adieu, prends soin de toi ; fuis, mou cber Palamede; « Cesse de m'inimoler d'odieux ennemis :
« Je suis assez vengé, si tu sauves mon lils.
« Va , de ces inhumains sauve mon cher Oreste :
■ C'est à lui de venger une mort si funeste ».
Vos amis sont tout prêts ; il ne tient plus qu'à vous ; Une indigne terreur ne suspend plus leurs coups,* Chacun à votre nom et s'excite et s'anime ; On n'attend pour frapper que vous et la victime.
( à Electre. ) De votre part, madame , on croit que votre cœur Voudra bien seconder une si noble ardeur. C est parmi les flambeaux duu coupable hyménéc Que le tyran doit voir trancher sa destinée Princesse, c'est à vous d'assurer nos projets; Flattez-le d'un hymen si doux à ses souhaits: C'est sous ce faux espoir qu'il faut que votre haine Au temple ou je l'attends ce jour même l'entraîne. Mais en flattant ses vœux dissimulez si bien Que de tous nos desseins il ne soujtçonne rien.
ELECTRE
L'entraîner aux autels I ah \ projet qui m'accable ! Itys y périroit ; Itvs n'est point coupable.
PALAMEDE.
Il ne l'est point, grands dieux 1 né du sang dont il sort, Il l'est plus qu'il ne faut pour mériter la mort. Juste ciel 1 est-ce ainsi que vous vengez un père? L'un tremble pour la sœur, et l'autre pour le frerc, L'amour triomphe ici 1 quoi I dans ces lieux cruels Il fera donc toujours d'illustres criminels? Est-ce donc sur des cœurs livrés à la yeageauce
aia ELECTRE.
Qu'il doit un seul moment signaler sa puissance? Rompez l'indigne joug qui vous tient enchaînés; Eh! l'amour est-il fait pour les infortunés? Il a fait les malheurs de toute votre race ; Jugez si c'est à vous d'oser lui faire grâce. Songez, pour mieux domter le feu qui vous surprend, Que le crime qui plaît est toujours le plus grand ; Faites voir qu'ua grand cœur que l'amour peut
séduire Ne manque à son devoir que pour mieux s'en instruire:
Ne vous attirez point le reproche hontenx D'avoir pu mériter d'être si malheureux. Peut-être sans l'amour seriez-vous plus sévères: Vous savez sur les fils si l'on poursuit les pères. Songez, si le supplice en est trop odieux, Que c'est du moins punir à l'exemple des dieux. Mais je vois que l'honneur, qui vous en sollicite, De nos amis en vain rassemble ici l'élite : C'en est fait, de ce pas je vais les disperser, Et conserver ce sang que vous n'osez verser. En effet que m'importe à moi de le répandre.' Ce n'est point malgré vous que je dois l'entreprendre.
Pour venger vos affronts j'ai fait ce que j'ai pu ; Mais vous n'avez point fait ce que vous avez du.
ELECTRE
Ah ! seigneur, arrêtez, remplissez ma vengeance ; Je sens de vos soupçons que ma vertu s'offense : Percez le cœur d'itys ; mais respectez le mien; Il n'est point retenu par un honteux lien ; Et quoique ma pitié fasse, pour le défendre. Tout ce qu'eût fait l'amour sur le cœur le pln$
tendre , Ce feu, ce même feu dont vous me soupçonnez. Loin d'arrêter, seigneur...