ACTE I, SCENE I. i
« Suivez-moi , me dit-il : ce peuple qui m'outrage
« En vaiu à ma valeur croit fermer un passage :
« Suivez-moi > . Des autels s'éloignant à grands pas,
Terrible et furieux, il me prit dans ses bras,
Fuyant parmi les siens à travers Artaxate,
Qui vengeoit, mais trop tard, la mort de Mitliridatc.
Mon époux cependant, pressé de toutes parts,
Tournant alors sur moi de funestes regards...
Mais, loin de retracer une action si noire ,
D'un époux malheureux respectons la mémoire;
Epargne à ma vertu cet odieux ré(?it ;
Contre un infortune je n'en ai que trop dit :
Je ne puis rappeler un souvenir si triste.
Sans déplorer encor le sort de Rbadamistbe.
Qu'il te suffise enfin, Phénice, de savoir,
Victime d'un amour réduit au désespoir.
Que, par une main chère et de mon sang fumante,
L'Araxe dans ses eaux me vit plonger mourante.
Quoi ! ce fut votre époux... .^ Quel inhumain I grands dieux I
Les horreurs de la mort couvroient déjà mes yeux, Quand le ciel , par les soins d'uue main secourable. Me sauva d'un trépas saus elle inévitable. Mais, à peine échappée à des périls affreux. Il m^ fallut pleurer un époux malheureux. J'appris, non sans frémir, que son barbare père , Prétextant sa fureur sur la mort de son 'rere, De la grandeur d'un fils en effet trop jaloux. Lui seul avoit armé nos peuples contre nous ; Qu'introduit en secret au sein de lArmenie Lui-même de son lîls avoit tranché la vie. A ma douleur alors laissant un libre cours , .Te détestai les soins qu'on preuoit de mes jours ; Et, quittant sans regret mon rang et ina patrie,
CRÉBILI.OÎT, 2. 2
1 4 RHADAMISTHE ET ZÉNOBIE.
Sons un nom déguisé j'errai dans la Médie. Enfin, après dix ans d'esclavage, d'ennui , Étrangère par-lout , sans secours , saus appui , Quaud j'espérois goûter un destin plus tranquille, La gu-^rre en un moment détruisit mon asyle. Arsame, conduisant la terreur sur ses pas. Vint, la foudre à la main, ravager ces climats; Arsame, né d'un sang à mes yeux si coupable, Arsame cependant à mes yeux trop aimable, Fils d'un perr perfide, inhumaiu, et jaloux , Frère de Khadamisthe, enfin de mon époux.
Quel que soit le devoir du nœud qui vous engage, Aux mânes d'un époux est-ce faire un outrage Que de céder aux soins d'un prince généreux, \>ui par tant de bienfaits a signalé ses feux?
tncor si dans nos maux nue cruelle absence ]Ne nous ravissoil jjoint notre unique espérance... JMa^s Arsame, éloigné par un triste devoir, Daas Jnon cœur i-perUu n« laisse plus d'espoir; El, pour comble de maux , j'apprends que l'Arménie, Qu'un droit si légitime accorde à Zénobie, Va tomber au pouvoir du l'arthe ou des Romains, Ou peul-étre passer eu de moins digues mains. Dans son barbare «teur fiatté 3«sa conquête, A quitter ces clin^s l'hafraiTmane s'apprête.
Eli bieni dérobez-voUs à ses injustes lois. N'avez-vous pas j)ourvous les Romains et vos droits? l'ar uu ambassadeur parti de la Syrie , R )me doit décider du soi I de l'Arménie. Reine de ces états, contre uii prince inhumain Faites agir pour v'>us l'ambassadeur romain. Ou l'attend aujourd'hui dans les murs d'Arts niisf Implorez de César le sec'd^rs , 1* j ustice ;