‹ Œuvres de CrébillonChapitre 176 sur 502 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

ZÉNOBIE, sous le nom d'hmcnie; ARSAME, PHÉNICE.

Z É 7Î O Bl E.

Mais quel objet 1 Arsame dans ces lieux

ARSAME.

M" est-il encor permis de m'offrir à vos yeux?

C'est vous-même, seigneur? quoi! déjarAlbaDie...

ARSAME.

Tout est soumis, madame; et la belle Isménie, Quaud la gloire paroit me combler de faveurs, Semble seule vouloir m'accabler de rigueurs. Trop sur que mon retour d'un inflexible perc Va sur un fils coupable attirer la colère , Jaloux, désespéré, j'ose, pour vous revoir, Abandonner des lieux commis à mon devoir. Ab 1 madame, est-il vrai qu'un roi fier et terrible Aux cbarnjes de vos yeux soit devenu sensible ; Que rbymefx aujourd'hui doive combler ses vœux? Pardonnez aux transports d'un amant malheureux. Ma douleur vous aigrit : je vois qu'avec contrainte D'un amour alarmé vous écoutez la plainte. Ce n'est pas sans raison que vous la condamnez; Le reproche ne sied qu'aux amants fortunés : Mais moi , qui fus toujours à vos rigueurs en butte^ Qu'un amour sans espoir dévore et persécute;

i6 RIIADAMISTIIE ET Z^NOBIE.

Mais moi, qui fus toujours à vos lois si soumis, Qu'ai -je à me plaindre? hclas ! et que m'a -t -on

promis?

Indigné cependant du sort qu'on vous prépare, Je me plains et de vous et d'un rival barbare. L'amour, le tendre amour qui m'anime pour vous , Tout malheureux qu'il est , n'en est pas moins jaloux.

Seigneur, il est trop, vrai qu'une flamme funeste A fait parier ici des feux que je déteste : Mais, quei (jue so»t le rang et le pouvoir du roi, C'est en vain qu il prctenti «iisposer de ma foi. Ce n'est pas quj-, sensible à l'ardeur qui vous flatte, .l'appronve ces transporta ou votre amour éclate.

Ah ! miilgré tout l'amour dont je brûle pour vous, Faites-moi seui L'objet d'un injuste courroux; Impose?, à mes eu.v la loi la plus sévère, Pourvu que votre main se refuse à mou père. Si pour d'autres que moi votre cœur doit brûler, Dona-z-moi des rivaux que je puisse immoler, Coutre qui ma ureur agisse sans murmure. L'am »ur n'a pas toujours respecté la nature: Je ne le sens que trop à mes transports jaloux. Que sais-.e, si le roi devenoit votre époux. Jus ju'où mVmporteroit sa cruelle injustice? Ce n'est pas 1'^ seul bien que sa main me ravisse. L Arménie, attentive ù se choisir un roi. Par les soins d'IJiérou se déclare pour moi. Ardent à terminer un honteux esclavage, Je venois, à mon tour, vous en faire un hommage. Mais un père jaloux, un rival inhumain. Veut me rav'r encor ce sceptre et votre main. Qu'il m'enltve à sou gré l'une et l'autre Arménie, "Mais qn'il laisse à jues vœux la charmante Isiiiénie, Je faisois mon bonheur de plaire à ses beaux yeux,

Page 1