XERXÈS, DARIUS, ARTABAN, TISSAPHERNE
OÙ suls-je? de quel nom l'orgueilleuse m'outrage ! Quoi ! dans ces mêmes lieux où tout me rend hommage , Où je tiens dans mes mains le sort de tant de rois, Ou m'ose faire entendre une insolente voix !
DARIUS
iSeigneur, qu'attendiez-vons d'une amante irritée De ses premiers transports encor tout agité* •' Vous étiez-vous flatte de désunir deux cœurs Qu'à s'aimer encor plus invitent leurs malheurs? Du moins, pour m'accabler avec quelque justice, IN'ommez-moi des forfaits dignes de mon supplice.. Si je suis criminel, et que n" immolez-vous Ce fils infortuné qui se livre à vos coups ? Oui , seigneur ( car enfin il n'est plus temps de
feindre , Mon cœur au désespoir ne peut plus se contraindre ), Avant que de m'ôter l'objet de mon amour Il faudra me priver de la ciartc du jour ; Tant que dun seul soupir j'aurai part à la vie, Amestris à mes vœux ne peut être ravie ; Je la disputerai de ce reste de saug Que mes derniers exploits ont laissé dans monflanc, A moins que votre hras , plus cruel que la guerre, De ce malheureux sang n'arrose ici la terre, De ce sang toujours prêt à couler pour son roi. Tant de fois hasarde pour lui prouver ma foi. Ehl qui de vos sujets plus soumis, plus iidcle, Jamais par plus de soins sut signaler son zèle?
io6 XERXES.
Eh! qu'a donc fait, seigneur, ce rival si chéri, Loin du bruit de ia guerre et des tentes nourri, Peut-être sans vertus que l'honneur de vous plaire, Pour être de mes droits l'heureux dépositaire? Pour faire à vos soldats approuver votre choix Qu'il nomme les états conquis par ses exploits , Qu'il montre sur son sein ces nobles cicatrices. Titres que pour régner m'ont acquis mes services. Droits du sang, zèle, exploits, seigneur, j'ai tout
pour moi ; Et cependant c'est lui que vous faites mon roi.
X E RX È s.
Si vous eussiez moins fait vous le seriez peut-être; Mais je n'ai pas voulu m'associer un maître. Darius pour régner comptant pour rien ma voix A cru qu'il suffisoit que mon peuple en fît choix; On ne vous voit jamais traverser Babylone Qu'aussitôt à grands flots il ne vous environne; Vous semblez ne courir à de nouveaux exploits Que pour venir après nous imposer des lois : Artaxerce d'ailleurs est issu d'une mère Qu'un tendre souvenir me rendra toujours chère; La vôtre, de concert avec mes ennemis.
De mon sceptre en naissant déshérita son fils. Non que de mon courroux la constance inhumaine Vous ait fait après elle hériter de ma haine ; ^
Je veux bien avouer qu'après tant de hauts faits Vous ne méritez pas le sort que je vous fais. Prince, quoi qu'il en soit, je veux qu'on m'obéisse; J'exige encor de vous ce second sacrifice. Partez.
DARIUS
Qui ? moi , seigneur .»*
X E R XÈS.
Oui , vous , audacieux.
Avant que le soleil disparoisse à nos yeux.