ACTE I, SCENE V. i
Ce n'est pas tout : il faut de l'amour le plus tendre Informer un héros qui le voit sans l'entendre, Soulager sur ce point mou courage abattu, Quand ma timidité fait toute ma vertu. J'ai détrôné des rois, porté par-tout la guerre; Nul héros plus que moi n'a fait trembler la terre ; Tout respecte ma voix , et je crains de parler. Le seul nom d'Agenor suflit pour me troubler ; Je ne sais quoi dans lui me iait sentir uu maître : C'est ainsi que lamour en ordonne peut-être. Peins-lui si bien le feu qui dévore mon cœur. Qu'à son tour ce héros reconnoisse un vainqueur; Et si l'amour pour moi n'avoit rien à lui dire , Tente du moins son coeur par l'offre d'un empire. Ce guerrier va bientôt se montrer à nos yeux : Pour moi, que mille soins rappellent daus ces lieux, Adieu ; pour un moment souffre que je te laisse. Ma chère Ténésis, pardonne à ma foiblesse Des soins dont sur ta foi mon amour s'esî remis : Juge par ses transports quel en sera le prix.
S G E ?f E VI.
seule.
Est-ce à moi, juste ciel I que ce discours s'adresse? Qu'oses-tu m'avouer, téméraire princesse?
Que je plains ton amour, foible Sémiramis, Si son espoir dépend des soins de Ténésis J Pour t'en remettre à moi du succès de ta Hammo Je vois bien que tu n'as consulté que ton ame; Tu m'aurois mieux caché ses secrets odieux. Si 1 amour d'un bandeau n'avoit couvert tes yeux. Et toi , cruel amour , qui me poursuis sans cesse , Est-ce pour éprouver une triste princesse Qui t'ose disputer l'empire de son cœur
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Que txi m'as confié les soins d'une autre aldeur? Tu ne peux mieux combler ta vengeance fatale Qu'en me faisant servir les feux de ma rivale ; Et, pour con^ble de maux, quelle rivale encor! Quel triomphe pour toi , redoutable Agénor ! J'ai dédaigné tes soins; ma fierté trop farouche A vingt fois étouffé tes soupirs dans ta bouche ; Et l'amour jusque-là vient de m'humilier Que peut-être à mon tour il faudra supplier. Entre une reine et moi sur quoi puis-je prétendre Que ton cœur un moment balance pour se rendre? S'il se laisse éblouir par les offres du sien, Que de mépris suivront lu défaite du mien! Eh ! que m'importe, hélas ! qu'Agénor me méprise? Est-ce assez pour l'aimer qu'une autre m'autorise? Un cœur né sans vertu , sans honneur, et sans foi , Peut-il être en effet un exemple pour moi? Que dis-je? quoi ! déjà ma prompte jalousie Joint l'outrage aux transports dont mon ame est
saisie !
Ténésis, pour te faire un généreux effort, Songe que tu n'es plus mcHtresse de ton sort. Ah ! Bélus , plût aux dieux qu'en mou triste hyménée Mon cœur eût de ma main subi la destinée ! Tains regrets! c'est assez, égarements jaloux; Mon austère vertu n'est point faite pour vous. Parlons; n'exposons pas la tète de mon père Aux noirs ressentiments d'une reine en colère. Que de malheurs suivroient son amour outragé ! Puisqu'à servir ses feux mon cœur est engagé , Instruisons Agénor de cet amour funeste ; A mes foibles attraits laissons le soin du reste. Vains désirs, taisez-vous pour la dernière fois; C'est à d'autres que vous qu'il faut prêter ma voix.
FIN Dtj PREMIER ACTE.
SÉJ^IRAMIS. i5 5