SCENE I
SÉMIRAMIS, seule.
yjx-i. deviens-je? où fuirai-je? Amante déplorable, Épouse sans vertu, mere encox' plus coupable , Où tiras-tu caclier? quel gouffre assez affreux Est digne d'enfermer ton amour malheureux? Tu n'en fis pas assez, reine de sang avide; Il falloit joindre encor l'inceste au parricide: Tes vœux n'auroient été qu'à demi satisfaits. Grands dieux ! devois-je craindre , après tant de
forfaits , Après que mon époux m'a servi de victime. Que vous pussiez encor me réserver un crime? Terre, ouvre-moi ton sein, et redonne aux enfers Ce monstre dont ils ont effrayé l'univers ; Dérobe à la clarté l'abominable flamme Dont les feux du Tenare ont embrasé mon ame. Dieux, qui m'abandonnez à ces honteux transports, N'en attendez, cruels, ni douleurs, ni remords. Je ne tiens mon amour que de votre colère : Mais, pour vous en punir, mon cœur veut s'y
complaire ; Je veux du moins aimer comme ces mêmes dieux Chez qui seuls j'ai trouvé l'exemple de mes feux. Cesse de t'en flatter, malheureuse mortelle; Où crois-tu de tes feux trouver l'affreux modèle ?
196 SÉMIRAMIS
Et quel indigae espoir vient t'agiter encor?
Çrois-tu daus IS'inias letrouver Agéuoi?
Contenle-toi d'avoir sacrifié le père,
Et reprends pour le Hls des entrailles de mère.
Dangereux Ninias . ne t'avois-je formé
Si grand, si généreux, si digne d'être aimé,
Que pour me voir moi-même adorer mon ouvrage ,
Et trahir la nature à qui j'en dois l'hommage?
Mais de quel bruit affreux...?
S C E > E II
SEMIRAiVIIS, PHÉNICE, ARBAS.
SÉMIRAMIS
Ciel ! qu'est-ce que je voi.' Phénice, où courez- vous? et d'où naît votre effroi?
Fuyez, reine, fuyez; vos soldats vous trahissent ; Du nom de Niuias tous ces Ueux retentissent ; A peine a-t-il paru, qu'à son terrible aspect Vos gardes n'ont Jait voir que crainte et que respect. La fierté daus les yeux, et bouillant de colère, •T'ai vu lui-même encor votre perfide irere , Des soldats mutinés échauffant la fureur. Ordonner à grands cris le trépas de sa sœur. Où sera votre asyle en ce moment funeste ?
SEMIRAMIS
Ta , ne crains rien pour moi , tant qu'un soupir me
reste.
Au gré de son courroux le ciel peut m'accabler ; Mais ce sera du moins sans me faire trembler. Arbas, je sais pour moi jusqu'où va votre zèle, Et vfius êtes le seul qui iue restiez fidèle. En remettant ici la princesse en vos mains. Je vous ai dcclaxé quels éloient mes desseins.