ACTE QUATRIEME
CICÉRON, CRASSUS, CATON, et le reste des sénateurs.
. CirÉRON.
A. R B I T R E s souverains de Rome et de ses lois , Qui parmi vos sujets comptez les plus grands rois, Je ne viens point ici, jaloux de votre gloire, Briguer avec éclat le prix d'une victoire ; Le sort, à mes pareils prodiguant ses faveurs, Me réservoit le soin d'annoncer des malheurs: De mon amour pour vous tel est le premier gage, Et de mon consulat le funeste partage.
Taudis qu'enorgueillis par tant d'heureux travaux Tous pouviez méditer des triomphes nouveaux. De la terre et des mers vous promettre l'empire , Un seul homme à vos yeux travaille à vous proscrire : Pourrai-je sans frémir nommer Catilina, L'héritier des fureurs du barbare Sylla ; Lui que la cruauté, l'orgueil, et l'insolence, IN^'out que trop parmi nous signalé dés l'enfance ; Lui qui , toujours coupable et toujours impuni , Veut, ce que n'eût osé l'univers réuni, Subjuguer les Romains? O vous, que Rome adore, Et qui par vos vertus la soutenez encore, Vous, l'appui du sénat et l'exemple à la fois, Incorruptible ami de l'état et des lois , Parlez, divin Caton,
ACTEIT, SCE^EI. 117
Et quf ponrrois-je dire En des lieux où Ihonnenr ne tient plus son empire , Où rinférét, l'orgaeil, commandent tour-à-tour, Où la vertu n'a plus qu'un timide séjour, Où de tant de héros je vois flétrir la gloire? Et comment l'univers pourra-t-il jamais croire Que Rome eut uu séuat et des législateuis , Quand les Romain? n'ont plus ni lois ni sénateurs? Où retrouver enfin les traces de nos pères Dans des cœurs corrompus par des mœurs étrangères ?
Moi-même, qui l'ai vu briller de tant d'éclat, Puis-je mé croire encore au milieu du sénat? Ah! de vos premiers temps rappelez la mémoire; Mais ce n'est plus pour vous qu'une frivole histoire: Vous imitez si mal vos illustres aïeux , Que leurs noms sont pour vous des noms injurieux. Mais de quoi se plaint-oh? Catilina conspire ; Est-il si oriminel d'aspirer à l'empire Dès que vous renoncez vous-mêmes à régner? Un trône quel qu'il soit n'est point à dédaigner. Non, non, Catilina n'est pas le plus coupable : Yoyez de votre état la chute épouvantable, Ce que fut le sénat, ce qu'il est aujourd'hui , Et le profond mépris qu'il inspire pour lui. Scipion, qui des dieux fnt le plus digne ouvraçe , Scipion, ce vainqueur du héros de Carthage, Scipion, des mortels qui fut le plus chéri , Par un vil délateur se vit presque flétri : Alors la liberté ne savoit pas dans Rome Du simple citoyen distinguer le grand homme ; Malgré tous ses exploits , le vainqueur d'Annibal Se soumit en tremî)lant à votre tribunal, Sylla vient , qui remplit Rome de funérailles, Du sang des sénateurs inonde nos murailles :
ii8 CATILINA;
Il fait plus ; ce tymu, las de régner enfin, A])clique insolemment le pouvoir souverain, Comme un bon citoyen, meurt heureux et tranquille, En bravant le courroux d'un sénat imbécille, Qui, charmé d'hériter de son autorité, Kleva jusqu'au ciel sa générosité, Et nomma sans rougir père de la patrie Celui qui l'égorgeoit chaque jour de sa vie. Si vous eussiez puni le barbare Sylla, Vous ne trembleriez point devant Catilina ; Par-là vous étouffiez ce monstre en sa naissance, Ce monstre qui n'est né que de votre indolence.
CR AS su s.
N'est-ce qu'en affectant de blâmer le sénat Que Caton de son nom croit rehausser l'éclat? Mais il devroit savoir que l'homme vraiment sage Ne se pare jamais de vertus hors d'usage. Qu'aurions-nous à rougir des temps de nos aïeux? Si ces temps sont changés, il faut changer comme eux, Et conformer nos mœurs à l'esprit de notre âge. Et qu'a donc perdu Rome à n'être plus sauvage ? Eome est ce qu'elle fut; ses changements divers Ont-ils de notre empire affranchi l'uuiA^ers ? Non ; car ce fier Sylla d'odieuse mémoire. Même en l'asservissant , combla Rome de gloire. Mais c'est trop s'occuper de reproches honteux, Importuues leçons d'un censeur orgueilleux. Qui se trompe toujours au zèle qui l'enilamme. Que Caton à son gré noUs méprise et nous blâme ; N'aurions-nous désormais d'oracle que Caton, Et les saintes frayeurs qui troublent Cicéron? Où sont vos ennemis? quel péril vous menace? Un simple citoyen vous alarme et vous glace ! A percer ses complots j'applique en vain mes soins , Je vois plus de soupçons ici que de témoins. On diroit, à vous voir assemblés en tumulte,